France

Devant son public parisien, Cantat dénonce les "censures"

  • PubliĂ© le 8 juin 2018 Ă  06:26
  • ActualisĂ© le 8 juin 2018 Ă  07:15
Bertrand Cantat lors d'un de ses concerts Ă  La Rochelle, le 1er mars 2018

C'est un Bertrand Cantat en voix et remonté contre les "censures", les "intimidations", les "journalistes" et "Bolloré", propriétaire de l'Oympia, qui a donné jeudi soir son unique concert parisien, précédé d'une manifestation d'une poignée de féministes.


Ce concert électrique et puissant a été donné dans un Zénith à moitié rempli (3.000 spectateurs environ), aprÚs l'annulation des deux concerts prévus en mai à l'Olympia, la salle craignant des "risques sérieux de troubles à l'ordre public".L'ex-leader de Noir Désir, condamné pour la mort en 2003 de sa compagne Marie Trintignant, s'en est pris à la presse aprÚs seulement deux chansons.
"Merci Ă  vous d'ĂȘtre lĂ  malgrĂ© tout", lĂąche-t-il, avant de s'en prendre Ă  "ceux qui ne sont pas lĂ  pour des bonnes raisons". Visant les journalistes, le chanteur de 54 ans ajoute : "Vous avez quelque chose contre moi. Si certains sont en train de jubiler, il y a aucune limite Ă  quel point je vous emmerde..."

DÚs le morceau suivant, il attaque la famille "Bolloré", propriétaire de Vivendi et donc à la fois de Barclay, sa maison de disques, et de l'Olympia. Plus tard, il y revient : "Bolloré, que j'emmerde...", glisse-t-il sous les applaudissements, semblant rompre les ponts avec le producteur historique de Noir Désir.

- "Best of" Noir désir -

Ses gentillesses, il les rĂ©serve pour le public, oĂč les femmes sont aussi nombreuses que les hommes : "Je vous aime, ça c'est sĂ»r", dit-il avant d'ajouter plus tard : "Merci d'ĂȘtre lĂ , malgrĂ© toutes les intimidations, toutes les censures, toute la saloperie depuis octobre...."
Cantat, reparti sur les routes depuis mars, pour la premiÚre fois sous son seul nom aprÚs le succÚs de la tournée en 2014 avec le groupe Détroit, vide son sac. Face à un public acquis à la cause d'un rockeur toujours aussi impressionnant sur scÚne, soutenu avec efficacité par cinq musiciens.

La seconde partie du show, aux airs de "best of" de Noir Désir ("Tostaky", "Ici Paris", "L'homme pressé", "MarlÚne", "Comme elle vient"), met la salle en ébullition. Et rend visiblement heureux un chanteur qui s'éclipse au bout de deux heures sur un énigmatique "Merci pour tellement d'années..."

Ce concert parisien constituait l'un des temps forts de cette tournée entamée en mars, marquée par des manifestations et annulations, notamment des concerts prévus en festivals.

Devant le ZĂ©nith, comme devant d'autres salles auparavant, des organisations de dĂ©fense des droits des femmes avaient appelĂ© Ă  un rassemblement, qui n'a finalement rĂ©uni qu'une quinzaine de manifestants. Certains brandissaient des banderoles comme "Pas d'honneur pour les tueurs" ou "Marie Trintignant ne sera plus jamais applaudie", d'autres des photos de l'actrice morte sous les coups de son compagnon."On ne peut pas dissocier l'homme de l'artiste puisque l'oeuvre mĂȘme d'un artiste, il y met de sa personne", a estimĂ© Marion Georgel, une porte-parole de l'association.

- "On a le droit" -

"Il a le droit d'ĂȘtre lĂ , et nous aussi on a le droit !", a pour sa part indiquĂ© GaĂ«lle, 40 ans, une fan de longue date.
"Je pars du principe que le droit Ă  l'oubli c'est important. C'est son mĂ©tier de chanter, c'est ça qu'on oublie", renchĂ©rit Camille, 28 ans, pour qui le voir en concert "n'empĂȘche pas d'ĂȘtre fĂ©ministe"."Je n'ai aucune raison juridique d'empĂȘcher Bertrand Cantat de chanter", rappelait Daniel Colling, le patron du ZĂ©nith. Lequel, en tant que responsable du Printemps de Bourges, avait programmĂ© le rappeur Orelsan en 2009 quand d'autres festivals y avaient renoncĂ© suite Ă  des textes jugĂ©s misogynes.

Libéré en 2007 aprÚs avoir purgé plus de la moitié de sa peine de huit ans, le chanteur bordelais a progressivement repris son activité artistique à partir de 2010.

MalgrĂ© le succĂšs de la tournĂ©e avec DĂ©troit il y a quatre ans, la sortie de son album solo, fin 2017, s'est faite sur fond de polĂ©mique, Ă  la suite d'une couverture des Inrocks parue en pleine tempĂȘte Weinstein.Une "une" dont Cantat s'est excusĂ© sur Facebook. Dans ce message, il Ă©voquait aussi son "droit Ă  exercer (son) mĂ©tier", tout en "renouvelant" sa "compassion" Ă  la famille et aux proches de Marie" Trintignant.

AFP

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