Les concerts se sont enchaßnés vendredi aux Vieilles Charrues, au lendemain de l'attaque survenue à Nice, avec des stars comme Parov Stelar, Lou Doillon ou Michel Polnareff, les festivaliers semblant décidés à passer un bon moment dans leur "bulle", en dépit du contexte de deuil national.
"Je prĂ©fĂšre ne pas trop y penser", explique Maelan, 23 ans, interrogĂ© sur l'attaque qui a fait 84 morts dont dix enfants jeudi soir sur la promenade des Anglais. Le jeune breton explique ĂȘtre venu Ă Carhaix, dans le centre Bretagne, pour s'amuser et vouloir s'en tenir Ă cet objectif.
MĂȘme son de cloche du cĂŽtĂ© d'Amandine, une habitante de Rouen. "On est un peu dans une bulle ici", juge-t-elle sous un soleil de plomb pendant le concert de Michel Polnareff. "On est un peu dĂ©tachĂ© de la rĂ©alitĂ©", assure la jeune fille, le visage partiellement cachĂ© sous de grosses lunettes noires. "C'est un peu pour oublier tout ça d'ailleurs qu'on est ici", poursuit-elle.
"Tout le monde est content et un peu bourrĂ©", souligne sa copine Lucie, 27 ans, elle aussi de Rouen, assez insouciante quant Ă la possibilitĂ© d'une attaque: "Je me sens plutĂŽt en sĂ©curitĂ© ici, parce qu'il y a plein de gens bizarrement, alors que ce devrait ĂȘtre le contraire..."
Un avis que ne partage pas Sébastien, 33 ans, tout juste arrivé sur le site avec son épouse. Tous deux se tiennent un peu en retrait, un peu sur la défensive, alors que l'ambiance est trÚs festive, de nombreuses personnes portant perruque et lunettes à l'image de leur idole, icÎne pop des années 1960-70, qui enchaßne les tubes avant de clore sur "On ira tous au paradis".
Jean-Luc Martin, le président des Vieilles Charrues, a demandé une minute de silence à la fin du concert de Michel Polnareff afin d'"exprimer tout notre soutien aux familles et aux proches" des victimes, un moment émouvant auquel la foule répond de maniÚre spontanée par la Marseillaise. "Merci à tous and the show must go on", enchaßne Jean-Luc Martin, laissant la place au groupe d'électro-swing Parov Stelar.
"On ne va pas au milieu de la foule, on n'a pas trop envie", poursuit SĂ©bastien, vĂȘtu d'un tee-shirt gris et d'un bermuda bleu roi, avouant mĂȘme s'ĂȘtre posĂ© la question de l'opportunitĂ© de venir. "C'est tellement dramatique ce qui s'est passĂ©... ça nous fait peur", reconnaĂźt-il, disant avoir fait attention en rentrant sur le site aux mesures de sĂ©curitĂ© mises en place. "J'ai pas l'impression qu'il regardent Ă©normĂ©ment...", indique-t-il, expliquant ne pas avoir subi de fouille corporelle au niveau de l'entrĂ©e rĂ©servĂ©e aux partenaires du festival, qui pour cette 25e Ă©dition devrait accueillir en quatre jours prĂšs de 280.000 personnes, un record.
Cependant, JĂ©rĂŽme TrĂ©horel, le directeur de la manifestation, a rappelĂ© lors d'une confĂ©rence de presse que cette annĂ©e avait Ă©tĂ© mis en place un dispositif de sĂ©curitĂ© "beaucoup plus important que les annĂ©es passĂ©es", alors mĂȘme que "les annĂ©es passĂ©es ce dispositif Ă©tait dĂ©jĂ trĂšs consĂ©quent".
"Depuis ce matin on a renforcé les contrÎles de véhicules et de titres d'accÚs sur l'ensemble des points d'arrivée", a-t-il précisé. "Un certain nombre d'autres mesures ont été prises et mises en place pour améliorer encore ce dispositif mais pour des raisons de confidentialité on ne les dévoilera pas", a-t-il ajouté.
Aux abords du site, une vaste prairie entourée de bois, les forces de l'ordre, dotées de pistolets mitrailleurs, étaient ainsi beaucoup plus visibles que la veille.
"Je ne sais pas si l'humeur est Ă se rouler des pelles... on a tous pas beaucoup dormi, mais ĂȘtre ensemble qu'est-ce que ça fait du bien. On va faire comme si on Ă©tait tous dans les bras les uns des autres", demande Lou Doillon Ă ses fans, qui ne semblent pas demander mieux.
Par Carola SOLà - © 2016 AFP
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