Déjà mise en cause dans l'affaire Business France, la ministre du Travail Muriel Pénicaud fait face à un nouveau front, aprÚs les révélations sur une plus-value boursiÚre de plus de un million d'euros qu'elle a réalisée lors de son passage chez Danone.
Une pratique certes légale mais qui entache son image, en plein débat sur la moralisation de la vie politique et sur fond de polémique sur les coupes budgétaires annoncées par l'exécutif. AprÚs sa mise en cause dans l'affaire des conditions d'attribution d'un contrat pour l'organisation d'un déplacement d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'Economie, à Las Vegas en 2016, date à laquelle elle dirigeait Business France, la polémique sur ses gains parasite aussi sa mission: la mise en oeuvre rapide de la réforme du code du travail, mesure phare du quinquennat Macron.
La publication jeudi de la dĂ©claration d'intĂ©rĂȘts de Mme PĂ©nicaud par la Haute autoritĂ© pour la transparence de la vie publique (HATVP), rĂ©vĂ©lant qu'elle a touchĂ© une somme de 4,74 millions d'euros net entre 2012 et 2014, alors qu'elle Ă©tait directrice des ressources humaines chez Danone, a attisĂ© la polĂ©mique lancĂ©e par des Ă©lus de gauche.
"Qu'est-ce qui va le plus entacher la confiance dans la vie publique, est-ce que c'est les histoires d'indemnités, nos notes de restaurant ou machin..., ou le +Pénicaudgate+ qui se dessine?", s'est exclamé l'Insoumis François Ruffin devant l'Assemblée Nationale vendredi.
"Ăa devient ministre du Travail et ça vient dire qu'il faut plafonner les indemnitĂ©s prud'homales plutĂŽt que de plafonner les stocks-options. S'il y a quelque chose qui doit scandaliser aujourd'hui, (...) qui entache la confiance dans l'action publique, c'est bien cela", a ajoutĂ© M. Ruffin, lors de l'examen d'un amendement visant Ă encadrer les Ă©carts de rĂ©munĂ©ration dans les entreprises, dans le cadre des dĂ©bats sur les textes pour la "confiance dans la vie politique".
Vice-président LR d'Ile-de-France, Geoffroy Didier a appelé à questionner la "légalité" plutÎt que la "morale" des faits reprochés à Muriel Pénicaud, tandis que Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) a demandé "la démission" de la ministre.
- "Dépasse l'entendement" -
Sur RMC et BFM-TV, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de FO Jean-Claude Mailly a qualifiĂ© vendredi de "choquantes" les "sommes" avancĂ©es, mais pour lui "le problĂšme de fond derriĂšre tout ça, c'est le mode de rĂ©munĂ©ration des dirigeants des grandes entreprises? qui doit ĂȘtre "revu". MĂȘme avis pour son homologue Ă la CFDT, Laurent Berger, qui dĂ©plore un "niveau de rĂ©munĂ©ration des dirigeants de certaines entreprises qui dĂ©passe l'entendement.?
Jeudi, les sĂ©nateurs communistes avaient accueilli la ministre dans l'hĂ©micycle en brandissant un exemplaire du quotidien l'HumanitĂ©, qui a rĂ©vĂ©lĂ© le jour mĂȘme comment Mme PĂ©nicaud a rĂ©alisĂ© une plus-value de 1,13 million d'euros en 2013 alors qu'un plan social frappait 900 salariĂ©s du groupe agroalimentaire.
"Chacun a le droit d'avoir et d'exprimer son avis sur le niveau de rémunération", s'est défendue Mme Pénicaud dans Le Figaro. "En revanche soyons clairs, l'attribution du plan de stock-options évoqué dans la presse est bien antérieure à l'annonce du plan de départs volontaires, et n'a aucun lien avec ce dernier. Je ne peux donc que regretter ces amalgames", a-t-elle ajouté, reprenant les termes de sa défense la veille au Sénat.
La présidente du groupe communiste, Eliane Assensi, l'avait accusé d'avoir réalisé une plus-value "grùce à une flambée boursiÚre en faveur de Danone suite à l'annonce de la suppression de 900 emplois".
"Nous sommes ici pour fabriquer la loi, non pour répandre des approximations démagogiques à propos de personnes singuliÚres", lui avait rétorqué la ministre, indirectement prise à partie aussi par plusieurs autres élus communistes, insoumis ou socialistes.
Vendredi, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a cherché à dégonfler la polémique en estimant que le cours des actions de Danone ayant monté depuis, la ministre n'avait "finalement pas fait une bonne affaire".
AFP
