AprĂšs 2.
000 km en bus, le vieil homme ĂŽte son chapeau et glisse la tĂȘte entre les poteaux mĂ©talliques qui sĂ©parent le Mexique des Etats-Unis : cela fait 15 ans que Maurilio Salcido n'avait pas vu son fils, passĂ© de l'autre cĂŽtĂ©.A cet endroit du mur, que le candidat Ă la Maison Blanche Donald Trump, qui devrait ĂȘtre investi par la convention rĂ©publicaine s'ouvrant lundi, a promis de renforcer pour combattre l'immigration clandestine, on ne devine que des silhouettes.
Car la "linea", comme on l'appelle, a Ă©tĂ© doublĂ©e au niveau de la plage de Tijuana d'un grillage au maillage trĂšs dense qui colle aux piliers en fer. AccompagnĂ© de sa fille, son petit-fils et sa belle-fille, M. Salcido, un paysan de 80 ans, a revĂȘtu des habits de fĂȘte pour ces retrouvailles.
La scÚne se répÚte chaque week-end avec des dizaines de familles à Tijuana (nord).
Si au Mexique, les piĂ©tons peuvent s'approcher du mur, il en va autrement aux Etats-Unis, oĂč une seconde barriĂšre, quelques mĂštres en amont, en empĂȘche l'accĂšs. Elle est ouverte le samedi et le dimanche par les gardes-frontiĂšre amĂ©ricains, qui permettent ces moments d'Ă©change Ă travers le grillage et ferment les yeux sur la situation lĂ©gale de ceux qui se pressent de leur cĂŽtĂ©.
"C'est un plaisir pour moi et pour elles. Ca y est, on l'a vu, on va pouvoir partir tranquilles", raconte cet homme sec et Ă la peau tannĂ©e par le soleil, originaire de Durango (nord). Dans les annĂ©es 1950, il fut un des milliers de "braceros", de l'espagnol "brazo" (bras), partis travailler dans les champs amĂ©ricains, Ă une Ă©poque oĂč le mur n'existait pas.
Mais la situation a bien changé : un tiers des 3.145 km de frontiÚre entre les deux pays est désormais délimitée par des barriÚres métalliques, parfois doubles ou triples, de la tÎle ondulée, des barbelés ou des parties murées.
Donald Trump a fait son entrée en campagne il y a un an avec une salve contre le Mexique, accusant le pays d'envoyer aux Etats-Unis des "violeurs", "criminels" et "trafiquants de drogue". Sa promesse de construire un mur à la frontiÚre, aux frais du voisin du Sud, rythme depuis ses rassemblements.
- Un mur construit depuis 1994 -
Ses propos ont outré au Mexique, au point que le président Enrique Peña Nieto les avait comparés en mars à la "rhétorique stridente" qui avait précédé l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler et Benito Mussolini.
Olga Soto, 36 ans, qui a longtemps vécu à San Diego, avant d'y laisser son fils de 15 ans, en 2012, espÚre que Donald Trump, s'il accÚde à la maison Blanche, ne reviendra pas sur ce moment privilégié pour les familles.
Sinon, "le seul espoir sera que mon fils arrange sa situation pour pouvoir sortir légalement" des Etats-Unis, espÚre-t-elle en approchant le haut-parleur de son téléphone du mur afin que David puisse entendre ses petites soeurs, rentrées au Mexique avec elle.
Un peu plus loin le long du mur, parsemé de dessins et d'inscriptions, Carmen Rosete fond en larmes lorsqu'elle rencontre à travers les petits trous ses deux petits-enfants.
"J'aimerais pouvoir les embrasser mais je ne peux pas", sanglote cette Mexicaine de 59 ans qui a tout vendu à Orizaba (état de Veracruz, ouest) pour déménager dans cette ville de la frontiÚre.
Sa fille Liz, au Etats-Unis, est consciente que les choses pourraient empirer si Trump venait Ă s'imposer. "Je remercie Dieu car nous avons ceci", confie-t-elle Ă propos de ces instants.
Ce mur, qui plonge dans le pacifique, a commencĂ© Ă ĂȘtre construit en 1994. Depuis, il n'a fait qu'ĂȘtre consolidĂ©.
Mais les 21.000 agents amĂ©ricains Ă©quipĂ©s de drones et capteurs de mouvements n'empĂȘchent pas les migrants mexicains ou d'AmĂ©rique centrale de continuer Ă tenter leur chance, en empruntant des chemins toujours plus pĂ©rilleux.
Nombre d'entre eux meurent déshydratés en plein désert mais le mur a aussi ses propres victimes : le 16 juin, la Border Patrol de Nogales (Arizona) a retrouvé une femme, la nuque brisée, au pied de la barriÚre de 6 mÚtres.
Par Carola SOLà - © 2016 AFP
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