Aide aux plus pauvres : les coupes budgĂ©taires occidentales pourraient provoquer la mort de 22,6 millions de personnes

  • PubliĂ© le 17 novembre 2025 Ă  22:05
  • ActualisĂ© le 18 novembre 2025 Ă  05:50
Un badge "USAID sauve des vies", porté par un ancien employé fédéral, à Washington, le 24 juin 2025

Plus de 22 millions de personnes, dont beaucoup d'enfants, pourraient mourir de causes évitables d'ici 2030 en raison des coupes budgétaires dans l'aide étrangÚre des Etats-Unis et de pays européens, selon une étude internationale obtenue lundi en exclusivité par l'AFP.

Ces conclusions sont une mise à jour d'une étude réalisée plus tÎt cette année, qui se concentrait uniquement sur les conséquences des coupes dans l'aide étrangÚre réalisées par Donald Trump, notamment le démantÚlement de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), et qui projetait 14 millions de décÚs supplémentaires.

La nouvelle étude tient compte des réductions de l'ensemble de l'aide publique au développement, alors que le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne par exemple ont réduit leur aide aux pays en développement.

"C'est la premiĂšre fois en 30 ans que la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis rĂ©duisent tous leur aide en mĂȘme temps", confie Ă  l'AFP l'un des auteurs de l'Ă©tude, Gonzalo Fanjul, de l'Institut pour la santĂ© mondiale de Barcelone (ISGlobal).

"Les pays européens ne sont pas comparables aux Etats-Unis, mais lorsqu'on les considÚre dans leur ensemble, le coup porté au systÚme d'aide mondial est extraordinaire. C'est absolument sans précédent", dit-il.

Les résultats de cette étude menée par des chercheurs espagnols, brésiliens et mozambicains ont été soumis lundi à la revue The Lancet Global Health et sont en attente d'une évaluation.

Elle s'appuie sur des données montrant comment l'aide a permis de réduire le nombre de décÚs dans le passé, en particulier grùce à la prévention face au VIH, au paludisme et la tuberculose.

Dans le pire des scénarios impliquant des coupes budgétaires massives, la nouvelle étude prédit 22.6 millions de décÚs supplémentaires d'ici 2030, dont 5.4 millions d'enfants de moins de cinq ans, par rapport à une situation inchangée.

A l'autre extrĂȘme, une rĂ©duction plus modĂ©rĂ©e de l'aide Ă©trangĂšre entraĂźnerait 9.4 millions de dĂ©cĂšs supplĂ©mentaires, selon cette Ă©tude.

- "Signal d'alarme" -

Peu aprÚs son entrée en fonction, le président américain, sous l'impulsion du milliardaire Elon Musk, a réduit de plus de 80% l'aide étrangÚre des Etats-Unis.

Il a aussi démantelé l'USAID, qui était la plus grande agence d'aide au monde ayant distribué quelque 35 milliards de dollars au cours de l'exercice 2024.
Le secrĂ©taire d'Etat Marco Rubio a dĂ©clarĂ© que cette aide ne servait pas les intĂ©rĂȘts fondamentaux des Etats-Unis, soulignant notamment que des pays bĂ©nĂ©ficiaires avaient votĂ© contre les Etats-Unis aux Nations unies.

TĂ©moignant devant le CongrĂšs, M. Rubio a niĂ© que les coupes dans l'aide amĂ©ricaine aient causĂ© des dĂ©cĂšs et a accusĂ© les dĂ©tracteurs d'ĂȘtre tributaires du "complexe industriel des ONG".

Au lieu de chercher à combler ce déficit, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne ont également réduit leur aide en raison de leurs propres contraintes budgétaires et de l'augmentation des dépenses de défense aprÚs l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Parmi les principaux pays donateurs, l'aide du Japon est restée relativement stable au cours des deux derniÚres années.

Au-delà de la cessation immédiate de certains programmes d'aide, l'étude relÚve que ces réductions affectent aussi des politiques publiques "laborieusement mises en place au cours de décennies de coopération internationale".

M. Fanjul reconnaßt la nécessité pour les pays de s'affranchir à terme de l'aide internationale, en particulier concernant leur dépendance vis-à-vis du financement de la lutte contre le VIH.

Mais, dit-il, "le problÚme réside dans la rapidité et la brutalité du processus".

Davide Rasella, principal auteur de cette étude, souligne lui que l'administration Trump a promis 20 milliards de dollars pour soutenir l'Argentine.

Or, dans le contexte mondial, l'aide au développement "ne représente rien d'énorme", affirme-t-il, en ajoutant que les décideurs politiques "modifient les budgets sans vraiment se rendre compte du nombre de vies qui sont en jeu".

L'étude a été financée par la Fondation Rockefeller et le ministÚre espagnol de la Recherche. "Ces données constituent un signal d'alarme urgent pour le monde entier", a affirmé un porte-parole de l'organisation philanthropique basée à New York.

AFP

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1 Commentaires
Philippe Bonato
Philippe Bonato
6 mois

Tout cela est vraiment désolant. Tous ces pays riches qui ne veulent pas partager un peu de leur richesse !