L'eau peine à s'évacuer

"Il faut tout refaire": les inondations, un tsunami pour les PME du Pas-de-Calais

  • PubliĂ© le 18 novembre 2023 Ă  14:16
  • ActualisĂ© le 18 novembre 2023 Ă  14:22
Une boulangerie dans une rue inondée de Saint-Etienne-au-Mont, dans le Pas-de-Calais, le 15 novembre 2023

Du pain, des cagettes et des paquets de farine flottent dans la boulangerie d'Ulysse Toulet à Montreuil-sur-Mer. AprÚs deux semaines d'intempéries et d'inondations dans le Pas-de-Calais, l'eau de la Canche peine à s'évacuer. Choqué, il ignore aujourd'hui quand il pourra rouvrir.

"FinanciĂšrement c’est catastrophique, entre les crises Covid et Ă©nergĂ©tique. LĂ , on est Ă  l’arrĂȘt total, sans indemnisation. On va ĂȘtre fermĂ© le temps que l’eau se vide, qu’on nettoie, qu’on dĂ©contamine, qu’on remplace les machines", soupire le propriĂ©taire des lieux.

En fin de semaine derniÚre, l'eau de la riviÚre est arrivée par les murs, par le sol, jusqu'à 1m20. Le liquide stagnant était redescendu lentement jeudi aprÚs-midi à 30 cm.

L'odeur d'eau croupie embaume toutes les piĂšces. Le boulanger constate les dĂ©gĂąts, sous le claquement des conserves dans l'eau marronnasse oĂč s'entremĂȘlent boue, Ă©gouts et fioul, une cuve ayant lĂąchĂ© Ă  proximitĂ©.

Un four flambant neuf à 150.000 euros est désormais inutilisable, tout comme ses chambres de fermentation à 15.000 euros piÚce. Sa boulangerie bénéficie d'une certaine notoriété: il a participé à une émission sur M6 en 2017 et son pain au chocolat a été classé en 2021 par Le Monde dans le top 15 des meilleurs de France.

- Chocolats grand cru -

"Ici, c’était toutes les matiĂšres premiĂšres, tout s’est retrouvĂ© sous l’eau", observe-t-il, bottes en caoutchouc aux pieds, en pointant du doigt des graines de blĂ© ou de seigle qui flottent dans l'eau.

"On a des stocks de farine de blé ancien qui sont complÚtement fichus. Les frigos aussi, avec 3.000 euros de beurre AOP, 5.000 euros de farine, des chocolats grand cru", peste M. Toulet.

Il envisage des mois de fermeture: "J'ai placĂ© mes sept salariĂ©s au chĂŽmage partiel dĂšs jeudi 9 novembre. Mais avec mon Ă©pouse, on n’a pas de revenu, pas de chĂŽmage partiel", regrette-t-il.

En déplacement dans le département mardi, le chef de l'Etat a annoncé le déblocage d'un "fonds de soutien" de 50 millions d'euros à destination des collectivités.

La rĂ©gion Hauts-de-France et la Chambre de commerce et d'Industrie (CCI) ont eux montĂ© un groupe de travail spĂ©cifique pour venir en aide aux 400 entreprises du dĂ©partement directement affectĂ©es par les intempĂ©ries. Et autant qui ne sont pas touchĂ©es, mais oĂč les clients ne peuvent pour l'instant plus accĂ©der.

"Ca ne reprendra pas avant des mois. Plus ça dure, plus ça va coĂ»ter cher avec les travaux, le chĂŽmage partiel... On fait tout pour Ă©viter les fermetures mais aujourd’hui, il y a un risque", affirme Ă  l'AFP Philippe Hourdain, prĂ©sident de la CCI rĂ©gionale.

- Chambres d'hĂŽtes -

Dans le petit village de la Madelaine-sous-Montreuil, Ă  quelques kilomĂštres, les eaux du marais et de la Canche ont enseveli le terrain de Juliette Medelli, 35 ans.

Elle a besoin d'une barque pour accĂ©der Ă  ses quatre chambres d'hĂŽtes, oĂč l'eau est montĂ©e jusqu'Ă  1m50. "J'ai dĂ» sortir ma tenue de plongĂ©e", ironise-t-elle.

"Dans les chambres d’hĂŽtes, il faut tout refaire. Normalement, on fonctionne d’avril Ă  octobre. Mais lĂ , on n'y arrivera pas", regrette Mme Medelli dans son complet impermĂ©able, de l'eau jusqu'aux genoux.

La verriÚre est inondée, la serre aussi. L'isolant du parquet, complÚtement moisi, remonte du parquet ébranlé.

Son mari est architecte paysagiste. "Une grande partie de son activité se passait ici. Son atelier est sous l'eau. Il a réussi à sauver quelques outils mais là, on n'a plus aucune activité", abonde-t-elle.

Elle s'est immĂ©diatement posĂ©e la question: doivent-ils dĂ©mĂ©nager ? "Peut-ĂȘtre qu'on va y ĂȘtre contraint. Et si on doit refaire, comment refaire ?"

Ces inondations dévastatrices risquent d'avoir un impact fort pour les villages du Montreuillois, zone touristique importante de la cÎte d'Opale, toujours sous l'eau vendredi matin.

"Une semaine aprĂšs le dĂ©luge, on est Ă©puisĂ©, moralement et physiquement. Mais on n'a pas le droit de baisser les bras. Notre urgence, lĂ , c’est de connaĂźtre nos indemnitĂ©s d'assurance, pour savoir avec quelle base on va repartir. Peut-ĂȘtre une ou deux chambres", espĂšre Juliette Medelli.

AFP

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