Manifestation

Birmanie: la junte avertit les manifestants qu'ils risquent de mourir

  • PubliĂ© le 22 fĂ©vrier 2021 Ă  08:27
  • ActualisĂ© le 22 fĂ©vrier 2021 Ă  09:51
Une manifestante pro-démocratie tient un portrait d'Aung San Suu Kyi, devant l'ambassade américaine en Birmanie, à Rangoun, le 21 février 2021

La junte birmane a durci le ton aprÚs un week-end de violences sanglantes en avertissant les manifestants qu'ils risquaient d'en mourir, ce qui n'a pas dissuadé lundi des milliers de personnes de descendre encore dans les rues.

Trois semaines aprÚs le putsch du 1er février, la mobilisation pro-démocratie ne faiblit pas avec des dizaines de milliers de manifestants dimanche, et une campagne de désobéissance civile qui perturbe le fonctionnement de l'Etat et l'économie.

L'avertissement de la junte, dimanche, est intervenu au lendemain de la journĂ©e la plus meurtriĂšre depuis le coup d'Etat, avec le dĂ©cĂšs samedi de deux personnes Ă  Mandalay quand la police a tirĂ© sur la foule, et d'une troisiĂšme Ă  Rangoun. "Les manifestants sont en train d'inciter les gens, notamment les adolescents et jeunes exaltĂ©s, Ă  se lancer sur la voie de la confrontation oĂč ils pĂ©riront", indiquait un communiquĂ© en birman lu sur la chaĂźne publique MRTV, et dont une traduction anglaise apparaissait Ă  l'Ă©cran.

Le texte mettait en garde les manifestants contre la tentation d'inciter la population à "l'émeute et à l'anarchie". Le rapporteur spécial de l'ONU pour les droits de l'Homme en Birmanie, Tom Andrews, s'est dit profondément inquiet par ces menaces. "Avertissement à la junte: contrairement à 1988, les agissements des forces de sécurité sont enregistrés et vous devrez rendre des comptes", a-t-il dit sur Twitter.

- "Tellement en colĂšre" -

La mise en garde du pouvoir n'a pas dissuadĂ© les manifestants de descendre dans les rues de Rangoun, oĂč des milliers de personnes Ă©taient rassemblĂ©es lundi dans deux quartiers. Ainsi dans le quartier de Bahan, des manifestants Ă©taient assis sur la chaussĂ©e brandissant de nombreuses banderoles en soutien de l'ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, qui est tenue au secret depuis son arrestation le 1er fĂ©vrier. "Nous sommes ici aujourd'hui pour participer Ă  la manifestation, pour nous battre jusqu'Ă  ce que nous gagnions", a dĂ©clarĂ© Kyaw Kyaw, un Ă©tudiant de 23 ans. "Nous nous inquiĂ©tons de la rĂ©pression mais nous continuerons. Nous sommes tellement en colĂšre".

Les habitants de Rangon ont pu constater un renforcement des dispositifs de sécurité dans la capitale, avec quantité de camions de la police et de l'armée dans les rues, alors que des rues proches du quartier avaient été barricadées par les forces de sécurité. Marchés et magasins devraient demeurer fermés par solidarité avec le mouvement pro-démocratie. Des manifestations ont également eu lieu dans les villes de Myitkyina (nord) et Dawei (sud).

Dimanche, les Birmans avaient rendu hommage Ă  la premiĂšre victime de la rĂ©pression militaire, une jeune Ă©piciĂšre devenue une icĂŽne de la rĂ©sistance anti-junte. Les funĂ©railles de Mya Thwate Thwate Khaing, blessĂ©e par balles Ă  la tĂȘte et dĂ©cĂ©dĂ©e vendredi aprĂšs 10 jours passĂ©s en soins intensifs, ont eu lieu dans la pĂ©riphĂ©rie de la capitale Naypyidaw, en prĂ©sence de plusieurs milliers de personnes.

- Réunion de l'UE -

Aux manifestations massives contre leur coup d'Etat, les militaires birmans ont rĂ©pondu en renforçant progressivement le dĂ©ploiement des forces de sĂ©curitĂ©, et en ayant de plus en plus recours Ă  la force pour disperser les protestataires. Balles en caoutchouc, gaz lacrymogĂšnes, canons Ă  eau... les services de sĂ©curitĂ© ont mĂȘme eu parfois recours aux tirs Ă  balles rĂ©elles.

A en croire l'Association d'aide aux prisonniers politiques, 640 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es depuis le putsch. Parmi les personnes ciblĂ©es figurent notamment des cheminots, des fonctionnaires et des employĂ©s de banque qui ont cessĂ© de travailler par solidaritĂ© avec l'opposition Ă  la junte. Celle-ci s'est par ailleurs attaquĂ©e aux communications en restreignant drastiquement l'accĂšs Ă  internet dans la nuit de dimanche Ă  lundi, et ce pour la huitiĂšme nuit consĂ©cutive, selon NetBlocks, un observatoire spĂ©cialisĂ© installĂ© au Royaume-Uni. Les connexions sont gĂ©nĂ©ralement rĂ©tablies Ă  09H00 du matin. Mais la coupure, lundi, devrait durer trois heures de plus.

L'escalade des tensions a provoqué de nouvelles condamnations internationales, dénoncées dimanche soir par le ministÚre birman des Affaires étrangÚres comme une "ingérence flagrante" dans les affaires intérieures du pays. "Malgré les manifestations illégales, les incitations aux troubles et à la violence, les autorités (birmanes) font preuve de la plus grande retenue en ayant recours le moins possible à la force pour faire face aux perturbations", a affirmé le ministÚre dans un communiqué. Les ministres des Affaires étrangÚres de l'Union européenne doivent se réunir lundi pour discuter d'éventuelles sanctions.
bur-lpm-qan-jac/ybl

AFP

guest
0 Commentaires