Wang Quanzhang a été condamné lundi à quatre ans et demi d'emprisonnement

Droits de l'homme : un avocat chinois en prison pour "subversion"

  • PubliĂ© le 28 janvier 2019 Ă  17:06
  • ActualisĂ© le 28 janvier 2019 Ă  18:40
Manifestation pour la libération de l'avocat chinois Wang Quanzhang, le 5 avril 2018 à Hong Kong

L'un des plus célÚbres avocats spécialisés dans les droits de l'homme en Chine, Wang Quanzhang, a été condamné lundi à quatre ans et demi d'emprisonnement pour "subversion", une éniÚme mesure de répression prise contre la profession.

Cet homme de 42 ans avait défendu des militants politiques, des membres de la secte interdite Falungong ou encore des paysans dépossédés de leurs terres.

Il fait partie d'un groupe d'environ 200 défenseurs des droits de l'homme - avocats, juristes ou militants - interpellés à partir de juillet 2015 au cours d'une vague d'arrestations. La grande majorité d'entre eux a été relùchée. M. Wang était le dernier à n'avoir pas été libéré ou condamné.

Il a été "reconnu coupable de subversion de l'Etat, condamné à quatre ans et six mois de prison et déchu de ses droits politiques pendant cinq ans", a annoncé dans un communiqué le DeuxiÚme tribunal populaire intermédiaire de Tianjin (nord de la Chine).

"Il n'a commis aucun crime, donc il ne devrait pas y avoir de condamnation", a réagi son épouse Li Wenzu à son domicile pékinois. "Je pense que les coupables, ce sont les autorités judiciaires, pas lui", a-t-elle dit à l'AFP. Portant un sweat à capuche noir sur lequel est imprimé le nom et le visage de son mari, elle s'est dite "trÚs inquiÚte" pour la santé de Wang Quanzhang, assurant qu'il fera "bien sûr appel".

- Angela Merkel -

Le cas de l'avocat avait suscité l'attention de plusieurs pays, notamment l'Allemagne dont la chanceliÚre, Angela Merkel, avait rencontré sa femme au printemps dernier à l'occasion d'une visite à Pékin.

AprÚs avoir été détenu au secret, Wang Quanzhang avait été officiellement inculpé de subversion en janvier 2016, un crime passible de la prison à vie.
Il avait finalement Ă©tĂ© jugĂ© Ă  Tianjin le 26 dĂ©cembre dernier, mais Ă  huis clos car "l'affaire comportait des secrets d'Etat", avait expliquĂ© le tribunal. Son Ă©pouse avait Ă©tĂ© empĂȘchĂ©e de quitter son domicile de PĂ©kin pour se rendre au procĂšs.

Celle-ci a effectuĂ© une intense campagne mĂ©diatique auprĂšs des mĂ©dias Ă©trangers afin de soutenir son mari. En dĂ©cembre, elle s'Ă©tait symboliquement rasĂ© la tĂȘte. En avril, elle avait tentĂ© une marche de 100 km, de la capitale vers le centre de dĂ©tention oĂč il se trouvait, afin d'attirer l'attention.

Elle a déclaré lundi qu'elle tenterait à nouveau de lui rendre visite la semaine prochaine à l'occasion du réveillon du Nouvel an chinois. Des organisations internationales de défense des droits de l'homme ont vivement condamné le verdict annoncé lundi. Pour Amnesty International, la peine de prison infligée à Wang Quanzhang est une "grave injustice".

- 'Gang criminel' -

"Sa condamnation fait partie de la répression actuellement menée par le gouvernement chinois contre les avocats des droits de l'homme", a déclaré à l'AFP Maya Wang, de l'ONG Human Rights Watch.

Wang Quanzhang ayant dĂ©jĂ  passĂ© plus de trois ans en dĂ©tention, il devrait pouvoir sortir de prison "dans un peu plus d'un an", a Ă©crit sur Twitter Doriane Lau, une chercheuse Ă  Amnesty International. Une remarque qui dont le bien-fondĂ© semble confirmĂ© par le droit pĂ©nal chinois, en vertu duquel les peines de prison doivent "ĂȘtre rĂ©duites d'un jour pour chaque jour passĂ© en dĂ©tention" dans les affaires oĂč un emprisonnement a dĂ©jĂ  eu lieu "avant le jugement".

D'autres avocats, juristes ou militants des droits de l'homme interpellĂ©s Ă  partir de juillet 2015 par les autoritĂ©s chinoises ont Ă©tĂ© poursuivis pour subversion. En dĂ©cembre 2017, un tribunal avait condamnĂ© le dissident Wu Gan Ă  huit ans de prison, l'un des verdicts les plus sĂ©vĂšres prononcĂ© Ă  l'encontre des personnes arrĂȘtĂ©es dans ce coup de filet.

Wang Quanzhang faisait partie du défunt cabinet d'avocats pékinois Fengrui, spécialisé dans les affaires sensibles : droits des paysans, camps de travail ou encore dissidents. Les médias officiels l'avaient décrit en 2015 comme "un gang criminel" et accusé son fondateur et ses associés de "perturber l'ordre social".

- © 2019 AFP

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