Livre de Vanessa Springora

Affaire Matzneff: le parquet de Paris ouvre une enquĂȘte pour viols sur mineur

  • PubliĂ© le 3 janvier 2020 Ă  16:57
  • ActualisĂ© le 3 janvier 2020 Ă  17:38
Gabriel Maztneff Ă  Paris le 12 juillet 1990

L'affaire Gabriel Matzneff a pris vendredi une tournure judiciaire avec l'ouverture d'une enquĂȘte prĂ©liminaire pour "viols" contre l'Ă©crivain de 83 ans, mis en cause pour ses relations avec des mineurs dans un livre de l'Ă©ditrice Vanessa Springora.

Cette enquĂȘte, ouverte pour "viols commis sur mineur" de moins de 15 ans, a Ă©tĂ© confiĂ©e Ă  l'Office central de rĂ©pression des violences faites aux personnes (OCRVP), a annoncĂ© le procureur de la RĂ©publique de Paris RĂ©my Heitz dans un communiquĂ©. "Au-delĂ  des faits dĂ©crits par Vanessa Springora", elle s'attachera "Ă  identifier toutes autres victimes Ă©ventuelles ayant pu subir des infractions de mĂȘme nature sur le territoire national ou Ă  l'Ă©tranger", a prĂ©cisĂ© M. Heitz.

L'ouverture de cette enquĂȘte survient 24 heures aprĂšs la sortie du livre accusateur de Vanessa Springora, directrice des Editions Julliard.

Dans ce roman autobiographique, l'Ă©ditrice de 47 ans raconte comment elle a Ă©tĂ© sĂ©duite par Gabriel Matzneff alors qu'elle n'avait mĂȘme pas 14 ans, ainsi que le poids de cette histoire sur sa vie, ponctuĂ©e de dĂ©pressions.

"A quatorze ans, on n'est pas censĂ©e ĂȘtre attendue par un homme de 50 ans Ă  la sortie de son collĂšge, on n'est pas supposĂ© vivre Ă  l'hĂŽtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche Ă  l'heure du goĂ»ter", raconte Vanessa Springora dans cet ouvrage. "Pourquoi une adolescente de quatorze ans ne pourrait-elle aimer un monsieur de trente six ans son aĂźnĂ© ? (...) Ce n'est pas mon attirance Ă  moi qu'il fallait interroger, mais la sienne", ajoute l'Ă©crivaine, qui assure avoir Ă©tĂ© sous son emprise lors de sa relation.

Vanessa Springora a indiquĂ© dans un entretien au Parisien qu'elle n'envisageait pas de porter plainte. Mais le parquet de Paris a dĂ©cidĂ© de s'autosaisir de l'affaire dans le cadre d'une "enquĂȘte d'initiative".

- "Prix maladroit" -

Vanessa Springora est la premiĂšre Ă  tĂ©moigner parmi les adolescentes sĂ©duites par Gabriel Matzneff, auteur longtemps fĂȘtĂ© par le milieu littĂ©raire français et rĂ©compensĂ© par le prix Renaudot essai en 2013. L'enquĂȘte ouverte par le parquet de Paris pourrait cependant convaincre d'autres personnes Ă  s'exprimer, alors que les accusations portĂ©es dans son roman par Vanessa Springora se heurtent Ă  un problĂšme de prescription.

La loi d'août 2018 contre les violences sexuelles a allongé de vingt à trente ans le délai de prescription pour les crimes sexuels commis sur les mineurs, à compter de leur majorité, afin de faciliter la répression de ces actes. Mais cette loi n'a pas instauré d'ùge minimal de consentement à un acte sexuel et, surtout, elle n'est pas rétroactive. Or, les faits relatés par Vanessa Springora remontent à la seconde moitié des années 1980.

Le goût autoproclamé de l'écrivain de 83 ans pour les "moins de 16 ans" et pour le tourisme sexuel avec de jeunes garçons en Asie, qu'il a raconté dans de nombreux ouvrages, avait jusqu'ici trÚs peu fait ciller. Mais la sortie du livre "Le Consentement" est en train de changer la donne, dans un contexte de dénonciation des violences sexuelles marquées par les récentes accusations de l'actrice AdÚle Haenel à l'encontre du cinéaste Christophe Ruggia.

Gabriel Matzneff a estimĂ© jeudi dans une lettre ne pas mĂ©riter "l'affreux portrait" publiĂ© par Vanessa Springora. Mais il a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© convoquĂ© par le passĂ© la Brigade des mineurs Ă  la suite de lettres anonymes, sans toutefois ĂȘtre inquiĂ©tĂ©. Une information judiciaire avait mĂȘme Ă©tĂ© ouverte en 2014 aprĂšs une plainte contre X pour "provocation Ă  la commission d'une infraction" dĂ©posĂ©e par l'association Innocence en Danger, aprĂšs l'attribution Ă  l'Ă©crivain du prix Renaudot.

Mais le juge d'instruction chargĂ© de cette enquĂȘte avait finalement rendu un non-lieu dans cette affaire, conformĂ©ment aux rĂ©quisitions du parquet, considĂ©rant que l'infraction qui visait notamment les membres du jury Renaudot n'Ă©tait pas caractĂ©risĂ©e.

"Ce prix était maladroit", a reconnu l'écrivain Frédéric Beigbeder, membre du Renaudot, dans un entretien publié vendredi par le journal Le Parisien. Mais "ce n'était en aucun cas la consécration d'un monstre pédophile", a-t-il assuré.

AFP

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