Justice

Corruption: Airbus transige pour éviter des poursuites

  • PubliĂ© le 28 janvier 2020 Ă  13:31
  • ActualisĂ© le 28 janvier 2020 Ă  14:22
Site d'assemblage de l'A380 Ă  Blagnac, dans le sude la France

Airbus a annoncé mardi avoir conclu un "accord de principe" avec les autorités judiciaires britannique, française et américaine, qui devrait se traduire par d'importantes pénalités financiÚres, afin d'éviter des poursuites pour des violations présumées des lois anticorruption.

Cette affaire, qui menace le gĂ©ant aux 134.000 salariĂ©s et gros contributeur net au commerce extĂ©rieur de la France et de l'Allemagne, avait contribuĂ© au changement de l'Ă©quipe dirigeante de l'avionneur europĂ©en. "Airbus confirme qu'il a conclu un accord de principe avec le Parquet national financier français, le Serious Fraud Office britannique et les États-Unis", a-t-il indiquĂ© dans un communiquĂ©.

"Ces accords sont conclus dans le cadre d'enquĂȘtes sur des allĂ©gations de corruption ainsi que sur la conformitĂ© avec la rĂ©glementation amĂ©ricaine sur la commercialisation d'armes (ITAR)", a-il poursuivi, sans toutefois en prĂ©ciser les termes financiers. Le Financial Times, citant des analystes, a rapportĂ© lundi que l'avionneur europĂ©en pourrait dĂ©bourser plus de 3 milliards d'euros pour mettre fin aux litiges.

Cette somme, si elle était confirmée, correspond au bénéfice net 2018 de l'avionneur européen. Airbus doit présenter ses résultats annuels le 13 février à Toulouse.
L'affaire est née de l'auto-dénonciation d'irrégularités en 2016 par le patron de l'avionneur à l'époque, Tom Enders.

Approuvée par le comité exécutif et le conseil d'administration du groupe, la décision de se dénoncer auprÚs des autorités judiciaires britannique et française visait à mettre le groupe à l'abri d'éventuelles poursuites, notamment américaines, grùce aux dispositions contenues dans les législations britannique (UK Bribery Act) et française (loi Sapin II), selon une source proche du dossier.

Les services de conformité d'Airbus avaient découvert des "inexactitudes et des omissions concernant les informations fournies" aux agences d'assurance-crédit à l'exportation britannique, française et allemande pour qu'elles garantissent certains contrats, explique Airbus dans son rapport financier 2018.

- Commissions de consultants -

Airbus avait notamment relevé en 2013 qu'un certain nombre de transactions effectuées par une entité interne, baptisée Strategy and Marketing Organization (SMO), n'étaient pas conformes. Il avait trouvé des contradictions dans des montants de commissions de consultants et établi fin 2015 que les agents commerciaux dans certaines transactions n'avaient pas été identifiés auprÚs des agences d'aide à l'export.

Le Serious Fraud Office (SFO) a ouvert une enquĂȘte en aoĂ»t 2016, le Parquet national financier (PNF) français Ă  l'Ă©tĂ© de la mĂȘme annĂ©e.

L'annĂ©e suivante, c'Ă©tait au tour du ministĂšre amĂ©ricain de la Justice (DoJ) d'ouvrir Ă  son tour une enquĂȘte relative aux faits dĂ©noncĂ©s auprĂšs du SFO et du PNF. Airbus concluant ses contrats en dollars, la menace d'une condamnation pĂ©nale amĂ©ricaine pouvait s'avĂ©rer dĂ©vastatrice pour l'avionneur. ParallĂšlement, la justice amĂ©ricaine soupçonnait Airbus de n'avoir pas obtenu les autorisations nĂ©cessaires pour exporter des armements contenant des composants amĂ©ricains.

Les accords conclus par Airbus "restent soumis à l'approbation des tribunaux français et britanniques et par le tribunal et le régulateur américains", précise l'avionneur américain.

En France, cette procĂ©dure qui permet de nĂ©gocier une amende sans aller au procĂšs conduit Ă  une convention judiciaire d'intĂ©rĂȘt public (CJIP). Elle a Ă©tĂ© utilisĂ©e pour la premiĂšre fois en 2017 avec la banque HSBC

Cette stratĂ©gie a Ă©tĂ© Ă©prouvĂ©e par le motoriste britannique Rolls-Royce, qui a Ă©tĂ© condamnĂ© dĂ©but 2017 Ă  verser une amende de 763 millions d'euros aux autoritĂ©s judiciaires britanniques, amĂ©ricaines et brĂ©siliennes afin de solder une affaire de corruption Ă  l'Ă©tranger aprĂšs avoir lui-mĂȘme dĂ©noncĂ© les faits au SFO fin 2012.
Sollicités par l'AFP, le SFO et le PNF n'ont pas réagi dans l'immédiat.

AFP

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