Philippines

18 morts dans un attentat contre la cathédrale de Jolo

  • PubliĂ© le 28 janvier 2019 Ă  05:52
  • ActualisĂ© le 28 janvier 2019 Ă  06:32
Photo des forces armées philippines montrant l'intérieur de la cathédrale de Jolo aprÚs l'explosion d'un engin piégé qui a fait 18 morts le 27 janvier 2019

Au moins 18 personnes ont péri dimanche dans un double attentat contre la cathédrale de Jolo, sur une ßle du sud des Philippines qui demeure un bastion de militants islamistes.

Cette attaque, revendiquĂ©e par le groupe Etat islamique, a eu lieu lors d'une messe. Une premiĂšre explosion a secouĂ© l'intĂ©rieur de cathĂ©drale de Notre-Dame du Mont-Carmel, situĂ©e dans le centre de Jolo, la plus grande ville de l'Ăźle du mĂȘme nom. Une seconde explosion s'est produite Ă  l'extĂ©rieur, sur le parking, quand arrivaient les militaires pour aider les blessĂ©s. Cet attentat intervient deux jours aprĂšs l'annonce de l'approbation massive, lors d'un rĂ©fĂ©rendum lundi dernier, de la crĂ©ation dans le sud de l'archipel de la rĂ©gion autonome Bangsamoro, dans le cadre du processus de paix avec l'insurrection musulmane.

Des photos diffusĂ©es par l'armĂ©e montrent les portes et les fenĂȘtres de la cathĂ©drales pulvĂ©risĂ©es, ses bancs retournĂ©s. Le porte-parole du prĂ©sident philippin Rodrigo Duterte, Salvador Panelo, a condamnĂ© "un acte terroriste" et promis de "poursuivre jusqu'au bout du monde les cruels auteurs de ce crime ignoble jusqu'Ă  ce que chacun des tueurs soit amenĂ© devant la justice et mis derriĂšre les barreaux". Le pape François a "fermement condamnĂ©" ce double attentat, "un Ă©pisode de violence qui endeuille Ă  nouveau cette communautĂ© chrĂ©tienne". Cinq soldats, un membre des garde-cĂŽtes et 12 civils ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans ce double attentat qui a Ă©galement fait 83 blessĂ©s, a dĂ©clarĂ© le lieutenant-colonel Gerry Besana, porte-parole rĂ©gional de l'armĂ©e. Le chef de la police rĂ©gionale Graciano Mijares a de son cĂŽtĂ© fait Ă©tat de 20 morts et 81 blessĂ©s.

Revendication de l'Etat islamique

Dans un communiqué, l'EI a affirmé que deux kamikazes s'étaient fait exploser à l'intérieur de l'église et dans le parking à l'extérieur, selon le Centre américain spécialisé dans la surveillance de la mouvance jihadiste (SITE). Or, selon l'armée, la deuxiÚme bombe se trouvait dans le coffre d'une moto garée à l'extérieur de l'édifice. Dans un premier temps, les autorités avaient avancé la piste du groupe islamiste Abou Sayyaf. "Quand vous parlez de terrorisme dans la province de Sulu, le premier suspect est toujours Abou Sayyaf mais nous ne pouvons exclure la possibilité d'autres responsables", avait déclaré le lieutenant-colonel Besana.

SpĂ©cialisĂ©e dans les enlĂšvements crapuleux, cette organisation est aussi accusĂ©e des pires attentats dans l'archipel, en particulier celui contre un ferry qui avait fait plus de 100 morts en 2004. Créé dans les annĂ©es 1990 grĂące aux financements d'un membre de la famille du chef d'Al-QaĂŻda Oussama ben Laden, il s'est depuis scindĂ© en plusieurs factions dont certaines ont prĂȘtĂ© allĂ©geance Ă  l'EI. L'an dernier, le prĂ©sident Duterte avait dĂ©crĂ©tĂ© la loi martiale dans le sud du pays, aprĂšs la prise de la ville de Marawi par des jihadistes se rĂ©clamant de l'EI en mai 2017. En septembre 2016, quinze personnes avaient Ă©tĂ© tuĂ©es dans un attentat Ă  Davao, localitĂ© d'origine du prĂ©sident Rodrigo Duterte qu'il a longtemps dirigĂ©e, imputĂ© au groupe islamiste Maute qui a prĂȘtĂ© allĂ©geance Ă  l'EI.

"La paix doit l'emporter"

Jolo fait partie de la rĂ©gion autonome Bangsamoro dont la crĂ©ation sur un territoire Ă  majoritĂ© musulmane - alors que l'archipel est majoritairement catholique - vise Ă  rĂ©tablir la paix aprĂšs des dĂ©cennies d'un conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts. Des musulmans avaient pris les armes dans les annĂ©es 1970 pour rĂ©clamer l'autonomie ou l'indĂ©pendance du sud des Philippines qu'ils considĂšrent comme leur terre ancestrale. Cette insurrection a fait 150.000 morts. Le principal groupe rebelle, le Front Moro islamique de libĂ©ration (Milf), avait signĂ© en 2014 un accord de paix avec le gouvernement prĂ©voyant d'octroyer l'autonomie Ă  la minoritĂ© musulmane dans certaines parties de la grande Ăźle de Mindanao et des Ăźles de l'extrĂȘme sud-ouest.

Conformément à cet accord, 2,8 millions d'habitants de cette région ont été appelés lundi dernier à voter et 1,7 million se sont prononcés en faveur de la création de la nouvelle région autonome, a fait savoir vendredi la commission électorale. Ce processus, qui a débuté dans les années 1990, n'inclut pas les organisations islamistes comme Abou Sayyaf que le Milf combat aux cÎtés des forces gouvernementales. "La paix doit l'emporter sur la guerre", a déclaré le Conseiller à la sécurité nationale Hermogenes Esperon, qui a attribué l'attentat à des "criminels extrémistes", ajoutant: "Nous ne les laisserons pas gùcher l'aspiration à la paix de la population".

AFP

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