Elysée

A Paris, la communauté internationale cherche une sortie de crise en Libye

  • PubliĂ© le 12 novembre 2021 Ă  13:21
  • ActualisĂ© le 12 novembre 2021 Ă  13:43
Mohamed al-Manfi (d) et Abdelhamid Dbeibah Ă  Tripoli le 16 mars 2021

Dix ans aprÚs la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la communauté internationale se réunit une nouvelle fois vendredi à Paris pour tenter d'aider la Libye à retrouver la stabilité avec, comme premiÚre étape, la bonne tenue des élections prévues le 24 décembre.

Autour du président français Emmanuel Macron, hÎte de la conférence, seront rassemblés dans l'aprÚs-midi une trentaine de dirigeants, dont ceux des pays co-organisateurs: l'Allemande Angela Merkel, l'Italien Mario Draghi et les Libyens Mohamed Al-Manfi, président du Conseil présidentiel, et Abdelhamid Dbeibah, Premier ministre. Le secrétaire général de l'ONU Antonio Gutteres interviendra en visioconférence.

Des responsables de la plupart des pays impliquĂ©s dans la crise libyenne ou dans son rĂšglement, dont la vice-prĂ©sidente amĂ©ricaine Kamala Harris, le prĂ©sident Ă©gyptien Abdel Fattah al-Sissi et le chef de la diplomatie russe SergueĂŻ Lavrov seront Ă©galement prĂ©sents. "L'objectif de cette confĂ©rence internationale sera d’apporter un soutien international Ă  la poursuite de la transition politique engagĂ©e et Ă  la tenue des Ă©lections selon le calendrier prĂ©vu", a expliquĂ© l'ElysĂ©e.

Or la présidentielle du 24 décembre et les législatives qui doivent se tenir un mois plus tard restent trÚs incertaines sur fond de regain de tensions entre camps rivaux. "Les élections sont à portée de main (..) Il y va de la stabilité du pays", a relevé la présidence française. "Mais des +spoilers+ (ceux qui veulent gùcher la dynamique, ndlr) sont en embuscade, ils essaient de faire dérailler le processus", a-t-elle regretté.
L'objectif est donc de "rendre le processus électoral incontestable et irréversible" et faire en sorte que le résultat des élections soit ensuite "respecté", selon l'Elysée.

Ces scrutins, aboutissement d'un processus politique laborieux parrainé par l'ONU, sont censés tourner la page d'une décennie de chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011 et mettre fin aux divisions et aux luttes fratricides entre deux camps rivaux, l'un dans l'ouest du pays et l'autre dans l'est. Mais les tensions politiques ont repris de l'ampleur, chaque camp soupçonnant l'autre de vouloir tirer la couverture à soi, ce qui rend la tenue des élections incertaine, dans un contexte sécuritaire toujours fragile.

- Départ des mercenaires -

Les chances de succĂšs sont donc jugĂ©es trĂšs incertaines par les experts aprĂšs les confĂ©rences de Berlin 1 et 2. "L'absence des prĂ©sidents algĂ©rien Tebboune, turc Erdogan et russe Poutine et l’impasse actuelle en Libye" risquent "d'entacher cette sĂ©quence libyenne", relĂšve Hasni Abidi, directeur du Centre d'Ă©tudes et de recherche sur le monde arabe et mĂ©diterranĂ©en Ă  GenĂšve (Suisse).

De ce fait, la confĂ©rence ne va "pas offrir Ă  Emmanuel Macron une opportunitĂ© importante de revenir sur la scĂšne libyenne et de se prĂ©senter en tant qu’acteur neutre aprĂšs les Ă©checs de toutes les initiatives françaises" tentĂ©es jusqu'Ă  prĂ©sent. Le prĂ©sident français, qui a dĂ©jĂ  organisĂ© deux confĂ©rences sur la Libye en 2017 et 2018, se voit reprocher d'avoir trop favorisĂ© l'homme fort de l'Est libyen, le marĂ©chal Khalifa Haftar, Ă©galement soutenu par l'Egypte et les Emirats arabes unis, au dĂ©triment du camp pro-turc de Tripoli.

"Si le comportement de la France, de l’ONU ou des Etats-Unis contribue Ă  exacerber la polarisation qui manifestement est en train de s’accĂ©lĂ©rer en Libye, cela peut participer de cette course vers une aggravation de la crise", prĂ©vient Jalal Harchaoui, expert Ă  la Global Initiative. "L'horizon temporel est extrĂȘmement resserrĂ©, chaque journĂ©e compte", selon lui.

Malgré la crise diplomatique avec Paris sur le mémoire de la colonisation, Alger a annoncé la présence du ministre des Affaires étrangÚres Ramtane Lamarma, tandis que la Tunisie sera représentée par sa nouvelle PremiÚre ministre Najla Bouden. L'exécutif français, qui souhaite voir endossé lors de la conférence "le plan libyen de départ des forces et mercenaires étrangers", concÚde qu'en la matiÚre, la partie reste "difficile". Plusieurs milliers de mercenaires russes - du groupe privé Wagner - syriens pro-turcs, tchadiens et soudanais sont encore présents en Libye, selon l'Elysée.

Trois cents d'entre eux actifs dans des zones contrĂŽlĂ©es par le camp de Khalifa Haftar vont ĂȘtre rapatriĂ©s "Ă  la demande de la France", a-t-on appris jeudi soir dans l'entourage du marĂ©chal. Mais la Turquie, qui sera reprĂ©sentĂ©e par Sedat Önal, vice-ministre des Affaires Ă©trangĂšres, se montre peu pressĂ©e d'engager un retrait de ses forces. Le Kremlin dĂ©ment, lui, tout envoi de militaires ou mercenaires en Libye ainsi que tout lien avec le groupe Wagner.

Le dépÎt de candidatures pour l'élection du chef d'Etat --premier scrutin au suffrage universel en Libye-- s'est ouvert lundi. Les spéculations vont bon train sur les intentions de Seif al-Islam Kadhafi, fils de l'ancien "Guide", et du maréchal Khalifa Haftar. vl-jri/ao

AFP

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