Donald J.Trump prĂȘte serment vendredi sur les marches du Capitole, au coeur de Washington, pour succĂ©der Ă Barack Obama et devenir le 45e prĂ©sident des Etats-Unis, incroyable Ă©pilogue d'une campagne anti-Ă©lites qui a pris tout le monde Ă revers.
A 70 ans, sans la moindre expĂ©rience politique, diplomatique ou militaire, le magnat de l'immobilier s'apprĂȘte Ă prendre les rĂȘnes de la premiĂšre puissance mondiale sous le regard inquiet des alliĂ©s des Etats-Unis, Ă©chaudĂ©s par ses dĂ©clarations tonitruantes, parfois contradictoires.
AprÚs une nuit à Blair House, résidence réservée aux hÎtes de marque située en face de la Maison Blanche, Donald Trump et son épouse Melania devaient partager un thé avec Barack et Michelle Obama avant de se rendre ensemble au Capitole.
Des centaines de milliers d'Américains, partisans enthousiastes et farouches opposants, sont attendus sur les larges pelouses du National Mall qui lui fait face. Trois de ses prédécesseurs - Jimmy Carter, George W. Bush, Bill Clinton - seront présents, ainsi qu'Hillary Clinton, son adversaire malheureuse.
"Je jure solennellement de remplir fidĂšlement les fonctions de prĂ©sident des Etats-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protĂ©ger et dĂ©fendre la Constitution des Etats-Unis": peu avant midi (17h00 GMT), l'homme d'affaires prĂȘtera serment, comme l'ont fait avant lui George Washington, Franklin D. Roosevelt ou encore John F. Kennedy.
Il a choisi pour ce faire deux bibles: la sienne, qui lui a été offerte par sa mÚre en 1955, et celle d'Abraham Lincoln, sauveur de l'Union, également utilisée par Barack Obama il y a quatre ans.
AprÚs le temps de la campagne (17 mois) et celui de la transition (deux mois et demi), voici venu celui de l'exercice du pouvoir (quatre ans) pour cet ancien animateur d'une émission de téléréalité qui a promis de "rendre sa grandeur à l'Amérique" mais fait face à un pays fracturé, tant son style et ses propos, volontiers provocateurs, divisent.
"Nous allons rassembler notre pays", a-t-il promis jeudi.
- Niveau d'impopularité record -
Dans une journée chargée en rituels dont l'Amérique est friande, le 45e président de l'histoire américaine prononcera ensuite un discours d'investiture moins en forme de programme que de "vision", assure son entourage.
La cérémonie, qui sera suivie en direct à travers le monde, aura un goût de revanche pour l'homme d'affaires à la coiffure étonnante dont l'annonce de candidature avait été accueillie par des ricanements, chez les républicains comme chez les démocrates.
Son équipe annonce pour le début de la semaine prochaine une série de décrets visant à défaire une partie du bilan de son prédécesseur démocrate (climat, immigration...) et à ébaucher le sien. Il pourrait en signer quelques-uns dÚs vendredi.
La tĂąche s'annonce ardue pour l'auteur du best-seller "The Art of the Deal" qui a promis, avec un sens de la formule qui enchante ses partisans et consterne ses dĂ©tracteurs, d'ĂȘtre "le plus grand crĂ©ateur d'emplois que Dieu ait jamais créé".
La constitution de ses Ă©quipes a Ă©tĂ© difficile tant la victoire a pris le camp rĂ©publicain par surprise. Du fonctionnement quotidien de la Maison Blanche, Ă©norme administration, aux interactions avec les autres agences, les premiĂšres semaines pourraient ĂȘtre chaotiques.
Et jamais depuis 40 ans un président américain n'avait pris le pouvoir avec un niveau d'impopularité aussi élevé.
Par ailleurs, selon une étude du Pew Research Center publiée jeudi, 86% des Américains jugent que le pays est plus politiquement divisé que par le passé (ce chiffre était de 46% lorsque Barack Obama est arrivé au pouvoir en 2009).
- Obama s'envole pour la Californie -
Ceux qui espéraient que la fonction change l'homme ont été déçus.
GrĂące Ă Twitter, le septuagĂ©naire continue de rĂ©gler quotidiennement ses comptes avec ceux qui ont Ă©mis des critiques Ă son Ă©gard, de John Lewis, figure du mouvement des droits civiques, Ă l'actrice Meryl Streep, accusĂ©e d'ĂȘtre le "larbin" d'Hillary Clinton.
"Il semble vouloir se battre contre tous les moulins à vent de la terre plutÎt que de se concentrer sur le fait d'endosser le poste le plus important au monde", a résumé d'une formule assassine le sénateur républicain John McCain, l'une des rares voix dissidentes au sein du Grand Old Party.
Résultat, l'opposition démocrate fourbit ses armes, et des dizaines d'élus boycotteront la cérémonie. Plusieurs manifestations sont également prévues vendredi et samedi.
Sur la scÚne internationale, le bouillant promoteur immobilier a déjà décoché ses flÚches à l'encontre de la Chine, de l'Otan ou encore de la chanceliÚre allemande Angela Merkel.
Or c'est sur ce front que son mandat Ă venir suscite les plus grandes interrogations.
Les dirigeants de la planĂšte s'interrogent sur la valeur exacte Ă accorder Ă ses dĂ©clarations quand les responsables qu'il a nommĂ©s - Ă la tĂȘte du dĂ©partement d'Etat ou du Pentagone - prennent des positions apparemment inverses, comme sur la Russie de Vladimir Poutine ou l'accord nuclĂ©aire iranien.
Juste aprÚs la cérémonie, Barack Obama, 55 ans, s'envolera directement pour la Californie pour ses premiÚres vacances en famille d'ex-président.
AprĂšs huit annĂ©es au pouvoir, le prĂ©sident dĂ©mocrate qui a surmontĂ© une crise Ă©conomique et financiĂšre qui menaçait de tout emporter sur son passage a indiquĂ© qu'il entendait rester Ă l'Ă©cart de la "mĂȘlĂ©e" pour laisser son successeur gouverner.
Mais il a aussi promis, lors de son ultime conférence de presse mercredi, de sortir du bois si "les valeurs fondamentales" de l'Amérique, de l'immigration à la liberté d'expression, étaient menacées.
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- De Niro, Moore et des milliers de New Yorkais ont manifesté contre Trump, jeudi -
De Robert de Niro à Cher en passant par Michael Moore et Alec Baldwin, une brochette de célébrités a manifesté jeudi soir avec des milliers de New-Yorkais, appelés à se mobiliser contre Donald Trump à la veille de son investiture à Washington.
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- La presse française inquiÚte -
Ce vendredi matin, la presse française titrait sur ce jour historique. Jamais, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, une transition entre deux présidents aux Etats-Unis n'aura autant stupéfait -et inquiété- le monde, tant les déclarations du futur occupant de la Maison-Blanche ont été contradictoires", assÚne Jacques Hubert-Rodier, dans Les Echos
"VoilĂ le problĂšme avec le nouveau locataire de la Maison Blanche: on en est rĂ©duit Ă imaginer non pas ce qu'il fera, mais ce qu'il pourrait faire. Et mĂȘme le pire de ce qu'il pourrait faire", renchĂ©rit David Carzon, de LibĂ©ration. "Trump reste et restera imprĂ©visible", dĂ©plore l'Ă©ditorialiste.
AFP






