Rupture du barrage de Brumadinho

Catastrophe au Brésil: le groupe Vale sous pression

  • PubliĂ© le 30 janvier 2019 Ă  06:34
  • ActualisĂ© le 30 janvier 2019 Ă  06:39
Des sauveteurs à la recherche de victimes le 28 janvier 2019 dans la couleé de boue provoquée par la rupture d'un barrage minier prÚs de Brumadinho, dans le sud-est du Brésil

Le gouvernement et la justice ont accentué mardi leur pression sur le groupe minier Vale, exigeant des explications sur la rupture du barrage de Brumadinho, en aval duquel la masse de boue commence à rendre de nombreux corps.

Cinq ingĂ©nieurs ont Ă©tĂ© placĂ©s en dĂ©tention prĂ©ventive dans le cadre de l'enquĂȘte pour Ă©tablir les responsabilitĂ©s de la tragĂ©die de vendredi dernier, qui a fait 84 morts et 276 disparus, selon un nouveau bilan officiel provisoire.

Trois de ces ingĂ©nieurs sont des employĂ©s de Vale et les deux autres de la sociĂ©tĂ© allemande TÜV SÜD, qui avait dĂ©livrĂ© en septembre un certificat de stabilitĂ© du barrage.
"Nous ne pouvons que confirmer que deux employĂ©s du TÜV SÜD ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©s au BrĂ©sil", a dĂ©clarĂ© Thomas Oberst, chargĂ© de communication interrogĂ© en Allemagne, "nous appuyons pleinement l'enquĂȘte".
"Maintenant, il faut punir, et punir vraiment", a affirmé lundi soir le vice-président Hamilton Mourao, qui exerce la présidence tandis que Jair Bolsonaro récupÚre d'une opération.
"Les amendes, qui font mal au portefeuille, ont déjà été infligées. Mais s'il y a vraiment eu négligence ou imprudence de la part de certaines personnes de cette entreprise (Vale), elles doivent répondre pénalement", a-t-il insisté.

Au total, 11,8 milliards de réais (environ 2,8 milliards d'euros), ont déjà été saisis sur les comptes de la compagnie, au titre de réparation.
Les actions de Vale, qui ont plongé de 24% lundi à la Bourse de Sao Paulo, reprenaient prÚs de 4% mardi à la mi-journée. L'agence de notation Moody a placé la note de Vale sous surveillance et pourrait l'abaisser, comme l'a déjà fait Fitch lundi soir.
Le président de Vale, Fabio Schvartsman, a par ailleurs annoncé que la compagnie allait démanteler sur dix sites au Brésil des structures comme celle qui s'est rompue à Brumadinho.
Ces interventions réduiront de 40 millions de tonnes la production annuelle de minerai de fer de Vale, soit une baisse de 10%, a indiqué M. Schvartsman lors d'une conférence de presse à Brasilia, aprÚs une réunion avec le ministre des Mines et de l'Energie et le ministre de l'Environnement.

Odeur fétide

À Brumadinho, les hĂ©licoptĂšres continuaient d'atterrir avec de nouveaux corps, suspendus dans de grands filets noirs.
La chaleur de l'été fait remonter l'odeur fétide des dépouilles enterrées dans la boue.
"La boue est encore trop liquide, mais avec l'évaporation les sédiments descendent et les corps remontent vers la surface", a expliqué le lieutenant colonel Eduardo Angelo Gomes, commandant du bataillon d'urgence environnementale des pompiers.
Les secouristes marchent avec prudence. Un pas de travers et toute la jambe s'enfonce dans cette masse visqueuse dont on ne connait pas encore la toxicité.
Parfois, ils doivent mĂȘme ramper, tenant Ă  bout de bras des perches d'environ deux mĂštres pour se maintenir Ă  la surface.
À Corrego do Feijao, faubourg de Brumadinho oĂč Ă©tait situĂ© le barrage, on commence Ă  creuser des tombes.
"Je suis dans un film d'horreur. Ce sont des gens avec qui j'ai grandi. Je ne sais pas comment je vais pouvoir surmonter tout ça", a dit à l'AFP Cleyton Candido, 38 ans, devant sa maison, juste à cÎté du cimetiÚre.

"Crime environnemental"

Dans la matinée, Hamilton Mourao a tenu une réunion avec plusieurs ministres pour évaluer un durcissement des normes de sécurité des barrages.
Un virage forcé pour le gouvernement Bolsonaro, qui semblait plutÎt enclin à assouplir les rÚgles en matiÚre de protection de l'environnement et critiquait le zÚle des agences publiques chargées des contrÎles.
Le quotidien économique Valor a notamment rappelé que l'ex-député Leonardo Quintao, parlementaire trÚs lié au secteur minier et qui sera chargé des relations du gouvernement avec le Sénat, avait fait retirer d'un texte de loi deux dispositifs censés améliorer les contrÎles des barrages.
La vague de résidus miniers qui a tout dévasté sur son passage a également contaminé la riviÚre Paraopeba, qui traverse Brumadinho, teintée de marron.
"L'eau de notre riviÚre était cristalline, mais les compagnies miniÚres ne pensent qu'au profit", a déploré Vanderlei Alves, chauffeur de 52 ans. "La riviÚre est morte", a-t-il ajouté.

Cette contamination touche de plein fouet la communautĂ© indigĂšne du village Nao Xoha ("Esprit guerrier"), oĂč vivent 27 familles privĂ©es d'eau potable.
Autre motif d'inquiétude, cette riviÚre est un affluent du fleuve Sao Francisco, un des plus importants d'Amérique du sud, d'une longueur plus de 2.800 km.
"C'est trÚs préoccupant, parce que cette boue toxique avance au fur et à mesure et on s'attend à ce qu'elle parcoure encore 220 km, jusqu'à ce qu'elle atteigne un autre barrage qui pourrait la retenir", a expliqué à l'AFP Marcelo Laterman, géographe de Greenpeace, qui dénonce un "crime environnemental".

Cette région avait déjà été endeuillée en 2015 par la rupture d'un autre barrage minier géré par Vale (en copropriété avec l'anglo-australien BHP) prÚs de Mariana, à 120 km de Brumadinho, qui avait fait 19 morts et causé un désastre environnemental sans précédent au Brésil.

AFP

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