Situation humanitaire catastrophique

Dans les hĂŽpitaux du sud de la bande de Gaza, le chaos

  • PubliĂ© le 3 dĂ©cembre 2023 Ă  16:31
  • ActualisĂ© le 3 dĂ©cembre 2023 Ă  19:33
Des médecins prennent en charge une personne blessée dans un bombardement israélien à l'hÎpital Nasser de Khan YounÚs, dans le sud de la bande de Gaza, le 3 décembre 2023

Des proches tiennent les poches de sĂ©rum de blessĂ©s allongĂ©s Ă  mĂȘme le sol, d'autres emportent un corps pour aller l'envelopper dans un linceul. Et, chaque jour affluent de nouveaux blessĂ©s: dans les hĂŽpitaux du sud de la bande de Gaza, c'est le chaos.

AprÚs huit semaines de guerre interrompues par une maigre pause de sept jours, les médecins sont exténués. Ils doivent choisir quand et dans quels services faire tourner les générateurs, dont les réserves de fuel sont quasiment à sec, l'électricité étant coupée dans la bande de Gaza depuis qu'Israël en a ordonné le "siÚge complet".

Aujourd'hui, rapporte l'ONU, "plus aucun hĂŽpital du nord ne peut assurer d'opĂ©ration chirurgicale". Le ComitĂ© international de la Croix-Rouge (CICR) convoie chaque jour les blessĂ©s les plus graves vers le sud oĂč, toujours selon l'ONU, "les douze hĂŽpitaux restants ne sont qu'en partie fonctionnels".

Abdelkarim Abou Warda et Houda viennent d'arriver Ă  bord d'un de ces convois Ă  l'hĂŽpital de Deir al-Balah, dans le sud.

- "Elle ne répond plus" -

Vendredi, quand les hostilités ont repris entre le Hamas, au pouvoir à Gaza, et Israël, l'aviation israélienne a largué une bombe sur leur maison de Jabaliya, l'immense camp de réfugiés du nord.

Houda, neuf ans, a Ă©tĂ© touchĂ©e Ă  la tĂȘte. "Elle a fait une hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale, elle a Ă©tĂ© placĂ©e sous respirateur en soins intensifs", raconte son pĂšre Ă  l'AFP.

Depuis, "elle ne réagit à rien", dit-il en levant les bras de la petite, dont le visage dodeline sans que ses yeux s'ouvrent. "Elle ne me répond plus", répÚte-t-il entre deux sanglots.

Maintenant que le jour se lÚve, les premiÚres priÚres des morts résonnent. Ici, quelques dizaines d'hommes se recueillent devant des sacs mortuaires blancs alignés au sol.

Entre deux grands sacs, un petit linceul est logé, celui d'un enfant qu'on garde prÚs de ses parents, jusque dans la mort.

Des femmes en larmes s'accroupissent pour toucher une derniÚre fois un visage, embrasser un proche parti avant que des hommes ne chargent précautionneusement des corps à l'arriÚre d'un pick-up. "C'est Adam qui part, et là, Abdallah", lance une femme en sanglots.

A l'hĂŽpital Nasser de Khan YounĂšs, le plus grand du sud de la bande de Gaza, c'est le mĂȘme engorgement.

Le patron de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a évoqué dimanche cet hÎpital, disant "ne pas pouvoir trouver de mots assez forts" pour décrire la situation.

Ici aussi, on reçoit les Ă©vacuĂ©s des hĂŽpitaux du nord, oĂč, en plus des frappes venues des airs, de la mer et de l'artillerie postĂ©e en territoire israĂ©lien, des combats au sol ont lieu jusque dans des hĂŽpitaux.

- "J'ai vu la bombe tomber" -

Les frappes, qui ont fait selon le gouvernement du Hamas plus de 15.200 morts -- dont 280 soignants -- depuis qu'elles ont débuté le 7 octobre, en représailles à l'attaque sanglante du Hamas en Israël qui a fait 1.200 morts selon Israël, se concentrent désormais sur Khan YounÚs.

Chaque jour désormais, l'armée israélienne avertit dans des tracts largués sur certains quartiers qu'une "terrible attaque est imminente" et ordonne aux habitants d'en partir.

Chaque jour aussi, ces avertissements se rapprochent du quartier de l'hĂŽpital.

A chaque explosion qui secoue la ville, affluent de nouveaux blessés, de nouveaux mutilés et de nouveaux corps parfois sans personne pour les identifier.

Alors, en courant, des brancardiers poussent une civiÚre encore tachée de sang pour aller chercher les derniers arrivés, souvent dans des voitures de particuliers car les ambulances n'ont plus le temps de sortir.

Dans les couloirs, familles, blessĂ©s, soignants se poussent pour approcher des lits. D'autres glissent un pull ou un T-shirt sous la tĂȘte d'un blessĂ© allongĂ© Ă  mĂȘme le carrelage froid, maculĂ© de sang.

Les blessés ont le visage crayeux, certains sont trop faibles pour crier leur douleur.

Ehab al-Najjar, lui, laisse éclater sa colÚre. "Je suis rentré chez moi et j'ai vu la bombe tomber sur notre maison ; des femmes, des enfants sont morts, qu'est-ce qu'ils ont fait pour mériter ça?", hurle-t-il, avant de se lancer dans une longue diatribe contre les dirigeants arabes et la communauté internationale.

 AFP

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