Depuis hier soir, deux arboristes-élagueurs, Jérôme Rivière et Patrick Marbois, occupent le dernier arbre encore debout sur le chantier du pont de Trois-Ravines, à Saint-Louis. Un acte de dernier recours, disent-ils, quand le dialogue et les alertes n'ont pas suffi. Six personnes sont désormais mobilisées au sein du collectif "Sauvons le dernier Albizia saman, l'arbre des pluies" (Photo D.R.)
Face à cette mobilisation, la municipalité a répondu avec des chiffres soigneusement mis en avant : vingt arbres coupés, près de 2 000 végétaux replantés, et le seul manguier centenaire recensé, préservé par arrêté préfectoral. Une communication maîtrisée, qui invoque au passage la sécurité des habitants et le drame de 2024 pour couper court à toute contestation.
Que ce chantier réponde à un vrai besoin, personne ne le nie, pas plus les arboristes mobilisés que moi. Mais convoquer la sécurité et un drame passé pour se dispenser de répondre sur le fond, ce n'est pas de la transparence, c'est une stratégie de communication.
Car la vraie question posée par les professionnels reste, à ce jour, sans réponse.
Les arboristes ne parlent pas seulement du manguier, déjà protégé. Ils alertent sur des Albizia saman, « l'arbre des pluies », et des tamariniers (Tamarindus indica), qu'ils estiment âgés de 100 à 200 ans, et dont il ne resterait plus que deux exemplaires sur le site. Sur ces essences précises, la communication municipale reste muette.
À La Réunion, l'arbre n'est pas un simple objet décoratif. Dans notre tradition orale, le tamarinier, l'Albizia ou le manguier sont des repères mémoriels majeurs : témoins silencieux de notre histoire collective, abris sous lesquels s'est transmise la parole, gardiens de nos ravines. Un arbre de deux siècles porte une mémoire que 2 000 jeunes plants, aussi bienvenus soient-ils, ne remplaceront pas avant plusieurs générations.
Les questions qui restent légitimement posées
Sans prétendre à l'expertise des professionnels mobilisés sur ce dossier, je me fais le relais de leurs interrogations, qui me semblent d'intérêt public :
- Une expertise dendrologique indépendante a-t-elle daté précisément les Albizia saman et les tamariniers concernés par les abattages, au-delà du seul manguier déjà recensé ?
- Le chiffre de vingt arbres coupés inclut-il ces spécimens centenaires signalés par les arboristes, et si oui, combien ?
- Le paillage annoncé pour le bois coupé sera-t-il aussi issu de ces arbres remarquables, ou uniquement des sujets plus jeunes ?
Ce que je demande
La publication immédiate d'une expertise dendrologique complète sur l'ensemble des essences du site, pas seulement sur celle que la mairie a déjà choisi de mettre en avant. Une enquête publique menée en 2024 ne dispense pas d'une transparence renouvelée face à une mobilisation citoyenne qui pose aujourd'hui des questions précises et documentées, auxquelles la communication municipale n'a apporté aucune réponse.
On ne construit pas la confiance des Saint-Louisiens en opposant leur sécurité au patrimoine vivant de leur ville, ni en répondant à des questions précises par des éléments de langage. Les habitants méritent mieux qu'une communication à sens unique : ils méritent des réponses.
Rémy Bourgogne
