Polémique et crispations

Avec les quotas d'immigration, l'exécutif reprend une vieille antienne de la droite

  • PubliĂ© le 5 novembre 2019 Ă  16:00
  • ActualisĂ© le 5 novembre 2019 Ă  16:05
Muriel Pénicaud le 15 octobre 2019 à Paris

Vieille antienne de la droite, l'instauration de quotas d'immigrĂ©s Ă©conomiques doit ĂȘtre annoncĂ©e mercredi par l'exĂ©cutif, accusĂ© par la gauche d'opĂ©rer un nouveau virage droitier et d'instrumentaliser le thĂšme sensible de l'immigration.

D'autres annonces attendues mercredi à l'issue d'un Comité interministériel sur l'immigration ont fuité dÚs lundi soir aprÚs leur présentation par le Premier ministre à une partie de la majorité: en particulier l'instauration d'un délai de carence de trois mois avant que les demandeurs d'asile ne puissent accéder à la Protection universelle maladie (PUMa, la sécurité sociale de base), et la nécessité d'un accord préalable de la Sécu pour certains actes non-urgents dans le cadre de l'Aide médicale d'Etat (AME).

Des "quotas" ou "objectifs chiffrĂ©s" d'immigrĂ©s "professionnels" vont eux ĂȘtre fixĂ©s chaque annĂ©e, dĂšs l'Ă©tĂ© 2020, pour que la "France recrute" en fonction de ses besoins de travail, a confirmĂ© mardi sur BFM et RMC la ministre du Travail Muriel PĂ©nicaud.

La "liste des mĂ©tiers en tension", "pas actualisĂ©e depuis 2008", va ĂȘtre revue "avec les partenaires sociaux, les rĂ©gions", a prĂ©cisĂ© sur LCI le secrĂ©taire d'Etat Gabriel Attal qui ne sait toutefois pas si les quotas seront fixĂ©s "par le parlement lui-mĂȘme ou par un arrĂȘtĂ© Ă  la suite d'un dĂ©bat parlementaire". Le nombre de titres de sĂ©jours dĂ©livrĂ©s pour des raisons Ă©conomiques (prĂšs de 34.000 en 2018) ne reprĂ©sente qu'une petite partie des quelque 260.000 titres octroyĂ©s en 2018.

L'idĂ©e de quotas en matiĂšre d'immigration Ă©tait revenue sur le devant de la scĂšne quand Emmanuel Macron, en pleine crise des "gilets jaunes", avait Ă©voquĂ© en janvier dans sa lettre aux Français des "objectifs annuels". Puis, alors que s'ouvrait la deuxiĂšme partie du quinquennat que le prĂ©sident veut tournĂ©e notamment vers les sujets rĂ©galiens, le Premier ministre soulignait en octobre, lors du dĂ©bat parlementaire sur l'immigration, l'"intĂ©rĂȘt de quotas par nationalitĂ©s ou par secteurs professionnels". La droite ne peut que saluer cette perspective, car l'idĂ©e avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© portĂ©e en 2007, par Nicolas Sarkozy, alors chef de l'Etat.

- "Subterfuge" du gouvernement -

Mais si l'idée est "bonne", Emmanuel Macron doit maintenant passer "aux actes", dit Aurélien Pradié, nouveau secrétaire général des Républicains, qui souhaite le vote d'une loi par le parlement pour fixer ces quotas. Et Guillaume Peltier, nouveau numéro 2 de LR, juge les annonces à venir clairement "insuffisantes" pour réguler l'immigration.
Réforme de l'assurance chÎmage et projet de réforme des retraites, résurgence de la polémique sur le voile, débat sur l'immigration, entretien à l'hebdomadaire conservateur Valeurs actuelles: à gauche, Emmanuel Macron est accusé de droitiser sa politique pour séduire un électorat qui s'est éloigné de LR.

A cinq mois des élections municipales et à deux ans et demi de la présidentielle, il est aussi accusé d'alimenter des débats qui feraient le jeu de Marine Le Pen, donnée au coude-à-coude avec lui au premier tour en 2022 par deux récents sondages. La présidente du Rassemblement national a réagi mardi en assurant dans un tweet que les quotas, "cette +nouvelle immigration+", étaient "réclamés par le MEDEF", ce qui "n'étonnera personne".

En annonçant des quotas, le gouvernement "ne recule devant rien pour stigmatiser une partie de la population", fustige pour sa part le dĂ©putĂ© La France insoumise Ugo Bernalicis: "ce barrage contre l'extrĂȘme droite est une Ă©ponge".

Les écologistes d'EELV se montrent prudents: si les quotas permettent de "sortir du fantasme que nous sommes envahis" et de "montrer que l'immigration est aussi une chance pour notre pays", alors "il faut en discuter", juge leur chef de file Yannick Jadot.

Mais il alerte aussi sur le "subterfuge" du gouvernement "pour ne pas parler" des préoccupations sociales des Français et dénonce les mesures sur l'AME et la PUMa.
Elles sont pour le PS "cyniques" et "scandaleuses", "irresponsable(s) d'un point de vue de santé publique" et "honteu(ses) au regard de la protection des droits humains" pour LFI.
AFP

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