Des militaires mis en cause

Des enquĂȘteurs sur les traces d'un trafic d'armes "exceptionnel"

  • PubliĂ© le 17 janvier 2021 Ă  15:08
  • ActualisĂ© le 17 janvier 2021 Ă  16:07
Dix hommes ont été mis en examen pour "acquisition, détention, cession et transport en réunion "de catégories A et B", soit des armes de guerre et de poing, et "association de malfaiteurs"

AprĂšs le dĂ©mantĂšlement cette semaine en France d'un trafic d'armes "exceptionnel" mettant en cause des militaires, les enquĂȘteurs doivent Ă©tablir le cheminement prĂ©cis de ces armes qui auraient Ă©tĂ© revendues Ă  des trafiquants de drogue et des sympathisants de l'ultradroite.

ArrĂȘtĂ©s mardi lors d'un coup de filet en Ile-de-France, dans le Sud et l'Est, dix hommes ĂągĂ©s de 25 Ă  57 ans ont Ă©tĂ© mis en examen vendredi et samedi pour "acquisition, dĂ©tention, cession et transport en rĂ©union d'armes de catĂ©gories A et B", soit des armes de guerre et de poing, et "association de malfaiteurs".

Ce réseau présumé compte deux militaires de 31 ans - l'un travaille au ministÚre de la Défense, le second est affecté sur une base dans l'Est -, d'anciens militaires, des collectionneurs. Certains d'entre eux sont soupçonnés de graviter dans la "mouvance de l'ultradroite", selon l'accusation.

Le stock d'armes et de munitions saisi par les enquĂȘteurs est "tout Ă  fait exceptionnel", a considĂ©rĂ© la reprĂ©sentante du ministĂšre public samedi lors d'une audience devant un juge des libertĂ©s de la dĂ©tention (JLD) qui a ordonnĂ© cinq placements en dĂ©tention provisoire. Quatre autres suspects ont Ă©tĂ© incarcĂ©rĂ©s en attendant de passer devant un JLD et un dixiĂšme homme de 25 ans a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© sous contrĂŽle judiciaire. "Plusieurs tonnes d'armes et de munitions ont Ă©tĂ© saisies et une cache d'armes a Ă©tĂ© dĂ©couverte lors des perquisitions", selon Le Monde.

Certains des suspects sont soupçonnĂ©s d'avoir rachetĂ© auprĂšs de collectionneurs privĂ©s des fusils d'assaut, des pistolets automatiques, des fusils mitrailleurs rendus inopĂ©rants, selon TF1. "Cet arsenal Ă©tait ensuite rendu Ă  nouveau actif, remilitarisĂ©, avant d'ĂȘtre revendu au marchĂ© noir aux plus offrants", a affirmĂ© la chaine.

- Connexions avec le crime organisé -

Une information judiciaire, confiée à un magistrat instructeur de la juridiction interrégionale spécialisée de Paris, avait été ouverte le 25 juin 2020. "C'est un dossier qui est allé relativement vite, les investigations ont permis de conforter les éléments d'un renseignement initial et d'élargir le cercle" pour aboutir sur "un trafic particuliÚrement actif d'armes", a précisé la magistrate du parquet. "Des investigations poussées ont été menées avec des interceptions téléphoniques, des surveillances" pendant plusieurs mois, a-t-elle détaillé.

Des transactions ont été réalisées réguliÚrement, pendant plusieurs années, entre l'équipe et des collectionneurs ou des narcotrafiquants. "On sait comment peut se traduire la détention de telles armes pour le crime organisé", a ajouté la procureure.

Les armes saisies vont ĂȘtre analysĂ©es pour dĂ©terminer leur provenance et leur potentielle utilisation dans des crimes ou des dĂ©lits. Les enquĂȘteurs doivent Ă©galement Ă©tablir si un projet d'action violente Ă©tait en cours avec ces armes. "J'Ă©tais dans mon coin, Ă  la campagne, je faisais ma collection d'armes, je ne rĂ©alisais pas que des armes finissaient dans les citĂ©s", a affirmĂ© devant le JLD un des suspects, un trentenaire habitant dans le sud, pĂšre de deux enfants.

Trois revolvers ont Ă©tĂ© saisis chez lui. D'aprĂšs l'enquĂȘte, il Ă©tait surtout intĂ©ressĂ© par des "pistolets militaires". Lui affirme avoir rompu tout contact avec les autres membres du rĂ©seau depuis trois ans.

"Quand les enquĂȘteurs m'ont parlĂ© de rĂšglements de comptes, c'est lĂ  que j'ai pris conscience. Je leur ai dit oĂč les armes Ă©taient cachĂ©es, chez mon voisin", a expliquĂ© un Ă©lectricien travaillant au Luxembourg.

Au domicile de ce pĂšre de famille de 33 ans, cheveux chĂątain coupĂ©s ras et doigts tatouĂ©s, les enquĂȘteurs ont trouvĂ© des Ă©lĂ©ments "inquiĂ©tants" suggĂ©rant son appartenance Ă  l'ultradroite.

L'un des militaires, nĂ© en Angola, "conteste toute participation Ă  ce trafic d'armes et toute appartenance Ă  la mouvance d'extrĂȘme droite", a indiquĂ© Ă  l'AFP son avocat, Me Yassine Yakouti. "C'est un soldat dĂ©corĂ© et extrĂȘmement bien notĂ© par sa hiĂ©rarchie", a-t-il ajoutĂ©.

Les mis en cause n'ont pas d'antécédents judiciaires, "ont des bases familiales solides, une situation professionnelle", selon la procureure. "Sur le papier, c'est lisse, mais dans les faits, ce sont essentiellement des armes connues pour leur particuliÚre dangerosité qui sont recherchées", a-t-elle rappelé.

AFP

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