Des versions que tout oppose: avec la confrontation vendredi de Murielle Bolle et d'un cousin, dont le témoignage a été déterminant dans son incarcération fin juin, la justice se penche de nouveau sur la soirée du 5 novembre 1984, un tournant de l'affaire Grégory.
La confrontation des deux cousins a commencé en début d'aprÚs-midi, avec une question centrale: celle qui avait 15 ans à l'époque a-t-elle subi des violences familiales ce soir-là , entraßnant la rétractation de son témoignage incriminant son beau-frÚre Bernard Laroche?
C'est ce qu'affirme ce parent de 54 ans aujourd'hui, qui a récemment témoigné pour la premiÚre fois et dont le récit est contesté par Murielle Bolle. à l'époque, les premiÚres déclarations de l'adolescente n'avaient pas convaincu et elle avait fini par dire aux gendarmes qu'elle était dans la voiture de son beau-frÚre, passé prendre le petit Grégory Villemin le 16 octobre 1984, jour de sa mort, avant de le déposer, pensait-elle, chez des amis des parents de l'enfant.
Le 5 novembre, Murielle Bolle avait répété ces déclarations devant le juge d'instruction, qui décidait en conséquence d'inculper et écrouer Bernard Laroche. Mais le lendemain, aprÚs une nuit en famille, elle était revenue avec sa mÚre pour se rétracter, disant avoir parlé sous la contrainte des gendarmes.
Le cousin de Murielle Bolle affirme qu'il était présent le soir du 5 novembre avec les proches de la jeune fille. Il décrit aux gendarmes "une scÚne insoutenable", un "lynchage" de l'adolescente qui reçoit alors "énormément de gifles par les membres de sa famille", selon des extraits de procÚs-verbaux d'audition publiés par Le Monde.
- Des confidences -
Si les enquĂȘteurs considĂ©raient dĂ©jĂ comme "Ă©tabli" que Murielle Bolle avait Ă©tĂ© "malmenĂ©e" par sa famille, le cousin ajoute avoir reçu ce soir-lĂ ses confidences: elle lui aurait avouĂ© avoir bel et bien assistĂ© Ă l'enlĂšvement.
Murielle Bolle, qui a aujourd'hui 48 ans, a été mise en examen fin juin pour enlÚvement suivi de mort et placée en détention provisoire. Mais elle a maintenu jusqu'ici sa version des faits: elle n'était pas dans la voiture de Bernard Laroche et n'a subi aucune violence de la part de sa famille.
Le tĂ©moin, dĂ©crit comme de santĂ© fragile, dit avoir dĂ©cidĂ© de parler aprĂšs l'arrestation Ă la mi-juin de Marcel et Jacqueline Jacob, grand-oncle et grand-tante de GrĂ©gory. SoupçonnĂ©s d'ĂȘtre les fameux "corbeaux" de l'affaire, ils sont mis en examen pour enlĂšvement et sĂ©questration suivis de mort.
Vendredi, dans le bureau de la prĂ©sidente de la chambre de l'instruction de Dijon, Claire Barbier, ce nouveau tĂ©moin va devoir rĂ©pondre aux avocats de Murielle Bolle, qui disent avoir des "arguments solides pour faire vaciller" sa dĂ©position. L'une des questions sera notamment la prĂ©sence sur les lieux d'un avocat, Me Paul Prompt, aujourd'hui dĂ©cĂ©dĂ©. Le cousin jure l'avoir vu ce soir-lĂ . Les avocats de Murielle Bolle affirment pouvoir dĂ©montrer qu'il ne pouvait pas ĂȘtre prĂ©sent.
- 'Talon d'Achille' -
Me Jean-Christophe Tymoczko, l'avocat du cousin, reconnaßt que ce point "sera ùprement discuté" et que c'est "le talon d'Achille" de la déposition de son client, qui compte cependant rappeler à Murielle Bolle "certains points indiscutables".
"Il attend impatiemment de pouvoir s'exprimer" et espÚre "bouger la sensibilité de Murielle, pour qu'elle admette qu'il n'est pas un menteur", a dit Me Tymoczko à l'AFP. L'avocat devra cependant attendre son client à l'extérieur, car ce dernier est entendu comme simple témoin.
Me StĂ©phane Giuranna, l'avocat de Marcel Jacob, et Me Thierry Moser, l'avocat des Ă©poux Villemin, avaient par ailleurs demandĂ© Ă ĂȘtre prĂ©sents, une requĂȘte rejetĂ©e par la prĂ©sidente de la chambre de l'instruction, a-t-on appris de source judiciaire.
Dans son arrĂȘt de 1993 innocentant Christine Villemin, la mĂšre de GrĂ©gory, la cour d'appel de Dijon avait Ă©cartĂ© toute "intention criminelle" de Murielle Bolle quand bien mĂȘme elle aurait "facilitĂ©" l'enlĂšvement de l'enfant de 4 ans en accompagnant son beau-frĂšre, estimant "impossible" de l'inculper en l'Ă©tat".
En discréditant le témoignage de son cousin, les avocats de Murielle Bolle veulent faire un pas vers sa mise hors de cause, avant de plaider sa remise en liberté sous contrÎle judiciaire, le 4 août, devant la chambre de l'instruction de Dijon.
AFP
