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Dior: quand la broderie raconte la haute couture

  • PubliĂ© le 24 janvier 2022 Ă  20:42
  • ActualisĂ© le 25 janvier 2022 Ă  05:41
Défilé Dior haute couture à Paris, le 24 janvier 2022

Des tenues épurées agrémentées de broderies: Dior célÚbre cet artisanat dans la collection haute couture présentée lundi à Paris dans un décor multicolore, lui aussi brodé par des jeunes femmes indiennes.

"Je suis obsédée par la broderie, c'est trÚs personnel, je suis italienne, une partie de ma famille vit dans le sud, j'ai tout le temps vu les femmes broder, ma grand-mÚre, mes tantes, ma mÚre... J'ai toujours été fascinée, c'est tout un langage à travers lequel les femmes s'expriment", confie à l'AFP Maria Grazia Chiuri, directrice artistique des collections femme.

Un body gĂ©omĂ©trique gris portĂ© sur un collant noir avec des chaussettes grises et chaussures noires, le tout moulant et brodĂ©: cette obsession s'impose dĂšs le premier look du dĂ©filĂ©, comme si on avait brodĂ© le corps lui-mĂȘme.

Le savoir-faire est séculaire mais l'approche est innovante: on n'ornemente pas les robes en les brodant, elles sont conçues entiÚrement par la broderie, pratiquement sans coutures.

AprĂšs la derniĂšre collection prĂȘt-Ă -porter trĂšs colorĂ©e, celle-ci se dĂ©cline en grande partie dans des nuances de blanc et de gris. Les broderies d'une extrĂȘme sophistication sont aussi monochromes, avec beaucoup de ton sur ton.

La silhouette s'allonge et se simplifie, s'Ă©loignant de la ligne cintrĂ©e de Dior vers plus d'Ă©pure. Dans le mĂȘme esprit, les coiffures sont lisses, chignons bun ou carrĂ©, le maquillage nude avec un trait de liner blanc sous la paupiĂšre infĂ©rieure.

Les vestes sans doublures sont traitées en "double face", une technique consistant à ouvrir le premier tissu et à insérer l'autre dedans, faisant aussi écho à celle de la broderie.

- 380 brodeuses Ă  Bombay -

La palette sobre des robes contraste avec l'exubĂ©rance du dĂ©cor multicolore et saturĂ© au musĂ©e Rodin, oĂč se dĂ©roule le dĂ©filĂ© qui met en lumiĂšre et fait dialoguer les artisanats français et indien.

Le décor reproduit en broderies des oeuvres du couple d'artistes indiens Madhvi Parekh et Manu Parekh, en mettant en valeur la dichotomie masculin/féminin, l'art contemporain abstrait pour lui, naïf pour elle.

C'est la troisiĂšme fois que le dĂ©cor pour les dĂ©filĂ©s haute couture de Dior est produit par l'Ă©cole Chanakya Ă  Bombay (Inde), oĂč les Ă©tudiantes apprennent environ 700 gestes nĂ©cessaires pour devenir maĂźtre artisan, chose rare dans un pays oĂč ce mĂ©tier se transmet de pĂšre en fils.

Ces collaborations s'inscrivent dans la dĂ©marche fĂ©ministe de Maria Grazia Chiuri. Elle envisageait au dĂ©part de faire venir les brodeuses Ă  Paris pour le dĂ©filĂ©, un projet empĂȘchĂ© par le contexte sanitaire. "C'est un honneur pour elles d'avoir cette visibilitĂ© internationale", dĂ©clare Ă  l'AFP Karishma Swali, fondatrice et directrice de l'Ă©tablissement.

Au terme d'une formation de 18 mois, elles mettent ainsi en oeuvre ce qu'elles ont appris. "C'est une opportunitĂ© incroyable dont elles ne pouvaient mĂȘme pas rĂȘver", ajoute-t-elle.

L'installation au musée Rodin, qui sera ouverte ou public dans la semaine suivant le défilé, a été réalisée par 380 brodeuses pendant 3 mois.

Une façon de plus pour Maria Grazia Chiuri de prouver que l'artisanat est un art et la haute couture un projet culturel international. De nombreuses piÚces de la collection sont également brodées dans l'école Chanakya. "Il est trÚs important de parler de l'artisanat, c'est crucial pour la haute couture. Nous devons montrer le lien entre le travail artistique et artisanal, ce dernier étant considéré comme moins important dans certains pays" comme l'Italie ou l'Inde, souligne-t-elle.

Pour Maria Grazia Chiuri, cette réflexion devient vitale depuis la pandémie. "Personne ne sait encore combien d'entreprises ne survivront pas à la crise et combien on perdra de capacités créatives. Ce ne sont pas des ouvriers facilement remplaçables. Il est prioritaire pour Dior de les soutenir", conclut-elle.

AFP

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