Sanctions européennes

Crise migratoire: des ressortissants du Proche-Orient exclus de vols pour le Bélarus

  • PubliĂ© le 12 novembre 2021 Ă  14:48
  • ActualisĂ© le 12 novembre 2021 Ă  14:55
Des migrants campent à la frontiÚre entre la Pologne et le Bélarus, dans la région de Grodno, le 11 novembre 2021

La Turquie a interdit vendredi aux ressortissants de trois pays du Proche-Orient de prendre l'avion pour le Bélarus depuis son sol, sous la pression croissante de l'Europe qui accuse Minsk d'acheminer des migrants à ses portes.

Les ressortissants de l'Irak, de la Syrie et du Yémen ne seront plus autorisés à prendre l'avion pour le Bélarus à partir des aéroports turcs "jusqu'à nouvel ordre", a annoncé la Direction générale de l'aviation turque dans un communiqué. La principale compagnie aérienne du Bélarus, Belavia, a indiqué qu'elle se conformerait à cette restriction.

Cette mesure intervient alors que plusieurs milliers de migrants voulant se rendre en Europe, originaires principalement du Proche-Orient, sont bloqués dans des conditions difficiles à la frontiÚre entre le Bélarus et la Pologne. L'Union européenne accuse Minsk d'orchestrer cet afflux migratoire, en délivrant notamment des visas, pour se venger de sanctions occidentales imposées au régime d'Alexandre Loukachenko l'an dernier aprÚs la brutale répression d'opposants.

Bruxelles s'efforce depuis plusieurs jours d'endiguer ces arrivĂ©es au BĂ©larus en contactant des pays, notamment du Proche-Orient, pour les convaincre d'empĂȘcher les personnes d'embarquer sur des vols Ă  destination de Minsk. La Turquie est le premier pays Ă  prendre une telle mesure. Istanbul, la plus grande ville turque, a deux aĂ©roports internationaux qui font d'elle une plaque tournante majeure du trafic aĂ©rien entre le Proche-Orient et l'Europe.
Ankara a toutefois affirmé jeudi n'avoir "rien à voir" avec la crise migratoire.

- Nouvelles sanctions -

Cette crise en Europe centrale suscite l'inquiétude croissante de la communauté internationale et a fait l'objet jeudi d'une réunion d'urgence au Conseil de sécurité des Nations unies. A l'issue de cette réunion, plusieurs pays, dont les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, ont accusé Minsk de vouloir "déstabiliser les pays voisins" et "détourner l'attention de ses propres violations croissantes des droits humains".

Les relations entre les pays occidentaux et le Bélarus sont fortement tendues. L'an dernier, l'UE et les Etats-Unis avaient infligé une série de sanctions à Minsk aprÚs la répression d'un mouvement de contestation déclenché par la réélection controversée de M. Loukachenko, au pouvoir depuis 1994.
Jeudi, Berlin a appelé à renforcer les mesures punitives contre le Bélarus, évoquant notamment le ciblage de l'industrie de la potasse, cruciale pour l'économie de ce pays.

Bruxelles a indiquĂ© que de nouvelles sanctions Ă©taient attendues la semaine prochaine. Mais fort de l'appui de Moscou, M. Loukachenko a menacĂ© de riposter en fermant les vannes d'un important gazoduc alimentant l'Europe en gaz russe et transitant par le BĂ©larus, au moment oĂč le continent fait dĂ©jĂ  face Ă  des pĂ©nuries. Le Kremlin a toutefois promis vendredi que ses livraisons de gaz Ă  l'Europe se poursuivraient normalement, malgrĂ© la mise en garde de M. Loukachenko.

- FrontiÚre scellée -

Sur le terrain, les migrants sont pris en étau entre les autorités bélarusses qui, selon Varsovie, les contraignent à avancer en tirant parfois des coups de feu en l'air, et les gardes-frontiÚres polonais qui les refoulent sans ménagement. Plus de 2.000 personnes, dont des femmes et des enfants, sont ainsi coincées depuis plusieurs jours dans un camp de fortune du cÎté bélarusse de la démarcation par un froid glacial, allumant des feux pour se réchauffer.
Jeudi, une aide humanitaire d'urgence, notamment des vĂȘtements chauds et des couvertures, a pu ĂȘtre acheminĂ©e Ă  certains migrants, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les rĂ©fugiĂ©s (HCR).

Selon le quotidien polonais Gazeta Wyborcza, 10 migrants sont morts dans cette zone ces derniĂšres semaines.
Une ONG polonaise a déclaré vendredi que trois migrants d'Irak et de Syrie avaient été hospitalisés aprÚs avoir été battus et volés prÚs d'une ville frontaliÚre.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki a accusé le régime de M. Loukachenko de "terrorisme d'Etat" et estimé jeudi que son pays était la cible d'une "guerre d'un genre nouveau", avec des civils utilisés comme "munitions".
Face à l'afflux de personnes à sa frontiÚre, la Pologne, pays membre de l'UE et de l'espace Schengen, y a déployé quelque 15.000 militaires et érigé une clÎture surmontée de fil de fer barbelé.

AFP

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