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AprĂšs un nouvel attentat majeur, la concorde disparue de la classe politique

  • PubliĂ© le 15 juillet 2016 Ă  17:16
Alain Juppé, le 29 juin 2016 à Lyon

"L'esprit du 11 janvier" a fait long feu : dÚs vendredi matin, l'opposition n'a pas hésité à critiquer le gouvernement, quelques heures à peine aprÚs l'attentat de Nice qui a fait au moins 84 morts.


Loin de l'unité nationale manifestée aprÚs les attaques contre Charlie Hebdo et l'Hyper Casher, les critiques et reproches n'ont pas tardé.
"Si tous les moyens avaient été pris, le drame n'aurait pas eu lieu", a ainsi affirmé l'ancien Premier ministre Alain Juppé. "Bien sûr qu'il faut faire plus, qu'il faut faire mieux. D'abord en ce qui concerne nos services de renseignement", a jugé le candidat à la primaire de droite pour la présidentielle.
Jetant aux oubliettes les mesures prises depuis 18 mois (renforcement des effectifs policiers et du renseignement, pouvoirs renforcĂ©s d'enquĂȘte pour la police, ouverture prochaine de centre de dĂ©radicalisation jihadiste...), plusieurs responsables des RĂ©publicains ont aussi fustigĂ© l'"impuissance" de l'exĂ©cutif et appelĂ© Ă  "passer Ă  l'action".
"On a un exĂ©cutif qui s'arc-boute sur des certitudes qui n'en sont pas, qui ne veut pas regarder une autre rĂ©alitĂ© en face", a critiquĂ© le dĂ©putĂ© Les RĂ©publicains Georges Fenech, prĂ©sident de la commission d'enquĂȘte parlementaire sur les attentats de 2015.
"La guerre contre le fléau du fondamentalisme islamiste n'a pas commencé, il est urgent maintenant de la déclarer", a lancé Marine Le Pen à un exécutif qui n'a pourtant cessé de se dire "en guerre".
François Hollande, qui venait d'annoncer la levée à la fin du mois de l'état d'urgence lors de son interview du 14 juillet, a dû finalement décider d'une nouvelle prolongation de trois mois.
- "Esprit du 14 juillet" ? -
Si la dĂ©cision est soutenue par l'ex-prĂ©sident Sarkozy, plusieurs dĂ©putĂ©s de droite ont annoncĂ© qu'ils ne la voteraient pas. Europe Ecologie-Les Verts devrait faire de mĂȘme, a dit son secrĂ©taire national David Cormand, inquiet pour les "libertĂ©s publiques".
"Quand on est en guerre on protĂšge le territoire national. Hier (mercredi) on voulait arrĂȘter l'Ă©tat d'urgence, on se demande pourquoi et quels sont les Ă©lĂ©ments qui auraient pu expliquer l'arrĂȘt de l'Ă©tat d'urgence", a questionnĂ© l'ancien Premier ministre François Fillon.
Face à cette discorde, le Premier ministre Manuel Valls a tenté de cimenter à nouveau un "esprit du 14 juillet", en appelant à "faire bloc" en sortant du conseil de Défense convoqué en urgence à l'Elysée vendredi matin.
"On a voulu atteindre l'unité de la Nation française. Alors la seule réponse digne, responsable de la France, sera celle qui restera fidÚle à l'esprit du 14 juillet, c'est à dire celui d'une France unie et rassemblée autour de ses valeurs. Et nous ferons bloc, c'est la seule exigence qui vaille aujourd'hui", a-t-il plaidé.
Quant au patron du PS, Jean-Christophe Cambadélis, il a appelé à "rester unis", jugeant "indigne de polémiquer en espérant un gain sur le dos des morts et la colÚre des Français".
"Les dĂ©clarations de quelques responsables politiques Ă  droite sont scandaleuses. On a des vautours et non des hommes d État", a renchĂ©ri le dĂ©putĂ© socialiste SĂ©bastien Pietrasanta, rapporteur de la commission d'enquĂȘte sur les attentats de 2015.
Agir, oui, mais comment ? Beaucoup, comme François Bayrou, reprennent l'idĂ©e portĂ©e par la commission d'enquĂȘte sur les attentats de crĂ©er une structure unique rassemblant ou coordonnant davantage les services de renseignement.
La droite devrait aussi remettre en avant l'idée de centres de rétentions pour les "fichés S", mais cette proposition présente de forts risques d'illégalité.
La boßte à idées apparaßt toutefois encore bien vide, en dehors de propositions radicales comme celle du député Henri Guaino qui suggérait d'équiper les forces de sécurité en lance-roquettes. Ou celle de l'ancien ministre Frédéric Lefebvre poussant au recours à l'état de siÚge, c'est à dire le transfert des pouvoirs civils à l'armée.

Par Juliette MICHEL - © 2016 AFP
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