"Des gens disaient que ce n'était pas un travail de fille"

Au Népal, une Sherpa conquiert de nouveaux sommets

  • PubliĂ© le 21 janvier 2018 Ă  11:17
  • ActualisĂ© le 21 janvier 2018 Ă  11:41
La jeune Sherpa Dawa Yangzum, guide de haute montagne, lors d'une interview avec l'AFP à Katmandou, le 4 janvier 2018 au Népal

Lorsque Dawa Yangzum a décidé de devenir guide de haute montagne, elle s'est entendu rétorquer que ce n'était pas un métier pour une femme.

Elle a pourtant détrompé les mauvaises langues et tracé sa voie, en pionniÚre.
La jeune Sherpa de 27 ans est devenue en décembre la premiÚre Népalaise à avoir obtenu la difficile certification de l'Union internationale des associations des guides de montagne, souvent décrite comme l'équivalent d'un "doctorat de l'alpinisme".
Environ 6.000 personnes dĂ©tiennent ce diplĂŽme Ă  travers le monde, dont jusqu'Ă  dĂ©cembre seulement 50 hommes au NĂ©pal, pays Ă©vocateur d'altitude extrĂȘme et terre de huit des dix sommets les plus Ă©levĂ©s de la Terre.
Car dans cette nation montagneuse, la grimpe reste un boulot d'hommes.
"C'est un secteur difficile, d'autant plus si vous ĂȘtes une fille. Des gens disaient que ce n'Ă©tait pas un travail de fille, que je ne trouverais jamais d'emploi et (demandaient) ce que je ferais si j'avais des enfants", raconte Dawa Ă  l'AFP, qui a rencontrĂ© la jeune femme emmitouflĂ©e dans une doudoune et une Ă©charpe orange Ă  Katmandou, la capitale du NĂ©pal.
Elle est issue de l'ethnie himalayenne Sherpa dont le nom est devenu synonyme de guides de haute montagne, en raison de leur réputation de solides alpinistes et de leur résistance à la raréfaction d'oxygÚne.
Dans le village d'origine de Dawa, situé dans la région de l'Everest, on a la montagne dans le sang. Nombre de ses habitants ont dompté le toit du monde, qui culmine à 8.848 mÚtres.
"Je savais ce que je voulais faire. Ma passion Ă©tait d'ĂȘtre dehors, de grimper. Et ma famille ne m'a pas dĂ©couragĂ©e", se remĂ©more-t-elle.
À 17 ans, elle guide dĂ©jĂ  des touristes sur des sentiers de randonnĂ©e. Peu aprĂšs, elle conquiert son premier sommet, le pic Yala, Ă  5.500 m au-dessus du niveau de la mer.
L'alpiniste amĂ©ricain David Gottlieb, qui travaille avec l'opĂ©rateur Alpine Ascents International, a partagĂ© avec la NĂ©palaise une cordĂ©e dans l'ascension d'une cascade de glace. À cette Ă©poque, dĂ©jĂ , elle possĂ©dait un indĂ©niable potentiel.
"C'est vraiment quelque chose de voir tant d'habiletĂ© en germe dans cet art oĂč tout le monde n'excelle pas. Et elle en a fait montre immĂ©diatement", dĂ©clare-t-il.

- Inspiration -

AprÚs avoir eu raison de montagnes plus modestes, Dawa Yangzum Sherpa a été sélectionnée en 2012 pour participer à une expédition organisée par National Geographic à l'assaut du plus haut sommet du monde.
"L'Everest était mon but final. Je m'étais dit qu'une fois que j'aurais monté l'Everest, ça suffirait comme ça. Mais l'alpinisme est comme une addiction. Plus je grimpais, plus j'avais envie de grimper."
C'est à son retour, à la descente du sommet, qu'elle s'enrÎle pour devenir guide certifiée.
En 2014, Dawa participe à la premiÚre cordée de femmes népalaises à monter le K2 au Pakistan, considéré comme l'une des ascensions les plus difficiles du globe.
Elle s'est également essayée l'année derniÚre au Kangchenjunga, troisiÚme pic le plus haut du monde, situé à la frontiÚre indo-népalaise. Mais le mauvais temps l'a forcée à rebrousser chemin avant la cime.
"Elle était en route pour devenir l'une des meilleures femmes alpinistes, pas seulement du Népal mais également du monde, et ce certificat va lui ouvrir beaucoup de nouvelles portes", se félicite Sunar Bahadur Gurung, président de l'Association nationale des guides de montagne du Népal.
Dans l'immédiat, Dawa Yangzum Sherpa compte mener en juin une cordée au Denali (anciennement appelé mont McKinley), point culminant d'Amérique du Nord. Puis elle retournera au Népal pour enseigner dans deux écoles d'escalade.
Cependant Ă  plus long terme, elle espĂšre que son parcours encouragera les femmes Ă  faire de l'hostile montagne une carriĂšre.
"Je n'avais aucun exemple pour m'inspirer et parfois j'ai doutĂ© de ma capacitĂ© de rĂ©ussir", avoue-t-elle. "Mais j'ai espoir que mon petit succĂšs inspirera d'autres filles Ă  suivre leurs rĂȘves."

2018 AFP

guest
0 Commentaires