Les yeux rivés sur le scrutin de novembre, Donald Trump a participé vendredi à Washington à la grand-messe annuelle des militants anti-avortement, dénonçant les positions "radicales" de ses adversaires démocrates sur ce sujet trÚs clivant aux Etats-Unis.
"C'est un grand honneur pour moi d'ĂȘtre le premier prĂ©sident de l'Histoire Ă participer Ă la Marche pour la vie!", a lancĂ© le milliardaire rĂ©publicain devant une foule conquise rassemblĂ©e sur les immenses pelouses du "National Mall".
Au mĂȘme moment, Ă quelques centaines de mĂštres de lĂ , dans l'enceinte du CongrĂšs, les sĂ©nateurs poursuivaient leurs dĂ©bats dans son procĂšs en destitution.
"Ils s'en prennent à moi parce que je me bats pour vous", a-t-il lancé dans une allusion à cette procédure qui laissera, qu'elle qu'en soit l'issue, une tùche indélébile sur son mandat.
Le milliardaire républicain qui, en 1999, se disait trÚs "pro-choice" (favorable à la possibilité de choisir l'avortement), est désormais plus que jamais déterminé à se positionner comme le président le plus "pro-life" de l'Histoire.
DĂ©nonçant, dans un discours aux accents de meeting de campagne, les positions "les plus extrĂȘmes et les plus radicales" de ses adversaires, il s'en est pris avec virulence Ă l'"extrĂȘme gauche" et a multipliĂ© les hommages aux "millions de femmes extraordinaires Ă travers l'AmĂ©rique" qui se battent pour "le droit Ă la vie".
"Chaque enfant est un don sacré de Dieu", a ajouté l'ancien homme d'affaires de New York devant les manifestants arborant des crucifix ou des pancartes "Les droits humains commencent dans l'utérus".
- "Ils n'ont aucune preuve" -
"Ma fille est adoptĂ©e, elle ne serait pas lĂ si sa mĂšre n'avait pas choisi la bonne voie", confie Jim Bolognio, venu avec ses amis du New Jersey. L'homme de 63 ans l'affirme haut et fort: il "adore Trump" et est persuadĂ© que tous les militants anti-avortement se rendront aux urnes en masse pour le faire réélire. Beverly Atkins a conduit 13 heures depuis l'Alabama, dans le sud des Etats-Unis, pour participer Ă ce rassemblement. "La vie commence Ă la conception", martĂšle la quinquagĂ©naire vĂȘtue un T-shirt bleu "Choisissez la vie".
Comme la plupart des manifestants sur place, elle est totalement insensible aux auditions sur le procÚs en destitution de Trump. "Ils n'ont aucune preuve", insiste-t-elle. "C'est une mascarade, payée par le peuple", déplore son ami Doug Clement.
En 47 ans d'existence, la "March for Life" n'avait jamais accueilli un président américain . Marjorie Dannenfelser, présidente de "Susan B. Anthony List", puissante organisation anti-avortement, y voit un véritable "tournant".
La manifestation est organisĂ©e tous les ans autour du 22 janvier, date anniversaire de l'arrĂȘt emblĂ©matique de la Cour suprĂȘme "Roe v. Wade", rendu en 1973, et lĂ©galisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) dans tous les Etats-Unis. A l'approche du scrutin du 3 novembre, oĂč il briguera un second mandat, Donald Trump, qui n'a jamais cherchĂ© Ă Ă©largir son socle Ă©lectoral, sait qu'il doit jouer serrĂ© avec les chrĂ©tiens Ă©vangĂ©liques blancs, qui avaient votĂ© Ă 81% pour lui en 2016.
Avec les nominations de Neil Gorsuch et Brett Kavanaugh Ă la Cour suprĂȘme - deux juges "extraordinaires" selon ses termes - qui ont cimentĂ© l'institution dans le conservatisme, il a galvanisĂ© les militants anti-avortement. Leur rĂȘve? Remettre en cause l'arrĂȘt "Roe v. Wade". Ou, Ă dĂ©faut, autoriser les Etats Ă adopter des lois trĂšs restrictives sur les interruptions volontaires de grossesse (IVG).
- Le test de la Louisiane -
Le premier test dĂ©cisif aura lieu en mars, quand la Cour suprĂȘme se penchera sur une loi adoptĂ©e en 2014 en Louisiane, Etat conservateur du Sud.
Le texte prévoit d'imposer aux médecins volontaires pour pratiquer des IVG d'avoir une autorisation d'exercer dans un hÎpital situé à moins de 50 kilomÚtres du lieu de l'opération.
Selon les défenseurs du droit à l'avortement, ces conditions sont trop drastiques et seul un médecin et une clinique pourront continuer à pratiquer des IVG dans tout l'Etat. Un nombre trÚs insuffisant, soulignent-ils, pour les quelque 10.000 avortements pratiqués chaque année.
La Louisiane justifie cette mesure en évoquant les risques de complication et la nécessité, en cas de problÚme, de pouvoir transférer les patientes dans des hÎpitaux voisins.
La décision permettra d'évaluer si le temple du droit américain a, sur ce sujet trÚs sensible, changé de position. En juin 2016, six mois avant l'arrivée du magnat de l'immobilier au pouvoir, elle avait jugé illégale une loi similaire adoptée au Texas.
AFP



