Une audience jeudi Ă Toulouse sur l'affaire Delphine Jubillar, disparue dans le Tarn en 2020, pourrait reporter de plusieurs mois le procĂšs du mari, seul suspect, avec l'examen d'une demande de supplĂ©ment d'information, en mĂȘme temps que l'appel contre son renvoi aux assises.
Le procureur gĂ©nĂ©ral, Franck Rastoul, a dĂ©clarĂ© la semaine derniĂšre avoir demandĂ© un supplĂ©ment d'information et, si la chambre de l'instruction de la cour d'appel fait droit Ă cette requĂȘte, la perspective d'un procĂšs attendu fin 2024 ou dĂ©but 2025, selon une source judiciaire, s'Ă©loignera.
La chambre va devoir également se prononcer sur l'appel des avocats de Cédric Jubillar, mis en examen pour meurtre et incarcéré depuis juin 2021, contre l'ordonnance de mise en accusation (OMA) le renvoyant devant la cour d'assises à Albi.
Selon eux, elle porte atteinte à sa présomption d'innocence.
La demande de supplĂ©ment d'information est liĂ©e Ă un Ă©change tĂ©lĂ©phonique sur l'affaire, enregistrĂ© entre un dĂ©tenu de la prison centrale de Lannemezan (Hautes-PyrĂ©nĂ©es) et sa mĂšre, dĂ©couvert rĂ©cemment, qui a suscitĂ© des interrogations, selon le quotidien La DĂ©pĂȘche du Midi.
Sans confirmer cet Ă©lĂ©ment, M. Rastoul a prĂ©cisĂ© Ă l'AFP qu'un "supplĂ©ment d'information s'impose procĂ©duralement dĂšs l'instant oĂč les juges d'instruction sont dĂ©saisis du dossier du fait de l'ordonnance de mise en accusation".
"Les vĂ©rifications qui doivent ĂȘtre faites ne peuvent aujourd'hui plus ĂȘtre faites que dans le cadre de ce supplĂ©ment d'information", a-t-il ajoutĂ©.
"Ăa n'est donc aucunement l'expression d'une carence dans l'instruction, c'est une obligation procĂ©durale Ă ce stade", a-t-il soulignĂ©, ajoutant que "cela s'inscrit dans la logique qui depuis le dĂ©but, prĂ©vaut dans ce dossier et qui consiste Ă vĂ©rifier toutes les pistes".
Selon la DĂ©pĂȘche du Midi, dans la conversation placĂ©e sous surveillance, le dĂ©tenu incarcĂ©rĂ© pour tentative de meurtre Ă Lannemezan aurait Ă©voquĂ© avec sa mĂšre les prĂ©noms de trois personnes, dont au moins deux apparaissent dans le dossier Jubillar.
- Ni corps, ni scĂšne du crime -
"Nous sommes surpris, et en mĂȘme temps pas tant que ça", a dĂ©clarĂ© Ă l'AFP Jean-Baptiste Alary, l'un des trois avocats de CĂ©dric Jubillar, qui dĂ©noncent la "vacuitĂ©" du dossier.
"Ăa fait deux ans et demi, depuis qu'il a Ă©tĂ© mis en examen, qu'on ne cesse de dire que ce dossier n'est pas suffisamment Ă©toffĂ©, que tout n'a pas Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ© pour obtenir la manifestation de la vĂ©ritĂ©", a ajoutĂ© Me Alary, en charge de la dĂ©fense avec Mes Emmanuelle Franck et Alexandre Martin.
Lors d'une conférence de presse en novembre, les trois avocats avaient jugé "scandaleux" un passage de l'OMA dans lequel les deux juges d'instruction écrivent que "l'ensemble des éléments recueillis lors de l'information judiciaire démontre que Cédric Jubillar est l'auteur du meurtre de son épouse."
Dans cette affaire sans corps, ni aveux, ni tĂ©moin, ni scĂšne de crime, le peintre-plaquiste, aujourd'hui ĂągĂ© de 36 ans, nie toute responsabilitĂ© et clame son innocence. Il est incarcĂ©rĂ© Ă la maison d'arrĂȘt de Seysses, prĂšs de Toulouse.
Estimant que les enquĂȘteurs ne disposent pas de preuves de sa culpabilitĂ©, sa dĂ©fense a dĂ©posĂ© plusieurs demandes de mise en libertĂ©, toutes rejetĂ©es par la chambre de l'instruction de la cour d'appel.
Delphine Jubillar, infirmiÚre de 33 ans dans une clinique d'Albi, a disparu de la maison familiale de Cagnac-les-Mines (Tarn) dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, en plein couvre-feu lié à la pandémie de Covid-19.
A l'époque, le couple, qui a deux enfants ùgés de 18 mois et six ans au moment des faits, était en instance de divorce. Avant la disparition, Cédric Jubillar avait tenu des propos qui avaient heurté des membres de sa famille: "Je vais la tuer, je vais l'enterrer et personne ne la retrouvera... Si Delphine me quitte un jour...", selon l'acte d'accusation.
En 2020, cette affaire avait suscité un important émoi en France, peu aprÚs la condamnation de Jonathann Daval pour le meurtre de son épouse en Haute-SaÎne, qu'il avait longtemps nié.
AFP


