Tribune libre de Jean Claude Comorassamy

​​La santé publique sacrifiée sur l’autel de l'économie ?

  • Publié le 27 juillet 2026 à 11:18
  • Actualisé le 27 juillet 2026 à 11:20
Jean Claude Comorassamy

​En voulant doubler le plafond annuel des franchises médicales, le gouvernement ne procède pas à un simple ajustement comptable, il installe une véritable taxe sur la maladie. Cette décision frappe de plein fouet les plus précaires, les retraités et menace d'entraîner une vague massive de renoncement aux soins. (Photo d'illustration Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

​L’annonce par le ministère de la Santé d’un projet de décret visant à faire passer ce plafond annuel de 100 € à 200 € par patient (source public sénat) marque un tournant aussi inquiétant que dangereux.

Pour justifier cette hausse, le gouvernement égrène des arguments désormais rodés. A savoir pérenniser notre modèle, financer l’hôpital public et les thérapies innovantes, ou encore résorber le coût croissant des affections de longue durée (ALD). Autant d'explications financières qui peinent à convaincre face à la réalité du terrain que nous connaissons, surtout à La Réunion. 
​-Payer plus ou renoncer à se soigner-

​Depuis des mois, fédérations, associations de patients et syndicats tirent la sonnette d’alarme, l’accumulation des restes à charge devient insoutenable. Le calcul est hélas mathématique, acculés, les plus modestes vont espacer leurs consultations, reporter leurs examens et finir par renoncer à leurs soins essentiels.

​Certes, le gouvernement brandit ses garde-fous, l’exonération des bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire (CSS), des mineurs et des femmes enceintes. Mais c’est ignorer sciemment la "vaste zone grise de notre système de santé". Des millions de Français, situés juste au-dessus des plafonds d’attribution et déjà pris en étau par l’inflation, se retrouvent en première ligne (association de patients).

​Cette injustice est d'autant plus criante sur notre île, où le taux de pauvreté ne cesse de progresser et fragilise encore plus une grande partie de la population. Pour ces ménages ainsi que retraités pauvres, ce doublement n’a rien d’une incitation à la « responsabilisation », c’est une sanction financière directe, disent les syndicats. 

- Vers l'aggravation des inégalités sociales de santé -

Le gouvernement pense réaliser une opération budgétaire rentable, mais ce choix s'avérera dramatiquement contre-productif. Retarder des soins, c’est condamner des patients à des complications plus graves, plus lourdes et, in fine, bien plus coûteuses pour la Sécurité Sociale.

En frappant ceux qui n’ont d’autre choix que de se soigner fréquemment, et dont le parcours de soins est incontournable, cette mesure va accentuer de manière flagrante la précarité des malades.

Enfin, en faisant porter le coût de la maladie sur les plus vulnérables, le gouvernement ne se contente plus de gérer un budget, il fait le choix politique de l’abandon. Car sous couvert d'un transfert de charges vers les mutuelles, cette hausse finira inévitablement par être répercutée sur nous, adhérents.

Il est encore temps d'agir, mais le temps presse. Les parlementaires, remparts de la justice sociale, devront choisir, cautionner cette régression ou assumer leur rôle. Se taire aujourd’hui, c’est abdiquer. Il faut exiger le retrait immédiat de cette mesure pour empêcher que la santé de millions de citoyens ne devienne une simple variable d’ajustement budgétaire. Notre protection sociale est un bien commun inestimable, protégeons-la, ne la sacrifions pas.

Jean Claude Comorassamy
Ancien syndicaliste. 

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1 Commentaires
JULIEN H.
JULIEN H.
2 heures

Faire porter le chapeau aux plus vulnérables aura des conséquences indéniables qur les futures élections. Que nos parlementaires en vacances sortent enfin du silence car ils deviennent complices en se comportant ainsi.