À La Réunion, cette mesure prendrait une tournure particulièrement injuste pour trois raisons majeures: d'abord, elle irait contre la dynamique historique de notre camp, celle du rattrapage et de l'Égalité. Les pensions réunionnaises restent structurellement les plus faibles de France. Selon les données de la Drees, la pension brute moyenne à La Réunion culmine à peine à 1 189 euros par mois, contre une moyenne nationale de 1 626 euros. L'Insee rappelle même qu'un retraité réunionnais sur deux vit, ou survit, avec moins de 850 euros par mois. (Photo : D.R)
Notre territoire est engagé dans une dynamique de convergence économique amorcée par la loi de départementalisation du 19 mars 1946. Dès lors, appliquer une sous-indexation nationale de but en blanc ici, c'est briser net un élan déjà difficile vers l'égalité et condamner nos aînés à la stagnation sociale.
Ensuite, nous refusons la politique des rustines et du bricolage budgétaire. Quelle que puisse être parfois sa bonne volonté, le gouvernement actuel paie l'addition de la Macronie et, comme son capitaine, il navigue à vue.
On ne gère pas une des pires crises de la dette du monde occidental en mettant des rustines sur la roue cassée d'une charrette-bœuf.
- Ne nous perdrons pas dans la démagogie du type "pas besoin de rembourser" -
Rappelons tout de même l'origine récente du mal : l'incurie financière de la macronie et le trou budgétaire abyssal laissé par Bruno Le Maire, qui continue néanmoins à donner de bons conseils par livres interposés. La position de LR est marquée au sceau de la responsabilité et de la gravité. Nous ne nous interdisons aucune réflexion de fond sur la dépense publique et ne nous perdrons pas dans la démagogie du type "pas besoin de rembourser".
Il faut un plan d'action sur les retraites, mais celui-ci doit s'inscrire dans un plan global de désendettement. Les retraités modestes n'ont pas à servir de variable d'ajustement à l'inconsistance bureaucratique héritée du tandem Le Maire-Macron.
Il faut aussi savoir raison garder. Pour ce que l'on en sait à ce stade, le projet du Gouvernement viserait en priorité les retraites dites aisées. A priori, les Réunionnais ne seraient donc, dans leur grande masse, pas concernés. Il ne s’agit pas d’engager une énième polémique inutile ni de faire peur à tort à nos petits retraités, à nos agriculteurs et à nos planteurs, en laissant croire qu'on en veut à leur pension.
Personne ne sortira gagnant du jeu qui consiste à entretenir l'hystérie.
En revanche, nous attirons l’attention sur le piège que peut contenir le curseur de "richesse" ou de retraite "aisée" qui sera retenu. Si le gouvernement fixe un seuil trop bas, par exemple à 2.000 ou 2.500 euros, cela percuterait de plein fouet la classe moyenne réunionnaise.
Un tel montant à Paris n'offre pas le même pouvoir d'achat qu'à La Réunion, où la vie chère et l’inflation structurelle minent le quotidien. Appliquer un seuil national uniforme sans correction territoriale pénaliserait donc doublement notre île.
Sandrine Aho-Nienne Géraud
Présidente fédération LR de La Réunion
