Le buraliste du Tarn qui avait tué un jeune cambrioleur a été condamné vendredi en appel à Toulouse à 10 ans de prison, soit trois ans de plus qu'en premiÚre instance, par la cour d'assises de Haute-Garonne, qui a exclu la thÚse de la légitime défense.
La décision, prononcée aprÚs 5H30 de délibéré, a entraßné une vague d'émotion et de colÚre chez la famille de Luc Fournié, alors que des pleurs résonnaient du cÎté des proches de la victime. L'accusé, qui comparaissait libre, a semblé assommé.
Dans son verdict, la cour a écarté la légitime défense, jugeant qu'il y avait une "totale disproportion" dans la riposte de M. Fournié, avec notamment la mise en place, au cours des jours précédents, d'un "stratagÚme afin de pouvoir tirer sur tout intrus qui entrerait".
Jugeant le verdict "absolument aberrant, incompréhensible", Me Georges Catala, avocat de la défense, a indiqué son intention de se pourvoir en cassation.
La cour a "refusĂ© ce glissement dangereux de la lĂ©gitime dĂ©fense Ă lâautodĂ©fense, que la force lâemporte sur le droit", s'est au contraire fĂ©licitĂ© Me Simon Cohen, avocat des parties civiles.
Dans son rĂ©quisitoire, l'avocat gĂ©nĂ©ral avait exclu la lĂ©gitime dĂ©fense mais en requĂ©rant "cinq ans d'emprisonnement, en nâexcluant pas lâoctroi du sursis simple pour une partie, voire pour la totalitĂ© de la peine". Il avait demandĂ© aux jurĂ©s de retenir une peine "proportionnĂ©e, juste, Ă©quitable et socialement utile".
En premiÚre instance, le parquet avait demandé implicitement l'acquittement, en retenant la qualification de légitime défense, mais n'avait pas été suivi par la cour d'assises du Tarn: M. Fournié avait été condamné à sept ans de prison. Il avait été libéré un mois plus tard, aprÚs avoir fait appel.
Il était jugé pour avoir tué d'un coup de fusil de chasse Jonathan, un lycéen de 17 ans, qui était venu cambrioler son bar-tabac à Lavaur (Tarn) dans la nuit du 14 décembre 2009, avec un autre adolescent, lui aussi non armé.
- Barreaux sciés -
Quatre jours avant les faits, Luc FourniĂ© avait dĂ©couvert que les barreaux d'une fenĂȘtre de son cafĂ© avaient Ă©tĂ© sciĂ©s. Il Ă©tait alors allĂ© chercher le fusil de son pĂšre, des cartouches et avait installĂ© un systĂšme d'alarme de fortune, aprĂšs avoir alertĂ© les gendarmes. Il avait aussi dĂ©cidĂ© de dormir au rez-de-chaussĂ©e et de "faire des rondes".
Vers 2H30 du matin, rĂ©veillĂ© par le bruit de la vitre brisĂ©e, M. FourniĂ© Ă©tait remontĂ© chercher son fusil Ă l'Ă©tage, oĂč se trouvait son domicile, avant de redescendre. ConfrontĂ© Ă une silhouette dans la pĂ©nombre, il avait tirĂ© Ă bout portant sur Jonathan, qui s'Ă©tait effondrĂ©, avant de tirer une seconde fois dans la direction de son acolyte, qui s'enfuyait, sans l'atteindre.
"Luc FourniĂ©, c'est vous, c'est moi, c'est eux", avait plaidĂ© Me Laurent Boguet, autre avocat de la dĂ©fense. "Il n'avait aucune intention de se faire justice lui-mĂȘme, c'est un homme apeurĂ©, terrorisĂ©, qui a appuyĂ© sur la dĂ©tente", avait-il lancĂ©.
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"Je ne le laisserai pas décrire comme quelqu'un qui est en treillis, planqué derriÚre la porte de la cuisine", avait-il ajouté avant de demander au jury l'acquittement de l'accusé.
"Nous ne plaidons pas contre Luc FourniĂ©", avait assurĂ©, pour les parties civiles, Me Cohen. "Nous plaidons pour que la lĂ©gitime dĂ©fense soit consacrĂ©e telle quâelle est instituĂ©e, pour qu'elle ne dĂ©gĂ©nĂšre pas. Nous plaidons contre l'autodĂ©fense, parce que nous considĂ©rons que c'est Ă la fois une rĂ©gression et un danger."
"Madame, depuis le 14 décembre 2009, il n'y a pas un seul jour sans que je pense à votre souffrance", avait déclaré M. Fournié, en pleurs, à l'attention de la mÚre de Jonathan présente dans la salle. Je n'ai jamais voulu tuer votre fils. Pardon, madame, pardon", avait-t-il ajouté avant la clÎture des débats.
AFP
