Législatives partielles

Argentine : le gouvernement Fernandez perd le Parlement, tend la main Ă  l'opposition

  • PubliĂ© le 15 novembre 2021 Ă  08:05
  • ActualisĂ© le 15 novembre 2021 Ă  09:07
Argentine : le gouvernement Fernandez perd le Parlement, tend la main Ă  l'opposition

La coalition de centre-gauche du président argentin Alberto Fernandez a perdu le contrÎle des deux chambres du Parlement, dimanche lors de législatives partielles, contraignant le chef de l'Etat à deux derniÚres années de gouvernance précaire, contrainte au dialogue et consensus avec l'opposition.

La coalition "Frente de Todos" ("Front de tous") de M. Fernandez n'avait déjà pas la majorité à la Chambre des députés. Au Sénat, selon des projections, elle tomberait de 41 sénateurs (sur un total de 72) à 35. "Si les chiffres se confirment, la majorité est perdue au Sénat", a indiqué une source gouvernementale à l'AFP, avec 98% des votes décomptés. C'est la premiÚre fois, depuis le retour de la démocratie en 1983, que le courant péroniste perd le Sénat. Le chef de l'Etat, élu en 2019, a encore deux ans de mandat.

- IntĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral -

Il a annoncĂ© dimanche soir, dans un discours en forme d'admission de dĂ©faite, une "nouvelle Ă©tape" et appelĂ© Ă  "une relation fructueuse" du gouvernement avec le Parlement, "dans l'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral du pays".

Il a assuré qu'il allait se rapprocher des autres forces politiques en vue d'un "accord sur un programme aussi partagé que possible" avec "une opposition responsable, ouverte au dialogue, et patriotique".

Dans l'attente de chiffres dĂ©finitifs, la coalition pĂ©roniste, quoique minoritaire, devrait rester le premier groupe dans les deux chambres. Mais en perdant du terrain sur la coalition de centre-droit "Juntos por el Cambio" (Ensemble pour le changement) de l'ancien prĂ©sident (2015-2019) Mauricio Macri. Mais M. Fernandez a affirmĂ© dimanche qu'il gardait "la fermetĂ© nĂ©cessaire pour dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts" du pays en vue d'un "accord viable" avec le FMI, auquel l'Argentine doit rembourser dĂšs 2022 plus de 19 milliards de dollars, sur les 44 d'un prĂȘt octroyĂ© sous la prĂ©sidence Macri. "Nous devons dissiper les incertitudes liĂ©es Ă  des dettes insoutenables comme celle-ci", a-t-il dĂ©clarĂ©. "NĂ©gocier n'est pas obĂ©ir".

L'Argentine retrouve en 2021 le chemin de la croissance (9% prévus), aprÚs trois ans de récession, et un lourd impact socio-économique du Covid. Mais elle reste confrontée à une inflation galopante (41,8% en 2021), avec plus de 40% de sa population frappée par la pauvreté.

Aux abords des bureaux de vote, pouvoir d'achat et Ă©conomie Ă©taient bien dans les tĂȘtes de beaucoup, qu'ils soient "pĂ©ronistes" ou "macristes". "J'ai peur pour l'Ă©conomie... Quels que soient ceux qui l'emportent, il faudra beaucoup de temps pour que le pays se remette", confie Ă  l'AFP Oscar Navarro, un pĂątissier de 50 ans. Le gouvernement devrait voir sa marge de manoeuvre trĂšs rĂ©duite jusqu'Ă  la prĂ©sidentielle de 2023, contraint Ă  n'engager que des politiques consensuelles, voire recourir Ă  des dĂ©crets.

- Négocier "loi par loi" -

L'exĂ©cutif "devra nĂ©gocier loi par loi", analyse le politologue Raul Aragon, de l'universitĂ© de la Matanza. Il prĂ©dit nĂ©anmoins que l'opposition jouera le jeu: "Cela ne lui sert Ă  rien de ne pas dialoguer, d'apparaĂźtre comme anti-dĂ©mocratique" avant la prĂ©sidentielle de 2023. "Les deux annĂ©es qui viennent vont ĂȘtre difficiles", a lancĂ© M. Macri, assurant que sa coalition d'opposition se comporterait "avec une grande responsabilitĂ©", de façon Ă  ce "que la transition soit la plus ordonnĂ©e possible".

Pour autant, le rĂ©sultat de scrutin ne devrait ni affoler les marchĂ©s ni voir pĂ©ricliter un peu plus le peso (105 pour un dollar au taux officiel, 200 au marchĂ© noir), estime Raul Aragon. "Pour les marchĂ©s, la situation est la mĂȘme qu'hier. Si le parti au pouvoir avait gagnĂ© par 10 points, peut-ĂȘtre se diraient-ils +le Venezuela arrive+, ou si l'opposition l'avait emportĂ© par 10 points, que c'est ingouvernable. Mais ce scĂ©nario ne modifie presque rien".

Il a toutefois confirmé l'émergence sur la scÚne politique argentine de profils inédits, tel l'économiste libéral-libertaire de 51 ans Javier Milei (à l'affinité assumée avec l'ex-président américain Donald Trump ou le président brésilien Jair Bolsonaro), qui a fait son entrée au Parlement comme député.

AFP

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