Offensive médiatique

Cacao: les planteurs ivoiriens menacent de "boycott" les multinationales du chocolat

  • PubliĂ© le 3 dĂ©cembre 2020 Ă  22:19
  • ActualisĂ© le 4 dĂ©cembre 2020 Ă  09:03
Récolte de cabosses de cacao dans une plantation prÚs de Guiglo, dans l'ouest de la CÎte d'Ivoire, le 10 octobre 2020

Les planteurs de cacao de CÎte d'Ivoire, premier producteur mondial, ont poursuivi jeudi leur offensive médiatique contre les multinationales du chocolat qu'ils accusent de les réduire à la misÚre en sous-payant "l'or brun", les menaçant de "boycott".

Des accusations publiques qui pourraient coûter cher en terme d'image et de ventes et aux grands groupes chocolatiers, déjà sur la sellette depuis plusieurs années sur les questions d'éthique.

"Nous boycotterons les activitĂ©s de tous les industriels qui s'opposeront Ă  la DRD", le diffĂ©rentiel de revenu dĂ©cent, une prime de 400 dollars par tonne de cacao (en sus du prix du marchĂ©) censĂ©e ĂȘtre payĂ©e par les multinationales pour les planteurs, ont dĂ©clarĂ© dans un communiquĂ© commun quatre importantes organisations de cacaoculteurs (FOPCC, ANACACI, APROPAM et FNFPCC). Elles avaient rĂ©uni quelque 500 dĂ©lĂ©guĂ©s Ă  Yamoussoukro, lors d'une rencontre avec le Conseil CafĂ© Cacao (CCC), l'organe public de gestion de la filiĂšre.

Les dirigeants des quatre organisations ont citĂ© la suspension de leur "collaboration sur les programmes de durabilitĂ© et de certification" et mĂȘme menacĂ© d'arrĂȘter de produire du cacao.

"C'est une question de survie. Nous sommes prĂȘts Ă  aller jusqu'au bout. Nous pouvons suspendre notre production de cacao pendant un an ou deux et nous tourner vers d'autres cultures", a dĂ©clarĂ© Soro PenatirguĂ©, prĂ©sident de l'Association nationale des coopĂ©ratives agricoles de CĂŽte d'Ivoire (ANACACI).
Marcellin Kouakou, un planteur de 51 ans qui produit trois tonnes de cacao par an dans la région d'Oumé (centre) a expliqué à l'AFP "s'en sortir tout juste avec 500.000 francs CFA" (750 euros) de revenus annuels pour faire vivre ses deux femmes et ses 10 enfants.

Cette nouvelle offensive médiatique survient aprÚs les accusations publiquement lancées lundi par la CÎte d'Ivoire et le Ghana contre deux géants chocolatiers américains, Hershey et Mars, de ne pas payer le DRD. Ces pays sont les deux premiers producteurs de cacao mondiaux avec respectivement plus de 40 et 20% du marché.

- Communication et marketing -

Le CCC et son homologue du Ghana le Cocobod ont annoncé la suspension immédiate de tous les programmes de certification de Hershey dans les deux pays.
La CĂŽte d'Ivoire, oĂč le prĂ©sident Alassane Ouattara vient d'ĂȘtre réélu, et le Ghana, oĂč le prĂ©sident Nana Akufo-Addo vise une réélection le 7 dĂ©cembre, ont mĂȘme dĂ©noncĂ© un "complot" des multinationales du chocolat pour "appauvrir" "trois millions de paysans ouest-africains".
Hershey et Mars ont protesté de leur bonne foi, assurant payer le DRD et soutenir les petits planteurs.

Le DRD a été imposée l'an dernier par les deux pays ouest-africains aux multinationales du négoce et de transformation du cacao et aux grands groupes chocolatiers, afin de mieux rémunérer les planteurs tropicaux.

Ceux-ci sont les parents pauvres du marché mondial du cacao et du chocolat, dont ils ne touchent que 6% des 100 milliards de dollars de revenus annuels. La moitié des planteurs ivoiriens vit sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale.

Les programmes de certification des chocolatiers visent à garantir qu'ils achÚtent du cacao "durable" respectant des critÚres de production éthiques (n'entraßnant pas de déforestation ou ne recourant pas au travail des enfants notamment). Ils sont un élément de communication et de marketing important en direction des consommateurs occidentaux.

Coïncidence du calendrier, dans une tout autre affaire aux Etats-Unis, deux multinationales du négoce du cacao et du chocolat, Cargill et Nestlé, sont poursuivis pour complicité de travail forcé d'enfants dans des plantations de cacao en CÎte d'Ivoire.

PrĂ©sent Ă  la rencontre de Yamoussoukro, le directeur gĂ©nĂ©ral du Conseil CafĂ© Cacao ivoirien, Yves KonĂ©, a tempĂ©rĂ© les propos des planteurs, ouvrant clairement la porte Ă  la nĂ©gociation. "Nous devons travailler ensemble avec les industriels. Je suis confiant. MĂȘme s'il y a des rĂ©ticences, je suis convaincu qu'ils vont accepter qu'on paie mieux les planteurs", a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP.

AFP

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