Contrats entachés de favoritisme

Affaire Bygmalion : 5 mois avec sursis pour Carolis et Millot

  • PubliĂ© le 19 janvier 2017 Ă  19:22
L'ancien patron de France Télévisions, Patrick de Carolis, à son arrivée au tribunal correctionnel de Paris, le 14 novembre 2016

L'ancien patron de France Télévisions, Patrick de Carolis, et le fondateur de la société Bygmalion, Bastien Millot, ont été condamnés chacun jeudi à Paris à cinq mois d'emprisonnement avec sursis pour avoir passé des contrats entachés de favoritisme.


Les deux hommes, absents lors de la lecture du jugement par le tribunal correctionnel, ont été condamnés également à des amendes: 25.000 euros contre Patrick de Carolis, coupable de "favoritisme", et 75.000 euros contre Bastien Millot, coupable de "recel" et "principal bénéficiaire" des contrats douteux.
L'avocat de Patrick de Carolis a immédiatement annoncé qu'il ferait appel. "Le tribunal ne nous a ni écoutés, ni entendus. C'est un jugement particuliÚrement injuste", a déploré Me Michel Beaussier.


Un troisiÚme homme, Camille Pascal, ancien secrétaire général du groupe de télévision public, le seul à avoir "pris sa part de responsabilité" selon le tribunal, a été condamné plus légÚrement,: deux mois d'emprisonnement avec sursis et 15.000 euros d'amende avec sursis.
La société Bygmalion, qui est en liquidation, n'en a pas moins été condamnée aussi, à 60.000 euros d'amende.
Le tribunal a par ailleurs attribuĂ© des dommages-intĂ©rĂȘts de 35.000 euros au total Ă  trois syndicats du groupe de tĂ©lĂ©vision, qui avaient saisi la justice pour dĂ©noncer les "renvois d'ascenseurs" entre la direction de l'entreprise et Bastien Millot.
Le communicant et sa société au nom désormais "radioactif" - l'expression est de lui - sont également impliqués dans le scandale, distinct, des comptes de campagne de l'ancien président Nicolas Sarkozy.


France Télévisions et Bygmalion ont passé en 2008 et 2009 des contrats de prestation de services, sans mise en concurrence et donc illégaux, pour un montant total dépassant un million d'euros.
Les premiÚres commandes sont passées alors que Bastien Millot vient, à l'automne 2008, de se mettre en congé de son poste de directeur de la communication de France Télévisions.


- 'Pas vraisemblables' -


Alors mĂȘme que l'entreprise traverse une trĂšs mauvaise passe, aprĂšs la dĂ©cision du prĂ©sident Nicolas Sarkozy de supprimer la publicitĂ© sur les chaĂźnes publiques, Patrick de Carolis dĂ©cide de ne pas remplacer ce membre important de son Ă©tat-major.
Pour le tribunal, la raison en est simple: le patron de France Télévisions avait d'ores et déjà décidé de "remplacer Bastien Millot par Bastien Millot", de substituer au cadre salarié un sous-traitant externe.


Les juges ont également relevé que les deux hommes s'étaient rencontrés alors que Patrick de Carolis faisait encore campagne pour la présidence de France Télévisions; et qu'aprÚs avoir quitté ce poste, le journaliste-producteur avait effectué une mission rémunérée pour Bygmalion.
Le tribunal a balayé les arguments techniques de la défense, qui invoquait un revirement de jurisprudence survenu aprÚs les faits, et jugé que les explications de Patrick de Carolis n'étaient "pas vraisemblables".


Celui-ci avait expliquĂ© Ă  l'audience fin novembre qu'il ne s'Ă©tait pas occupĂ© lui-mĂȘme de ces contrats, gĂ©rĂ©s par ses collaborateurs.
Faute de déclarations précises, mais aussi de traces écrites suffisantes, le tribunal s'est attaché à recréer les processus de décision à partir des relations personnelles des prévenus.
"Quand un tribunal est obligĂ© d'imaginer, cela ne peut ĂȘtre qu'une dĂ©cision injuste", a estimĂ© jeudi Me Beaussier, ajoutant que dans cette affaire "aucun fait (n'Ă©tait) imputable directement" Ă  Patrick de Carolis.
Le jugement a au contraire Ă©tĂ© saluĂ© par les parties civiles. "C'est une mise en garde qui est donnĂ©e Ă  nos dirigeants publics, dĂ©signĂ©s pour servir l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral", s'est fĂ©licitĂ© Me Pierre-Olivier Lambert, avocat de l'un des syndicats qui ont fait Ă©clater l'affaire.

- © 2017 AFP

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