Grande-Bretagne

Brexit: semaine cruciale pour Theresa May

  • PubliĂ© le 18 juin 2018 Ă  06:10
  • ActualisĂ© le 18 juin 2018 Ă  07:02
Theresa May, le 13 juin 2018 Ă  Londres

Les Lords britanniques se penchent lundi sur un amendement au projet de loi sur le Brexit avant le retour du texte mercredi devant les dĂ©putĂ©s, une semaine difficile pour Theresa May, contrainte de jouer les Ă©quilibristes entre pro et anti Brexit au sein mĂȘme de son parti conservateur.


La sortie de l'UE est prévue en mars prochain et le gouvernement britannique doit d'ici là boucler de délicates négociations avec l'Union européenne sur ses conditions, avec un Parlement qui veut avoir son mot à dire sur l'accord final. Cette semaine, la cheffe du gouvernement a réussi à étouffer une rébellion dans les rangs conservateurs en convaincant les députés Tory pro UE de suivre la ligne gouvernementale.

Ces dĂ©putĂ©s ont ainsi rejetĂ© un amendement qui aurait donnĂ© au parlement un droit de veto sur le rĂ©sultat des nĂ©gociations avec Bruxelles en Ă©change d'une promesse de Theresa May qu'ils auraient quand mĂȘme leur mot Ă  dire. Mais l'amendement de compromis proposĂ© par le gouvernement aprĂšs ce vote a provoquĂ© la colĂšre des dĂ©putĂ©s europhiles.

Le chef des rebelles, Dominic Grieve, l'a jugé "inacceptable". "Cela nie totalement l'objet de l'amendement, qui était de donner la parole aux députés", a-t-il déclaré, accusant Theresa May d'avoir renié sa promesse. Dimanche, la PremiÚre ministre a justifié sa position, expliquant à la BBC qu'elle avait entendu les préoccupations des députés mais que le Parlement "ne pouvait pas lier les mains du gouvernement dans les négociations" ni "contrer la volonté du peuple britannique, de quitter l'UE".
Des déclarations qui vont dans le sens des conservateurs partisans d'une rupture franche avec l'UE, qui accusent les europhiles de vouloir dicter au gouvernement la marche à suivre et de chercher, in fine, à s'opposer au processus du Brexit ou à le diluer.

- "Voeux pieux" -

Pour convaincre des bienfaits du Brexit, Theresa May a annoncé dimanche une hausse du budget du service public de santé, le NHS, financée en partie grùce aux économies qu'elle compte réaliser avec la sortie du Royaume-Uni de l'UE. L'un des arguments clefs des partisans du Brexit pendant la campagne du référendum de 2016 sur la sortie de l'UE était que l'argent économisé en quittant l'UE permettrait de renflouer les caisses du NHS, plongé dans une crise liée à son manque de moyens.
L'opposition a immédiatement dénoncé un financement basé sur des "voeux pieux".

Theresa May continue ainsi à se débattre sur la scÚne intérieure, peinant à resserrer les rangs conservateurs et à affirmer son autorité, réguliÚrement défiée par son ministre des Affaires étrangÚre, Boris Johnson, fervent partisan du Brexit. Celui-ci a ainsi récemment estimé que Londres manquait de "courage" dans les négociations avec Bruxelles et que Donald Trump ferait mieux. Le ministre a également qualifié Bruxelles "d'ennemi" à "combattre", des propos tenus lors d'un dßner censé rester confidentiel.

"Nous ne nous laisserons pas impressionner" a rĂ©torquĂ© Michel Barnier, nĂ©gociateur en chef de l'UE pour le Brexit. M. Barnier continue de demander plus de "rĂ©alisme" au Royaume-Uni, avec lequel les nĂ©gociations sur sa sortie de l'UE piĂ©tinent, alors qu'il reste peu de temps, les points de litige devant ĂȘtre rĂ©glĂ©s d'ici l'automne pour que l'accord de retrait puisse ĂȘtre ratifiĂ©, par le Parlement europĂ©en notamment, d'ici Ă  la date prĂ©vue du Brexit.

La question irlandaise - le Brexit menaçant de recrĂ©er une frontiĂšre entre le nord rattachĂ© au Royaume-Uni et le sud membre de l'UE - est loin d'ĂȘtre rĂ©glĂ©e, les rĂ©centes propositions de Londres n'ayant pas convaincu Bruxelles. Bruxelles et Londres s'Ă©charpent aussi sur le projet europĂ©en Galileo, qui doit permettre Ă  l'UE de dĂ©velopper un programme de navigation par satellite. Le Royaume-Uni a contribuĂ© Ă  ce projet mais Bruxelles veut l'en exclure, aprĂšs le Brexit, mettant en avant des considĂ©rations sĂ©curitaires, Ă  la fureur de Londres.

Quant à leur future relation, Theresa May tente de concilier l'engagement de maintenir de bonnes relations commerciales avec l'UE avec celui d'une véritable séparation permettant au Royaume-Uni de conclure ses propres accords commerciaux bilatéraux à l'avenir, véritable quadrature du cercle. "Les négociations continuent", a déclaré dimanche la cheffe du gouvernement, martelant sa conviction qu' "un avenir brillant attend le Royaume-Uni aprÚs sa sortie de l'UE".


AFP

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