Le rĂ©publicain Donald Trump est devenu le 45e prĂ©sident des Etats-Unis aprĂšs avoir prĂȘtĂ© serment sur la bible vendredi devant le Capitole Ă Washington. Il a ensuite signĂ© un premier dĂ©cret contre la loi "Obamacare" emblĂ©matique de son prĂ©dĂ©cesseur, engageant la politique de rupture prĂ©sentĂ©e plus tĂŽt au monde dans un discours aux accents populistes et nationalistes.
ArrivĂ© Ă la Maison Blanche en fin d'aprĂšs-midi, l'homme d'affaires rĂ©publicain de 70 ans succĂšde Ă la tĂȘte de la premiĂšre puissance mondiale au dĂ©mocrate Barack Obama, 55 ans, sous le regard inquiet des alliĂ©s des Etats-Unis.
AprÚs sa prestation de serment et son discours au Capitole en milieu de journée, il a assisté au défilé traditionnel suivant l'investiture des présidents américains, puis a rapidement signé son premier décret en début de soirée, dans le Bureau ovale.
Il y ordonne à son administration d'accorder le plus d'exemptions possibles à la réforme du systÚme de santé de 2010, détestée des conservateurs pour son coût et sa lourdeur, en attendant son abrogation par le CongrÚs.
Avant de dormir pour la premiÚre fois à la Maison Blanche, le milliardaire devait encore participer à trois grands bals dans la capitale fédérale.
Quelques heures plus tĂŽt, main gauche sur la Bible, main droite levĂ©e, le magnat de l'immobilier, qui arrive au pouvoir sans la moindre expĂ©rience politique, diplomatique ou militaire, avait prĂȘtĂ© serment en plein air, sur les marches du Capitole.
"Je jure solennellement de remplir fidÚlement les fonctions de président des Etats-Unis et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis", a-t-il déclaré.
Ceux qui espĂ©raient dĂ©couvrir un "prĂ©sident Trump" profondĂ©ment diffĂ©rent du "candidat Trump" ont Ă©tĂ© déçus: le septuagĂ©naire a entamĂ© son mandat sur la mĂȘme tonalitĂ©, promettant de "rendre le pouvoir au peuple".
"A compter d'aujourd'hui, ce sera l'Amérique d'abord et seulement l'Amérique!", a lancé le magnat en énonçant "deux rÚgles simples: acheter américain et embaucher américain".
"Ensemble, nous rendrons sa force à l'Amérique. Nous rendrons sa richesse à l'Amérique. Nous rendrons sa fierté à l'Amérique. Nous rendrons sa sécurité à l'Amérique. Et, oui, nous rendrons sa grandeur à l'Amérique", a-t-il conclu, brandissant le poing, image surprenante dans ce contexte.
- Plus de 200 interpellations -
La cérémonie, suivie en direct par des millions de personnes à travers le monde, avait un goût de revanche pour celui dont l'annonce de candidature, en juin 2015, avait été accueillie par des ricanements.
Des dizaines de milliers de partisans s'Ă©taient rassemblĂ©s malgrĂ© une trĂšs fine pluie sur le National Mall, colorĂ© du rouge de leurs casquettes. Mais les vues aĂ©riennes des immenses pelouses montraient une mobilisation populaire limitĂ©e, dans un contraste saisissant avec l'investiture de Barack Obama, au mĂȘme endroit, il y a huit ans.
Chez ces partisans de la premiÚre heure, l'espoir était sincÚre, avec la conviction d'assister au début "d'une nouvelle Úre".
AprÚs la cérémonie, il a déjeuné au Capitole avec élus et dignitaires, notamment Bill et Hillary Clinton qu'il a fait longuement applaudir, assurant qu'il avait pour eux "beaucoup de respect". Tout au long de la campagne, il avait systématiquement affublé cette derniÚre du surnom de "crapule".
Puis, suivant scrupuleusement le protocole habituel, il a lentement remonté dans sa limousine blindée l'artÚre Pennsylvanie Avenue jusqu'à la Maison Blanche, sortant quelques minutes à pieds, avec son épouse Melania et ses enfants, pour saluer ses partisans.
Au passage de son convoi, les huées de manifestants étaient plus nombreuses que lors des cérémonies précédentes.
Hors de sa vue mais toujours en centre-ville, des violences ont eu lieu dans plusieurs rues, à l'instigation d'individus masqués de noir. Plus de 200 personnes ont été interpellées, des gaz lacrymogÚnes ont été utilisées par la police, et une voiture a été incendiée.
"Pas mon prĂ©sident ! Pas mon prĂ©sident !", hurlaient certains manifestants tandis que de l'autre cĂŽtĂ© de la rue ses partisans chantaient "USA", "USA" Ă tue-tĂȘte.
- Ministres confirmés -
Le nouveau président et la nouvelle "First Lady", ainsi que le vice-président Mike Pence, se sont ensuite rendus dans la tribune présidentielle à l'extérieur de la Maison Blanche pour assister au défilé traditionnel des 20 janvier, mélange de fanfares et de détachements militaires.
En fin de journĂ©e, le SĂ©nat a confirmĂ© Ă de trĂšs larges majoritĂ©s les deux premiers ministres du gouvernement Trump: les gĂ©nĂ©raux Ă la retraite James Mattis (DĂ©fense) et John Kelly (SĂ©curitĂ© intĂ©rieure). Ils ont prĂȘtĂ© serment dans la foulĂ©e Ă la Maison Blanche.
Le week-end du 45e président américain sera plus calme.
A son agenda officiel, Donald Trump n'a qu'un office oecuménique (National Prayer Service) samedi matin à la cathédrale Nationale de Washington.
Son Ă©quipe a annoncĂ© que les premiĂšres grandes dĂ©cisions seraient prises Ă partir de lundi, peut-ĂȘtre dans les domaines de l'immigration, du climat ou du travail.
Le changement de cap s'annonce ardu pour l'auteur du best-seller "The Art of the Deal", qui a promis, avec un sens de la formule qui enchante ses partisans et consterne ses dĂ©tracteurs, d'ĂȘtre "le plus grand crĂ©ateur d'emplois que Dieu ait jamais créé".
La constitution de ses Ă©quipes a Ă©tĂ© difficile tant la victoire a pris le camp rĂ©publicain par surprise. Les premiĂšres semaines pourraient ĂȘtre chaotiques.
Et jamais depuis 40 ans un président américain n'avait pris le pouvoir avec un niveau d'impopularité aussi élevé.
Une grande "Marche des femmes" soutenue par une myriade de groupes progressistes tente une dĂ©monstration de force samedi sur le National Mall, sur les lieux mĂȘmes oĂč les spectateurs de l'investiture se sont rassemblĂ©s vendredi.
AprĂšs huit annĂ©es au pouvoir, Barack Obama a quant Ă lui indiquĂ© qu'il entendait rester Ă l'Ă©cart de la "mĂȘlĂ©e" pour laisser son successeur gouverner, mais Ă condition que certaines lignes rouges ne soient pas franchies.
Juste aprĂšs la cĂ©rĂ©monie, il s'est envolĂ© pour Palm Springs, en Californie, oĂč il a prĂ©vu de passer en famille ses premiĂšres vacances d'ancien prĂ©sident.
"Notre démocratie, ce ne sont pas des monuments ou des bùtiments, c'est vous", a-t-il lancé juste avant de monter à bord de son avion.
AFP
