Un cimetiÚre juif profané

AprĂšs la profanation de Westhoffen, un "office national" pour lutter "contre la haine"

  • PubliĂ© le 4 dĂ©cembre 2019 Ă  18:09
  • ActualisĂ© le 4 dĂ©cembre 2019 Ă  18:35
Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner (C) visite le cimetiÚre juif de Westhoffen (Bas-Rhin), le 4 décembre 2019

"C'est toute la République qui est profanée" : aprÚs avoir longuement parcouru les allées du cimetiÚre juif profané de Westhoffen (Bas-Rhin), le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a annoncé mercredi la création d'un "office national de lutte contre la haine" au sein de la gendarmerie.

"J'ai décidé (mercredi) matin, en lien avec le directeur général de la gendarmerie nationale, de créer auprÚs de lui (...) un office national de lutte contre la haine", a déclaré le ministre.

Aux cÎtés de Christophe Castaner : Jean-Louis Debré, l'ancien président du Conseil constitutionnel, dont les aïeux reposent dans ce cimetiÚre, leurs tombes faisant partie des 107 découvertes mardi maculées de croix gammées.

Le nouvel office, selon Christophe Castaner, "sera chargĂ© de coordonner pour la gendarmerie nationale Ă  la fois cette enquĂȘte (sur Westhoffen) pour que tous les moyens soient mobilisĂ©s, mais aussi l'ensemble des enquĂȘtes sur les actes antisĂ©mites, antimusulmans, antichrĂ©tiens que nous connaissons sur notre territoire en zone gendarmerie".

- Familles Debré, Marx, Blum -

Il "sera chargé aussi d'accompagner l'ensemble des acteurs de tous les territoires et de faire le lien avec la police, la justice, pour que les auteurs de ces actes ignobles soient condamnés", a poursuivi le ministre.

L'Office prendra la forme d'une "cellule", Ă  l'image de celle qui enquĂȘte depuis quelques mois en Alsace sur les multiples actes similaires Ă  ceux commis Ă  Westhoffen, a prĂ©cisĂ© l'entourage du ministre.

ConcrĂštement, il s'agira "d'Ă©tendre le dispositif au niveau national" en zone gendarmerie, selon cette mĂȘme source qui prĂ©cise que la crĂ©ation de l'office proprement dit ne pourra ĂȘtre actĂ©e que dans le cadre d'un livre blanc en prĂ©paration.

"La haine a frappé, il y a la haine qui est là, sur notre territoire national", a encore observé Christophe Castaner, ajoutant : "nous ferons en sorte que les auteurs qui commettent cela ici soient condamnés".

"Vous n'effacerez pas notre mémoire ni notre identité, ni avec de la peinture ni avec quoi que ce soit, nous sommes là et nous resterons ici pendant trÚs longtemps", a lancé de son cÎté le Grand Rabbin de Strasbourg, Harold Abraham Weill.

Outre les sépultures de la famille Debré, le cimetiÚre de Westhoffen abrite celles des familles de Karl Marx ou de l'ancien président du Conseil socialiste Léon Blum.

"Je n'oublie pas qu'une dizaine de membre de ma famille ne sont jamais revenus d'Auschwitz", a confié, trÚs ému, Jean-Louis Debré qui a porté la kippa tout au long de cette cérémonie de recueillement.

Eprouvant une "trÚs grande tristesse" et "une trÚs grande colÚre" mais aussi de la "détermination", l'ancien ministre a lancé un appel : "Luttons contre la haine, toutes les haines, la France et l?Alsace ce n'est pas ça".

L'Alsace est confrontée depuis plusieurs mois à une multiplication de graffitis et dégradations à caractÚre antisémite et/ou raciste : dans le seul département du Bas-Rhin, 34 ont ainsi été recensés en 2019, selon la préfecture.

- "Monde de fou" -

Avant Westhoffen, 96 tombes du cimetiÚre juif de Quatzenheim, situé à une dizaine de kilomÚtres, avaient été couvertes de tags antisémites le 19 février. Auparavant, le 11 décembre 2018, le cimetiÚre israélite de Herrlisheim, au nord-est de Strasbourg, avait également été visé.

Le ou les auteurs de ces profanations n'ont pas encore été interpellés, au grand dam du président du Consistoire israélite du Bas-Rhin, Maurice Dahan. "Ce n'est pas possible que personne ne voie jamais rien. Nous ne pouvons plus continuer d'accepter que les gens se taisent, que ceux qui voient quelque chose ne parlent pas", a-t-il estimé mercredi, "l'omerta n?a pas sa place en Alsace".

Le cimetiĂšre de Westhoffen "est au milieu de maisons, comment peut-on croire que personne n'a rien vu?", s'est-il encore interrogĂ© sur France Bleu Alsace, se disant convaincu du travail "de fourmi" des enquĂȘteurs.

"Les gens qui ont fait ça, c'est de la +racaille+, c'est des racistes", lùche EugÚne Hoffmann, retraité de 66 ans. "Je comprends pas qu'on fasse quelque chose comme ça (...) On est vraiment dans un monde de fou..."

AFP

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