Scandale

Affaire Benalla: Macron garde le silence mais la pression monte

  • PubliĂ© le 21 juillet 2018 Ă  20:03
  • ActualisĂ© le 22 juillet 2018 Ă  06:09
Alexandre Benalla à l'arrivée des Bleus à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle le 16 juillet 2018

Depuis le début de l'affaire Benalla, plus grave crise politique qu'il traverse depuis le début du quinquennat, Emmanuel Macron garde le silence, mais les appels se multiplient dans la classe politique pour qu'il s'explique.

L'ElysĂ©e n'a donnĂ© aucune indication sur une Ă©ventuelle prise de parole du prĂ©sident. Il devait passer le week-end Ă  travailler Ă  Paris ou Ă  La Lanterne, la rĂ©sidence prĂ©sidentielle situĂ©e en marge du parc de Versailles. Aux yeux d'une source proche de l'exĂ©cutif, de par les diffĂ©rentes enquĂȘtes lancĂ©es par la justice, le Parlement ou l'IGPN (la police des polices), "tous les leviers ont Ă©tĂ© actionnĂ©s" et il n'est donc "pas nĂ©cessaire" que le prĂ©sident s'exprime "dans l'immĂ©diat" au sujet de son ex-collaborateur Alexandre Benalla, en garde Ă  vue pour des violences le 1er mai.

Mais une source dans la majorité, sidérée par la brÚve communication du porte-parole de l'Elysée jeudi, pense qu'"il aurait fallu communiquer vite et clairement pour tenter au moins d'enrayer l'affaire". Ce silence au sommet de l'Etat est d'autant plus dommageable que "les télés en continu tournent en boucle avec ça". "Plus longtemps il se tait, plus cela alimente les interrogations", pressait un député d'opposition. "En gestion de crise, ils ont coché toutes les cases" pour un ratage, jugeait un autre.
Les ténors ont accru samedi la pression sur le chef de l'Etat. Pour le président de LR Laurent Wauquiez, Alexandre Benalla "rendra des comptes à la justice, mais Emmanuel Macron, lui, va devoir rendre des comptes aux Français".

Il a listé au Figaro les questions qui se posent au chef de l'Etat: "Qui était au courant? Quand? Pourquoi la justice n'a-t-elle pas été saisie? Pourquoi a-t-on été jusqu'à instrumentaliser la police pour étouffer l'affaire? De quels secrets Benalla est-il le détenteur pour avoir été ainsi protégé?".

- "Watergate" -

Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, a jugé l'affaire "du niveau du Watergate", qui avait conduit à la démission du président américain Richard Nixon, quand la présidente du Rassemblement national (ex-FN) Marine Le Pen a prévenu que "si Macron ne s'explique pas, l'affaire Benalla deviendra l'affaire Macron".
"Le président de la République devra obligatoirement parler aux Français, à la télévision", a assuré devant la presse Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France).

Face à ce qui est déjà dénoncé par certains comme un "scandale d'Etat", Gilles Le Gendre, porte-parole des députés LREM, accuse les oppositions d'"instrumentaliser cette affaire" parce qu'ils ""n'ont toujours pas digéré la défaite cuisante" dans les urnes il y a un an.

Pour l'exĂ©cutif, il s'agit dans l'immĂ©diat de prĂ©parer les auditions trĂšs attendues des prochains jours, en premier lieu celle de GĂ©rard Collomb devant la commission des Lois de l'AssemblĂ©e lundi. D'aprĂšs M. MĂ©lenchon, "le ministre de l'IntĂ©rieur est dĂ©jĂ  disqualifiĂ©" et "bien sĂ»r qu'il va dĂ©missionner et il ne sera pas le seul". "Aucun fusible ne fera oublier que tout a Ă©tĂ© pilotĂ© depuis l'ÉlysĂ©e", tonne M. Wauquiez.

Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a montré à plusieurs reprises qu'il n'aimait pas réagir sous la pression, notamment médiatique ou partisane. Mais il a aussi fait évoluer sa communication ces derniers mois, passant d'une parole rare à une expression beaucoup plus fréquente, notamment lors de ses déplacements.

Lors de sa visite jeudi en Dordogne, il a refusé de répondre aux nombreuses questions des journalistes lui demandant de réagir aux révélations du quotidien Le Monde.
"La République est inaltérable!", a-t-il seulement lùché en réponse à un journaliste qui lui demandait si la République n'était pas "entachée" par cette affaire. Certains dans la majorité espÚrent encore que la fiÚvre retombera d'ici aux vacances de l'exécutif, prévues aprÚs le Conseil des ministres du vendredi 3 août. En attendant, Emmanuel Macron doit notamment se rendre la semaine prochaine sur une étape du Tour de France, puis en Espagne et au Portugal.

- © 2018 AFP

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