Justice

Au procĂšs Lelandais, la parole aux avocats des parties civiles

  • PubliĂ© le 16 fĂ©vrier 2022 Ă  19:34
  • ActualisĂ© le 16 fĂ©vrier 2022 Ă  20:02
Croquis d'audience réalisé le 7 février 2022 montrant Nordahl Lelandais (G) et Me Yves Crespin devant la cour d'assises de l'IsÚre à Grenoble

"Un criminel dangereux", un mystÚre", "un prédateur"... Les avocats des parties civiles ont dressé mercredi un portrait sombre de Nordahl Lelandais devant la cour d'assises de l'IsÚre, appelée à le juger pour le meurtre de la petite Maëlys en août 2017.

C'est Me Yves Crespin, avocat de deux associations de protection de l'enfance, qui a ouvert les plaidoiries des parties civiles, face Ă  l'ancien militaire qui aura 39 ans le jour du verdict, attendu vendredi.

"On va se quitter sur le mystÚre de Nordahl Lelandais. Je l'ai ressenti trÚs absent de son procÚs, pourtant c'était son procÚs. Il avait une opportunité formidable de s'exprimer, il l'a ratée", lance-t-il aux jurés, assis en rang derriÚre les magistrats.

"C'est cet homme que vous avez Ă  juger", dit-il "Vous n'avez pas Ă  comprendre, vous ne le pourrez jamais".

"Je ne peux pas m'extraire de l'Ă©motion que provoque un procĂšs d'assises. Ma voix va certainement s'Ă©trangler", avait prĂ©venu celui qui, Ă  75 ans, s'apprĂȘte Ă  tirer sa rĂ©vĂ©rence aprĂšs "30 ans de militantisme et 50 ans de barreau".

Nordahl Lelandais est jugĂ© depuis le 31 janvier par la cour d'assises de l'IsĂšre pour le meurtre de MaĂ«lys De Araujo, une enfant de 8 ans, prĂ©cĂ©dĂ© d'enlĂšvement et sĂ©questration, ainsi que pour des agressions sexuelles contre deux cousines de 4 et 6 ans, au cours du mĂȘme Ă©tĂ© 2017.

Poussé dans ses retranchements au fil des trois semaines de débats, l'ancien maßtre-chien a admis avoir des penchants pédophiles vis à vis de ses cousines. Il a aussi reconnu avoir tué "volontairement" Maëlys en évoquant un accÚs de panique. Et il a répété qu'il n'avait jamais eu de mobile sexuel à son égard.

Les experts appelĂ©s Ă  la barre ont dĂ©peint son "incapacitĂ© Ă  l'empathie, Ă  Ă©prouver le sentiment de culpabilitĂ©, ils ont dressĂ© un portrait terrible d'un antisocial, d'un psychopathe Ă  la dangerositĂ© psychiatrique et criminelle extrĂȘme. Il faudra en tenir compte", a soulignĂ© Me CrĂ©pin.

"J'ai cette terrible conviction que heureusement qu'il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  temps et que MaĂ«lys ne sera pas morte pour rien", a-t-il conclu. L'accusĂ©, assis dans son box, en chemise noire, Ă©coute en silence.

- "Vidéos atroces" -

"Oui, vous ĂȘtes un pĂ©dophile, un prĂ©dateur sexuel. Vous avez cherchĂ© une proie, c'est ça un prĂ©dateur", l'a ensuite Ă  son tour apostrophĂ© Me Caroline RĂ©mond, avocate des deux petites-cousines victimes d'agressions sexuelles, en se tournant vers lui.

Elle revient sur les "vidéos atroces" qu'il a filmées avec son téléphone alors qu'il agressait les enfants endormies. Des images qui ont glacé l'assistance et heurté la "dignité" de leurs parents.

"Aujourd'hui j'exprime leur colÚre de ne pas savoir pourquoi c'est arrivé et ce qui est arrivé à Maëlys", dit-elle. L'accusé lui "a enlevé la vie" et a enlevé l'"innocence" à ses petites-cousines. "Elles ne la retrouveront pas", dénonce-t-elle.

Me Martin Vatinel, l'un des avocats du pÚre de Maëlys, demande pour sa part aux jurés de "regarder en face l'atrocité des faits". L'accusé, en détruisant les indices et en brouillant les pistes par ses mensonges répétés "nous aura imposé de ne fonctionner que par hypothÚses", souligne-t-il.

Son client Joachim De Araujo a vĂ©cu un "long chemin de croix" de quatre ans et demi jusqu'au procĂšs, une "plongĂ©e abyssale dans les tĂ©nĂšbres d'une mer dĂ©chaĂźnĂ©e" lorsqu'on lui apprend au bout de six mois que les restes de sa fille ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s dans une forĂȘt de Chartreuse. Le rĂ©quisitoire et la plaidoirie de la dĂ©fense sont attendus jeudi.

L'accusé, déjà condamné en mai 2021 à vingt ans de prison pour le meurtre d'un jeune soldat à Chambéry, encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

AFP

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