Proximité

Cher : un bar ambulant pour pallier le dĂ©sert des troquets dans les campagnes

  • PubliĂ© le 9 mars 2019 Ă  17:04
  • ActualisĂ© le 9 mars 2019 Ă  17:59
Sébastien Cherrier, installé dans son bar-truck stationné à Villequiers prÚs de Bourges, le 8 mars 2019

"Maintenant, on se connaĂźt mieux": pour recrĂ©er du lien social autour d'un verre ou d'un cafĂ©, un camion vintage transformĂ© en bar sillonne les campagnes du Cher, oĂč les troquets se font de plus en plus rares, avec au volant un ancien Ă©ducateur aux airs de biker.

Avec son Renault Trafic à la carrosserie imitation rouille dans le style "rat's look", Sébastien Cherrier, 44 ans, est venu s'installer sur la place du village de Villequiers, une commune de 483 habitants située à l'est de Bourges. Ancien éducateur spécialisé devenu brocanteur, le bistrotier à l'allure de biker, crùne rasé, longue barbe et boucle d'oreille, est titulaire d'une licence 3. Le service se fait directement au bar, ouvert de 18H00 à 22H00.

Chaque soir de la semaine, son bar-truck marron-blanc dĂ©nommĂ© "C'est l'occaz" stationne dans un village diffĂ©rent: le lundi PrĂ©cy, 350 habitants, le mardi, Azy, 450 habitants, le mercredi, Rians, 1000 habitants, le jeudi EtrĂ©chy, 450 habitants... Les lieux sont annoncĂ©s sur une page Facebook dĂ©diĂ©e, oĂč SĂ©bastien poste bon nombre de photos et recense les reportages que les mĂ©dias lui ont consacrĂ©s, y compris la BBC.

Pour les habitants, qui voient de plus en plus disparaßtre les petits commerces, et en particulier les cafés, l'arrivée de ce camion-bistrot dans leur commune est plutÎt vécue comme une bénédiction. Une quinzaine se sont déplacées ce vendredi soir: des retraités, des trentenaires avec enfants, mais aussi des amis de Sébastien venus soutenir sa démarche. "Le concept est super. Les bistrots d'autrefois permettaient de se rencontrer. Il a fallu que je vienne au +bar truck+ pour vraiment faire connaissance avec mes voisins. Jusqu'alors, c'était juste +bonjour, bonsoir+. Maintenant, on se connaßt mieux", témoigne Olivier, un artisan d'une cinquantaine d'années.

-"Tous fermés"-

A l'intĂ©rieur du vĂ©hicule, deux frigos pour tenir au frais les boissons. Vin, biĂšre, sodas, eau, ainsi que thĂ© et cafĂ©... le choix est prĂ©sentĂ© sur des cadres installĂ©s sur les portes arriĂšre ouvertes du vĂ©hicule. Le bar, offert par un Ă©bĂ©niste, a Ă©tĂ© confectionnĂ© dans du chĂȘne. Une cassette audio posĂ©e sur le comptoir sert de supports Ă  sucettes. DerriĂšre le camion, trois tables de jardin rouge et vertes ont Ă©tĂ© disposĂ©es, ainsi qu'un barnum pour protĂ©ger de la pluie.

Le maire du village Pascal Méreau voit dans cette initiative une "chance" pour sa commune, rappelant que "le dernier café a fermé il y a un plus d?un an alors qu'il y en avait encore quatre en 1985". "Nous n'avons plus qu'un seul commerce qui fait épicerie, bar, chambre d'hÎte", regrette l'élu, également professeur des écoles.

L'air jovial, SĂ©bastien Cherrier se positionne comme un dĂ©fenseur de la ruralitĂ©. "Cela faisait longtemps que l'idĂ©e me trottait dans la tĂȘte", raconte le quadragĂ©naire, qui a ouvert "C'est l'occaz" en plein hiver, il y a quelques semaines. "En tant que brocanteur, je traverse beaucoup de villages aux alentours de Sancerre et je suis atterrĂ© par le nombre de commerces qui ont baissĂ© le rideau, en particulier les bistrots, oĂč l'on pouvait encore s'arrĂȘter il y a une trentaine d'annĂ©es, se souvient-il.

"Maintenant, c'est fini, ils sont tous fermés. Les gens sont scotchés devant la télé, sur leurs tablettes et leurs téléphones portables. Il n'y plus d'échanges, c'est dramatique. Il ne faut pas s'étonner que ça aille mal. Nous n'avons plus d'endroits pour parler le soir aprÚs une journée de travail", regrette le patron, qui espÚre pouvoir se dégager un salaire avec l'arrivée des beaux jours.

Selon le baromÚtre 2017 France Boissons/Crédoc, la France est passée de 200.000 cafés en 1960 à 36.000 en 2015. Les fermetures ont majoritairement lieu en milieu rural et périurbain.

Par Antoine AGASSE - © 2019 AFP

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