Le président italien Sergio Mattarella a laissé entendre samedi qu'il désignerait "dans les prochaines heures" un nouveau chef du gouvernement aprÚs la démission de Matteo Renzi, qui sera probablement chargé de réviser la loi électorale avant des élections.
A l'issue de trois jours de consultations intenses avec l'ensemble des forces politiques représentées au Parlement, le chef de l'Etat italien a déclaré qu'il rendrait son verdict "dans les prochaines heures".
Ecartant d'emblĂ©e une dissolution du Parlement, dĂ©fendue par les populistes du Mouvement Cinq Etoiles et de la Ligue du Nord, le prĂ©sident italien a prĂ©venu que l'Italie avait au contraire besoin au plus vite d'un gouvernement "dans la plĂ©nitude de ses fonctions", au moment oĂč la crise bancaire refait surface dans la troisiĂšme Ă©conomie de la zone euro.
Et l'une de ses tĂąches essentielles pourrait ĂȘtre de trouver un accord au Parlement pour "harmoniser" les lois Ă©lectorales en vigueur, faute de quoi l'Italie risquerait la paralysie en cas d'Ă©lections anticipĂ©es.
Une loi votée en mai 2015, baptisée Italicum, prévoit le recours au scrutin majoritaire pour élire la Chambre des députés, alors que le Sénat l'est à la proportionnelle, ce qui éloigne la possibilité de former une coalition stable, au risque de rendre le pays ingouvernable.
Ce n'est qu'une fois cette loi électorale harmonisée, probablement vers davantage de proportionnelle compte tenu du rapport des forces politiques, que des élections pourraient avoir lieu.
C'est le voeu exprimé par le Parti démocrate de Matteo Renzi (PD, centre gauche). "L'objectif est d'aller aux élections dans le délai le plus bref possible", a dit samedi soir le chef du groupe du PD au Sénat, aprÚs sa rencontre avec le chef de l'Etat.
Mais ce dĂ©lai pourrait ĂȘtre assez long, le temps pour les forces politiques de se mettre d'accord, au grand dam du Mouvement Cinq Etoiles (M5S). Ce dernier a plaidĂ© samedi pour un vote dĂšs le dĂ©but de l'annĂ©e prochaine, sans attendre une nouvelle loi Ă©lectorale. Le M5S considĂšre que la Cour constitutionnelle rectifiera fin janvier la loi Ă©lectorale en vigueur pour dĂ©signer les membres de la Chambre, permettant ainsi des Ă©lections sans attendre d'interminables tractations parlementaires.
"Il est impensable que, face au désaveu exprimé par les citoyens italiens à l'encontre de cette classe politique (...), celle-ci puisse encore dilapider l'argent du contribuable dans le but de rediscuter d'une nouvelle loi électorale", a déclaré Giulia Grillo, chef du groupe parlementaire Cinq Etoiles au Sénat, aprÚs son entrevue avec M. Mattarella.
- Solution de continuité -
Dans ce jeu politique, le Parti démocrate, premier parti au Parlement, joue un rÎle pivot et aucune solution ne sera trouvée sans son accord, à commencer par le nom du prochain Premier ministre.
Samedi en fin de matinée, le ministre de l'Intérieur Angelino Alfano, chef d'un petit parti de centre droit membre de la majorité, le NCD, avait défendu le maintien du gouvernement actuel.
Le gouvernement italien "n'est pas un yaourt avec une date de péremption", avait-il déclaré à l'issue de son entretien avec le chef de l'Etat.
Un Renzi-bis semble néanmoins peu probable. Le chef du gouvernement sortant, nettement battu à l'occasion du récent référendum constitutionnel, semble peu disposé à rester au Palais Chigi, le siÚge du gouvernement en Italie.
Cette solution de continuité avait, selon la presse italienne, les faveurs du chef de l'Etat, qui a souligné samedi la nécessité d'avoir un gouvernement pour permettre à l'Italie de faire face à tous ses "engagements et ses échéances" européenne et internationale.
D'autant que la situation délicate dans laquelle se trouve depuis vendredi la BMPS, la troisiÚme banque italienne et la plus ancienne de la planÚte, a accentué la nervosité sur les marchés.
La Banque centrale européenne (BCE) lui a refusé le délai qu'elle lui demandait avant de procéder à une augmentation de capital, ce qui pourrait la contraindre à se tourner vers le gouvernement démissionnaire pour se sortir d'affaires.
Un conseil d'administration de la banque est prévu pour dimanche aprÚs-midi afin de décider de la marche à suivre.
Dans ce contexte, la cote du ministre des Finances Pier Carlo Padoan, dĂ©jĂ favori dans les journaux, pourrait remonter, mais la plupart des commentateurs italiens pariaient samedi sur son collĂšgue des Affaires Ă©trangĂšres, Paolo Gentiloni, un fidĂšle de Matteo Renzi, pour prendre la tĂȘte du gouvernement.
Par Jean-Louis SANTINI - © 2016 AFP
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