France

En Corse, Macron adopte un ton ferme et exclut toute amnistie de prisonniers

  • PubliĂ© le 7 fĂ©vrier 2018 Ă  01:56
  • ActualisĂ© le 7 fĂ©vrier 2018 Ă  05:49
Le président Emmanuel Macron prononce un discours lors de l'hommage au préfet Claude Erignac le 6 février 2018 à Ajaccio

Emmanuel Macron a adopté un ton ferme mardi en Corse, excluant --y compris face à la femme d'Yvan Colonna, qui l'a interpellé dans la rue-- toute amnistie de prisonniers, une des revendications des responsables nationalistes qu'il a longuement rencontrés dans la soirée.


Le chef de l'Etat a Ă©galement affirmĂ© la nĂ©cessitĂ© de mĂ©nager un "avenir" Ă  la Corse dans le "giron rĂ©publicain", en prononçant un discours en hommage au prĂ©fet Claude Erignac sur les lieux oĂč ce dernier a Ă©tĂ© assassinĂ© il y a 20 ans Ă  Ajaccio, premier temps fort d'une visite de deux jours.

L'autre moment fort a débuté aprÚs 19H00, lorsque le président a été accueilli à la Collectivité de Corse pour s'y entretenir avec les deux dirigeants nationalistes, l'autonomiste Gilles Simeoni et l'indépendantiste Jean-Guy Talamoni, aux commandes de l'ßle depuis leur large victoire aux élections territoriales de décembre. La rencontre, trÚs attendue, a duré plus de 2 heures mais ni le président, ni les responsables nationalistes n'ont fait de commentaire quand elle s'est achevée.

Quelques instants avant le dĂ©but de cette rencontre, M. Talamoni avait jugĂ© qu'il serait "consternant" qu'Emmanuel Macron "ferme les portes" au dialogue. "Nous sommes persuadĂ©s que M. Macron est un homme assez intelligent pour comprendre la situation" et "que ce que nous voulons faire va dans le sens des intĂ©rĂȘts de la Corse et Ă©galement de Paris", a-t-il ajoutĂ©.

"Il y a une fenĂȘtre historique pour sortir de la logique de conflit", avait estimĂ© de con cĂŽtĂ© Gilles Simeoni, qui s'Ă©tait toutefois inquiĂ©tĂ© dans Corse-Matin de la prĂ©sence "autour du prĂ©sident de la RĂ©publique de faucons qui campent sur un refus total de toute avancĂ©e et jouent la politique du pire".

- 'Faites quelque chose' -

Dans la matinée, devant la veuve de Claude Erignac et ses enfants, de retour pour la premiÚre fois sur l'ßle, le chef de l'Etat avait dénoncé avec force la "lùcheté" des assassins du préfet, coupables d'"un de ces actes de terrorisme dont notre nation eut encore récemment à subir la barbarie", en faisant référence aux attentats jihadistes.

En inaugurant une place Claude Erignac sur les lieux de l'assassinat, "nous scellons notre union indĂ©fectible dans la RĂ©publique", qui doit "mĂ©nager Ă  la Corse un avenir Ă  la hauteur de ses espĂ©rances, sans transiger avec les requĂȘtes qui la feraient sortir du giron rĂ©publicain", a-t-il insistĂ©. Ce qui sera menĂ© "sans faux semblants", "sans non-dits" et "sans dĂ©tour", selon lui.

L'assassinat du prĂ©fet par un commando nationaliste "ne se justifie pas, ne se plaide pas, ne s'explique pas", a aussi affirmĂ© Emmanuel Macron, qui s'exprimait devant 300 personnes, se fĂ©licitant que "la justice de la RĂ©publique" ait "pu ĂȘtre rendue" et avertissant qu'elle serait "suivie sans complaisance, sans oubli, sans amnistie".

Il a ainsi fermé la porte à l'une des principales revendications défendues par les nationalistes. Mais pour Jean-Guy Talamoni, cette prise de position du président n'était "pas quelque chose de bien nouveau": l'amnistie des prisonniers dits "politiques" "continuera à faire partie" des demandes des nationalistes, a assuré le leader indépendantiste.

Parmi ces prisonniers, figure Yvan Colonna, qui purge une peine Ă  perpĂ©tuitĂ© pour l'assassinat du prĂ©fet. En fin d'aprĂšs-midi, son Ă©pouse StĂ©phanie a interpellĂ© le prĂ©sident dans une rue d'Ajaccio. "Mon fils de six ans n'a pas vu son pĂšre depuis un an et demi. S'il vous plait, faites quelque chose (...) Ce n'est pas un animal, c'est un ĂȘtre humain", lui a-t-elle dit. "Que votre enfant puisse voir son pĂšre, que les personnes qui sont dĂ©tenues dans notre pays puissent voir leur famille, ça fait partie des choses que nous allons assurer", lui a rĂ©pondu Emmanuel Macron, rappelant Ă©galement qu'il avait exclu toute amnistie dans son discours de la matinĂ©e.

Au deuxiÚme jour de sa visite en Corse, le président de la République prononcera mercredi à Bastia un discours sur sa vision de l'avenir de l'Ile de Beauté.
AFP

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