Je suis un ancien parent d'élèves d'un collège de l’ouest de La Réunion. Mes deux enfants y ont été scolarisés jusqu'à l'année dernière et sont aujourd'hui au lycée. Et, pour être honnête, je suis soulagée qu'ils aient franchi cette étape. (Photo : Stéphan Laï-Yu/www.imazpress.com)
Aujourd'hui, ma nièce et mon neveu sont encore scolarisés dans cet établissement. À travers leurs expériences, je continue donc à être confrontée à certaines situations qui m'interpellent et que je trouve regrettables.
Ma nièce m'expliquait récemment qu'elle se trouvait à seulement quelques mètres de sa salle de classe et qu'en arrivant avec très peu de retard, au lieu qu'une certaine tolérance ou un simple échange soit possible, elle a immédiatement été envoyée chercher un billet de retard.
On peut évidemment comprendre que les retards doivent être encadrés. Mais doit-on pour autant appliquer systématiquement les mêmes règles sans tenir compte des circonstances ? À quel moment le règlement doit-il laisser une place au dialogue, à la compréhension et au bon sens ?
D'autres situations rapportées par les élèves m'interrogent également : des remarques concernant le matériel, ou encore des réactions face à des élèves qui toussent beaucoup en classe.
Je ne remets absolument pas en cause la nécessité d'un cadre scolaire, de règles et de respect. Au contraire. Mais l'autorité ne devrait-elle pas également s'accompagner de pédagogie et d'écoute ?
Je pense également que certains enseignants devraient parfois accepter de se remettre en question. Être professeur ne devrait pas simplement consister à venir faire ses heures et percevoir son salaire : c'est aussi exercer une responsabilité auprès de jeunes qui sont en pleine construction. Enseigner, c'est transmettre des connaissances, mais c'est également donner envie d'apprendre, encourager et accompagner.
L'éducation fondée essentiellement sur la pression et la peur des sanctions ne me semble pas être la meilleure manière d'obtenir de bons résultats. Il me paraît beaucoup plus constructif de rechercher une véritable concordance entre les parents, les enseignants et les élèves. Lorsque chacun travaille dans le même sens, le jeune peut davantage se sentir soutenu plutôt que constamment mis en faute.
Et lorsque le principal affirme, comme cela peut parfois être perçu par les familles, que « le professeur a toujours raison », cela peut difficilement favoriser le dialogue. À mon sens, un établissement scolaire doit pouvoir entendre la parole des élèves et des parents, y compris lorsqu'elle remet en question certaines pratiques. Un enseignant peut se tromper, comme n'importe quel professionnel, et reconnaître une erreur ne diminue en rien son autorité.
Mes propres enfants ont, à une période, énormément manqué l'école. Et je me demande encore aujourd'hui si nous nous interrogeons suffisamment sur les raisons pour lesquelles certains jeunes finissent par se désintéresser de l'école ou par ne plus vouloir y aller.
Ce qui me préoccupe particulièrement, c'est de voir que même des élèves qui ont des capacités et qui pourraient réussir finissent parfois par décrocher et dire qu'ils ne veulent plus continuer leurs études. Quand un jeune en arrive à ne plus vouloir aller à l'école, il me semble essentiel de se demander ce qui a pu conduire à cette situation, plutôt que de regarder uniquement ses absences ou ses résultats.
On parle régulièrement du niveau scolaire des élèves français, de l'absentéisme, du décrochage et des difficultés rencontrées par notre système éducatif. Mais avant de regarder uniquement les résultats, ne faudrait-il pas aussi nous demander quel rapport à l'école nous construisons chez nos enfants ?
Un élève doit apprendre le respect des règles, c'est évident. Mais il doit aussi pouvoir se sentir écouté, compris et considéré comme une personne.
Je ne prétends pas que tous les enseignants de cet établissement fonctionnent de cette manière. Il existe heureusement des professeurs investis, bienveillants et à l'écoute de leurs élèves.
Mon objectif n'est donc pas de faire le procès d'un collège ou de ses enseignants. Je souhaite simplement poser une question : à force de vouloir appliquer strictement les règles, ne risque-t-on pas parfois de perdre de vue l'essentiel, c'est-à-dire donner aux jeunes l'envie de venir à l'école et de réussir ?
Parce qu'au bout du compte, derrière chaque retard, chaque absence et chaque élève en difficulté, il y a un jeune qui doit encore croire que l'école est aussi un endroit où il a sa place.
V.S
