Pour la libération des prisonniers politiques

A Cuba, l'opposition veut manifester malgré l'interdiction

  • PubliĂ© le 15 novembre 2021 Ă  07:22
  • ActualisĂ© le 15 novembre 2021 Ă  09:08
Le dramaturge Yunior Garcia, créateur du groupe de débat politique sur Facebook Archipiélago à l'origine de l'appel à manifester à Cuba, le 14 novembre 2021 à La Havane

L'opposition cubaine est décidée à manifester lundi pour exiger la libération des prisonniers politiques, malgré l'interdiction ferme des autorités communistes, qui veulent plutÎt célébrer le retour des enfants à l'école et des touristes sur l'ßle.

Depuis des semaines, la date du 15 novembre - raccourcie en espagnol comme 15N - est amplement commentée sur les réseaux sociaux et dans les foyers cubains: pour la dissidence, c'est l'occasion de défiler dans les rues de Cuba, quatre mois aprÚs les manifestations historiques et spontanées du 11 juillet.

Lors de ces rassemblements, qui ont fait un mort et des dizaines de blessĂ©s, 1.270 personnes avaient Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es, dont 658 restent emprisonnĂ©es, selon l'ONG Cubalex. Mais pour le gouvernement, lundi marque avant tout un certain retour Ă  la normale aprĂšs des mois de fermeture du pays et des Ă©tablissements scolaires en raison de la pandĂ©mie de coronavirus. Il a aussi programmĂ© des festivitĂ©s pour les 502 ans de La Havane. "Notre devise, c'est la paix", a promis le prĂ©sident Miguel Diaz-Canel lors d'une allocution tĂ©lĂ©visĂ©e vendredi.

Et "en paix nous débuterons le 15 une nouvelle étape de l'année scolaire, en paix notre économie se redressera", a-t-il assuré, alors que l'ßle vit sa pire crise économique en prÚs de 30 ans, générant de fortes pénuries d'aliments et de médicaments ainsi qu'un mécontentement social grandissant.

- "Vague répressive" -

De son cĂŽtĂ©, l'opposition appelle Ă  une grande manifestation pacifique, Ă  La Havane et dans six provinces, pour "le changement" et la libĂ©ration des prisonniers politiques. La consigne aux participants: venir vĂȘtus de blanc.

Mais difficile de dire si l'appel sera largement suivi, alors que la confrontation est au plus haut entre dĂ©fenseurs et critiques du gouvernement. Les autoritĂ©s accusent les organisateurs d'ĂȘtre des agents entraĂźnĂ©s et payĂ©s par les Etats-Unis pour provoquer un changement de rĂ©gime. Pour cette raison, elles ont interdit le rassemblement et menacĂ© de sanctions pĂ©nales.

De quoi en dissuader certains alors que des peines pouvant atteindre 30 ans de prison ont Ă©tĂ© requises contre des manifestants du 11 juillet, selon des mĂ©dias indĂ©pendants cubains. Sans compter que, contrairement Ă  juillet, il n'y aura plus l'effet de surprise, dans ce pays oĂč l'importante prĂ©sence policiĂšre et militaire dissuade gĂ©nĂ©ralement toute tentative de rassemblement.

Ces derniers jours, de nombreux dissidents, promoteurs de la manifestation et journalistes indĂ©pendants ont dĂ©noncĂ© sur les rĂ©seaux sociaux ĂȘtre bloquĂ©s chez eux par les forces de l'ordre. Dans une lettre ouverte publiĂ©e dimanche, une quarantaine d'organisations civiles Ă  Cuba et Ă  l'Ă©tranger ont dĂ©noncĂ© "la vague rĂ©pressive qui s'est intensifiĂ©e dans le pays contre les organisateurs de la manifestation et les citoyens qui s'y identifient".

- "Campagne contre Cuba" -

Dimanche, le dramaturge Yunior Garcia, 39 ans, crĂ©ateur du groupe de dĂ©bat politique sur Facebook ArchipiĂ©lago Ă  l'origine de l'appel Ă  manifester, a Ă©tĂ© empĂȘchĂ© de sortir dĂ©filer en solitaire, une rose blanche Ă  la main, comme il souhaitait le faire par crainte de violences le jour suivant.

Toute la journĂ©e, des agents en civil postĂ©s devant sa porte, au pied de son immeuble et sur le toit l'ont immobilisĂ© chez lui, dans le quartier populaire de La Coronela Ă  La Havane, couvrant mĂȘme ses fenĂȘtres de gigantesques drapeaux. "Nous vivons des jours trĂšs sombres Ă  Cuba", a-t-il regrettĂ© dans une vidĂ©o publiĂ©e sur Facebook.

Le président Diaz-Canel a dénoncé une volonté de "perturber l'ordre interne" et une "campagne médiatique contre Cuba". Dans ce contexte, Washington s'inquiÚte. Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a appelé "le gouvernement cubain à respecter les droits des Cubains, en les laissant se rassembler de maniÚre pacifique".

Il l'a aussi incitĂ© Ă  laisser les manifestants "s'exprimer sans craindre de reprĂ©sailles ou de violence, et en les laissant Ă©changer des informations librement par internet et les lignes de tĂ©lĂ©communication", en rĂ©fĂ©rence aux coupures d'internet survenues en juillet lors des manifestations et les jours suivants. L'internet mobile, arrivĂ© fin 2018 Ă  Cuba, a rĂ©volutionnĂ© le quotidien des habitants, faisant Ă©merger une sociĂ©tĂ© civile et donnant naissance Ă  une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dissidents connectĂ©s. Mais le gouvernement, qui nie l'existence de prisonniers politiques Ă  Cuba, considĂšre comme illĂ©gale toute opposition, qu'il accuse d'ĂȘtre financĂ©e par Washington.

AFP

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