Libération de la parole

Bouhafsi, Beccaro: quand deux personnalités TV mobilisent sur les enfants battus

  • PubliĂ© le 4 novembre 2021 Ă  23:06
  • ActualisĂ© le 5 novembre 2021 Ă  06:05
Mohamed Bouhafsi lors d'une session photo Ă  Paris, le 23 juillet 2021

Mohamed Bouhafsi et Thierry Beccaro, qui furent tous deux des enfants battus, se mobilisent pour dénoncer la maltraitance au quotidien, signe que la parole se libÚre, comme ce fut le cas pour les agressions sexuelles.

"Je n'ai pas connu assez de personnes qui m'ont dit +tu vas bien ?+. J'ai connu un interne à l'hÎpital LariboisiÚre, un maßtre à Saint-Denis, et aprÚs, mes voisins qui m'ont sauvé", se souvient Mohamed Bouhafsi auprÚs de l'AFP.

"Il y a trop d'infanticides encore", estime l'ancien rĂ©dacteur en chef football de RMC-BFMTV et dĂ©sormais chroniqueur de "C Ă  vous" sur France 5, ĂągĂ© de 29 ans. Son livre, "RĂȘver sous les coups", sorti cette semaine, raconte comment son pĂšre l'a cognĂ© jusqu'Ă  ce qu'il quitte le domicile familial, quand son fils avait huit ans.

L'ancien animateur du populaire jeu tĂ©lĂ©visĂ© "Motus" sur France 2, Thierry Beccaro, 65 ans, sort jeudi son nouveau livre "Ma rĂ©silience Ă  moi", quatre ans aprĂšs "Je suis nĂ© Ă  17 ans", oĂč il dĂ©nonçait la brutalitĂ© paternelle.

L'ex-prĂ©sentateur de "TĂ©lĂ©matin" prĂ©pare Ă©galement une piĂšce de théùtre qui devrait ĂȘtre prĂ©sentĂ©e au Festival d'Avignon l'Ă©tĂ© prochain. Elle est intitulĂ©e "L’Amour Ă  la menthe", en rĂ©fĂ©rence Ă  son pĂšre qui prenait une pastille Ă  la menthe pour masquer l’odeur de l’alcool. "Toute figure emblĂ©matique qui tĂ©moigne ne peut que contribuer Ă  libĂ©rer la parole des victimes", dĂ©clare la prĂ©sidente d'Enfance et Partage, Claudine Jeudy.

"Quand on parle de maltraitance, on pense d'abord aux violences sexuelles. Mais ce n'est qu'une forme de maltraitance. Les autres, on les appelle +les violences Ă©ducatives ordinaires+", souligne Pascal Vigneron, directeur du service national d’accueil tĂ©lĂ©phonique pour l’enfance en danger, le 119.

Pourtant, ces violences, qui peuvent ĂȘtre physiques ou du harcĂšlement moral et psychologique, sont tout aussi nocives. Et on en parle moins que des affaires d'agressions sexuelles et d'inceste, dĂ©noncĂ©es dans le sillage de #MeToo et de livres abordant ces sujets tabous.

- "Le 119 a explosé" -

Elles sont Ă©galement parfois plus dĂ©licates Ă  dĂ©finir: "Le viol c'est l’interdit pour tout le monde, c'est dĂ©fini. Quand on parle de violences, on y inclut beaucoup de choses, on touche Ă  l’éducation et la parentalitĂ©", note Pascal Vigneron. "Et critiquer la parentalitĂ© des uns et des autres, cela en appelle Ă  une certaine forme de norme. Or, elle est difficile Ă  Ă©tablir", ajoute-t-il.

La France n'a par exemple interdit la fessĂ©e qu'en juillet 2019, quarante ans aprĂšs la SuĂšde. Mais le responsable du 119 insiste, comme MM. Beccaro et Bouhafsi, sur la nĂ©cessitĂ© d'alerter quoi qu'il arrive, mĂȘme si on doute. "On a peur d'alerter, car on confond dĂ©noncer et alerter", explique Thierry Beccaro Ă  l'AFP. Or, "les voisins devraient ĂȘtre des lanceurs d’alerte, on va peut-ĂȘtre se tromper, mais peut-ĂȘtre qu’on va sauver la vie d’un enfant".

La prise de parole de ces deux personnalités est d'autant plus importante qu'elles touchent des publics différents (les passionnés de foot et les téléspectateurs de TéléMatin, dont Thierry Beccaro était une figure).

Ce dernier a racontĂ© qu'aprĂšs la publication en mai 2019 d'une vidĂ©o aux 20 millions de vues, oĂč il Ă©voquait son passĂ©, "le 119 a explosĂ©". Actuellement, le 119 fait Ă©tat de 700 sollicitations (appels tĂ©lĂ©phoniques, chats et formulaires) par jour. "Les appels des mineurs --environ 20% du total-- sont en augmentation", constate M. Vigneron.

De son cĂŽtĂ©, Mohamed Bouhafsi se rappelle avoir rencontrĂ© "un enfant qui avait vĂ©cu des choses horribles" lors d'une visite il y a quelques semaines dans un centre Ă©ducatif fermĂ©. Cet enfant lui a dit: "Je n'aurais jamais pu penser que l’homme qui interviewe Neymar et MbappĂ© a vĂ©cu la mĂȘme chose que moi", raconte-t-il.

Outre la publication de son livre, M. Bouhafsi fait partie des organisateurs d'un Ă©vĂ©nement pour la journĂ©e internationale des droits de l'Enfant, les 20 et 21 novembre, oĂč des enfants assisteront Ă  un match de rugby France-Nouvelle ZĂ©lande et joueront au foot le lendemain dans le Stade de France.

AFP

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