Menaces sur les abeilles

Deux nouveaux pesticides sur la sellette devant la justice

  • PubliĂ© le 23 novembre 2017 Ă  22:48
  • ActualisĂ© le 24 novembre 2017 Ă  06:02
L'association Générations Futures a bataillé à Nice pour obtenir du tribunal administratif le gel de l'autorisation de vente de deux nouveaux pesticides en raison des risques pour la santé des abeilles

"Principe de précaution" contre "expertise": l'association Générations Futures a bataillé jeudi à Nice pour obtenir du tribunal administratif le gel de l'autorisation de vente de deux nouveaux pesticides du fabricant américain Dow en raison des risques pour la santé des abeilles.


"Il y a un doute, un doute sérieux, et urgence", a plaidé à l'audience Me François Lafforgue, l'avocat de Générations Futures qui a attaqué en référé l'autorisation de mise sur le marché délivrée le 27 septembre par l'Anses, l'Agence nationale de sécurité sanitaire. Le tribunal a prévu de se prononcer vendredi.

Les deux pesticides visés, le Transform et le Closer, servent à traiter contre les pucerons les cultures de grands champs et les fruits et légumes grùce à une substance active, le sulfoxaflor, que le fabricant recommande d'épandre à raison d'une seule dose par an, et pas moins de cinq jours avant la floraison.

L'avocat de GĂ©nĂ©rations Futures, aprĂšs avoir rappelĂ© le dĂ©clin alarmant des abeilles depuis 20 ans liĂ© notamment aux pesticides de la famille des nĂ©onicotinoĂŻdes en passe d'ĂȘtre interdits, a plaidĂ© pour le principe de prĂ©caution: "Il s'applique lorsque le risque est Ă©tabli".
Il a aussi dĂ©noncĂ© "un contournement de la loi": "Le sulfoxaflor devrait ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un nĂ©onicotinoĂŻde malgrĂ© les affirmations contraires des fabricants", le Transform et le Closer "ne sont que des nĂ©onicotinoĂŻdes d'une nouvelle gĂ©nĂ©ration".

Un "amalgame" dénoncé par les avocats du fabricant, Mes Julien Moiroux et Eric Nigri, qui ont critiqué "une présentation manichéenne" et rappelé que le sulfoxaflor était autorisé dans 41 pays, dont le Canada, les Etats-Unis et l'Afrique du Sud.

- "Reproduire les mĂȘmes erreurs" -

Pour l'association, Me Lafforgue a aussi mis en doute le mode d'emploi prĂ©vu par Dow pour limiter le risque pour les abeilles, aux mesures "pas suffisantes et inapplicables" selon lui. "Qui dĂ©termine quand est la floraison? Quelle est la floraison des cultures? Est-ce uniforme, toutes les plantes le mĂȘme jour ou est-ce qu'il y a parmi ces plantes des mauvaises herbes ou des plantes qui fleurissent Ă  d'autre moment et que les abeilles vont butiner? Est-ce qu'on peut faire un contrĂŽle efficace?", a-t-il interrogĂ©.

"Nous sommes tous préoccupés du sort des abeilles et la façon dont nous délivrons les autorisations de mises sur le marché visent à réduire le risque", a répondu la directrice générale adjointe de l'Anses, Françoise Weber, venue défendre en personne les autorisations signées de sa main en septembre.

Le sulfoxaflor "est un produit qui persiste 2 Ă  4 jours dans le sol (...), qui se dĂ©grade trĂšs rapidement sur les plantes. Et mĂȘme le rĂ©sidu sec n'est pas toxique pour les abeilles" tandis que "les principaux nĂ©onicotinoĂŻdes, c'est 200 Ă  500 jours", a-t-elle justifiĂ©. L'Anses a depuis reçu de nouvelles donnĂ©es complĂ©mentaires que les ministĂšres de l'Agriculture et de la Transition Ă©cologique lui ont demandĂ© en octobre d'Ă©tudier mais qui n'augurent pas d'un retrait de l'autorisation de commercialisation, au contraire. "Nous avons fait une premiĂšre lecture et il n'y a aucun Ă©lĂ©ment d'alerte qui nous amĂšnerait Ă  retirer l'autorisation de mise sur le marchĂ©, sans pour autant conclure", a indiquĂ© Mme Weber.

L'audience se déroulait au tribunal administratif de Nice en raison de la localisation géographique du siÚge social de Dow Agrosciences: la branche phytosanitaire du groupe Dow Chemicals en cours de fusion avec le géant américain Dupont est à Sophia Antipolis.
Sous réserve de publication du décret d'application, les néonicotinoïdes seront en sursis en France à partir du 1er septembre 2018, conformément à la loi biodiversité de 2016 qui prévoit leur interdiction avec des dérogations possibles au cas par cas jusqu'en juillet 2020.

Me Lafforgue a rappelĂ© qu'ils Ă©taient prĂ©sentĂ©s dans les annĂ©es 1990 comme une solution miracle et inoffensifs: "On est en train de reproduire les mĂȘmes erreurs".

AFP

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