Liban

A Beyrouth, l'explosion a aussi ravagé des joyaux architecturaux

  • PubliĂ© le 10 aoĂ»t 2020 Ă  14:08
  • ActualisĂ© le 10 aoĂ»t 2020 Ă  15:55
Photo fournie par le musée Sursock à Beyrouth montrant le hall dévasté par l'explosion au port, le 8 août 2020

Il n'y a pas que l'avenir de Beyrouth qui s'est assombri avec l'explosion du port. Le drame meurtrier et dévastateur n'a pas épargné ce qui restait du passé glorieux de la capitale libanaise, frappant musées et bùtisses historiques à l'architecture traditionnelle.

CĂ©lĂšbres pour leurs fenĂȘtres Ă  triple arches, typiques de Beyrouth, des centaines de joyaux architecturaux datant de l'empire ottoman ou du mandat français (1920-1943) subissaient dĂ©jĂ  les ravages du temps.

AprÚs avoir été fragilisés durant la guerre civile (1975-1990), l'explosion de mardi, s'apparentant à un séisme de 3,3 sur l'échelle de Richter, aura été le coup de grùce.

Certains des bĂątiments les plus anciens se trouvent en effet prĂšs du port, oĂč plusieurs tonnes de nitrates d'ammonium, stockĂ©es selon les autoritĂ©s depuis six dans dans un entrepĂŽt, ont explosĂ©. Dans un palais du XVIIIe siĂšcle, la dĂ©flagration a dĂ©truit des antiquitĂ©s plus vieilles que le Liban, qui marque cette annĂ©e le centenaire de sa crĂ©ation.

Dans la demeure patricienne décorée de colonnades en marbre, des portes ont été arrachées et des panneaux en bois de l'époque ottomane rehaussés de calligraphie arabe endommagés. Des vitraux brisés, vieux de plus de 200 ans, ont été balayés dans un coin. "C'est comme un viol", confie Tania Ingea, l'héritiÚre de cette demeure, autrefois connu sous le nom de "Palais de la Résidence".

Construit par l'une des grandes fortunes beyroutines, la famille Sursock, le palais a survécu à la guerre civile et à la guerre destructrice de 2006 entre le Hezbollah et Israël. Avec l'explosion, "il y a maintenant une coupure entre le présent et le passé", déplore Mme Ingea. "C'est une interruption dans la transmission de la mémoire d'un lieu, d'une famille, d'une partie de l'histoire de la ville."

- Trous béants -

SituĂ© Ă  proximitĂ©, le musĂ©e Sursock, haut lieu de la vie culturelle qui abrite une impressionnante collection d'art moderne et contemporain, n'a pas non plus Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©. Il y a quelques mois Ă  peine, il accueillait une exposition Picasso inĂ©dite. Les sacs de jute remplis de dĂ©bris s'entassent dans la cour, au pied du monumental escalier d'honneur oĂč les jeunes mariĂ©s venaient se prendre en photo, devant la façade ciselĂ©e d'un blanc immaculĂ© et aux vitraux colorĂ©s.
Ces fameux vitraux ont volĂ© en Ă©clats et les fenĂȘtres ne sont plus que des trous bĂ©ants.

Le palais construit en 1912, écrin d'architecture vénitienne et ottomane, est devenu un musée prÚs de 50 ans plus tard, comme le voulait son propriétaire Nicholas Sursock, avide collectionneur. Entre 20 et 30 oeuvres ont été endommagées, principalement par des éclats de verre, selon une porte-parole.
Parmi elles une piÚce maßtresse de la collection: un portrait de M. Sursock peint par le Franco-Néerlandais Kees Van Dongen.

L'explosion a fait chuter le tableau, entaillant la toile. Le musĂ©e avait rouvert en 2015 aprĂšs huit annĂ©es de rĂ©novations. Jacques Aboukhaled, l'architecte qui a dirigĂ© les travaux, assure que la structure est intacte, mĂȘme si le reste a Ă©tĂ© soufflĂ©. "Je ne m'attendais pas Ă  autant de dommages (...) Je suis trĂšs attachĂ© Ă  ce bĂątiment. C'est comme notre maison", ajoute le sexagĂ©naire. D'aprĂšs lui, les rĂ©parations pourraient durer plus d'un an et coĂ»ter des "millions" de dollars.

- Avant l'hiver -

Un miracle cependant. Le musée national -- qui abrite une vaste collection de statues et d'antiquités grecques, romaines et phéniciennes -- a échappé au pire. Seule la façade extérieure est endommagée, selon le ministre de la Culture, Abbas Mortada. Situé sur l'ancienne ligne de démarcation durant la guerre civile, le bùtiment de style néo-hellénistique s'était retrouvé pris au piÚge des combats.

Les principales piÚces du musée avaient été sauvées du pillage grùce à la perspicacité de l'ancien conservateur, Maurice Chéhab, qui les avait coulées dans du béton. Aujourd'hui des "centaines" de bùtiments classés au patrimoine national sont endommagés, assure le ministre. "Cela va demander beaucoup de travail."

Une équipe effectue un recensement des dégùts mais les réparations vont coûter des "centaines de millions" de dollars, estime M. Mortada, espérant une aide extérieure, notamment de Paris. "Nous avons besoins de mener des travaux de rénovation le plus rapidement possible", dit-il. "Si l'hiver arrive et que ce n'est pas fini, le danger sera grand."

AFP

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