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En Israël, une Batwoman au secours des chauves-souris

  • PubliĂ© le 30 juin 2016 Ă  09:59
Nora Lifschitz dans son repaire pour chauves-souris le 22 juin 2016 dans la vallée d'Elah en Israël

Dans la vallée d'Elah au sud-ouest de Bethléem, une jeune Israélienne aux cheveux violets a créé un sanctuaire clandestin pour des centaines de chauves-souris blessées ou malades avec lesquelles elle partage sa vie.


"Elles ont ces grands yeux tristes comme des personnages de Disney", s'attendrit Nora Lifschitz, dont la voix est sans cesse recouverte par les cris stridents de ces mammifĂšres volants.
La jeune femme au look alternatif - cheveux violets, piercings et tatouages sur l'ensemble du visage - est en train de materner 260 nouvelles pensionnaires récemment découvertes dans un bùtiment abandonné.
Elles ont rejoint les centaines de roussettes, une espÚce de chauve-souris frugivore, qui ont transformé en vaste terrain de jeu le hangar de tÎle qui servait autrefois de poulailler avant de devenir leur refuge.
A l'aide d'une seringue, deux jeunes volontaires aident Nora Ă  alimenter les petites bĂȘtes d'une dizaine de centimĂštres de haut qui Ă©talent complaisamment leurs ailes sur la poitrine de leurs nourrices.
Les chauves-souris se suspendent par grappes Ă  des peluches d'animaux pendues au plafond, la tĂȘte Ă  l'envers, la gueule grande ouverte dans une grimace terrifiante qui rĂ©vĂšle leur dentition de vampire.
Le sol est recouvert d'excréments et de restes de fruits pourris dont se nourrissent les roussettes. L'odeur est pestilentielle en ce mois de grosse chaleur.
A 29 ans, Nora Lifschitz, qui préfÚre qu'on l'appelle "juste Nora", s'est toujours occupée de toutes sortes d'animaux. Mais elle a développé une attirance particuliÚre pour les chauves-souris.
"Les chauves-souris me rappellent un peu les chiens, par leur cÎté fidÚle et obéissant, mais aussi les chats pour leur indifférence, quand elles vous montrent clairement qu'elles ne sont pas d'humeur à traiter avec des humains", remarque-t-elle.
- Mauvaise presse -
Elle a commencé en 2014 par porter secours à quelques chauves-souris blessées. Les roussettes ont envahi son appartement en plein Tel-Aviv. Il lui a alors fallu alors trouver un endroit plus approprié et plus discret.
Elle et son association "Atalef" (le mot hébreu pour chauve-souris et un acronyme de "Aide et soin aux chauves-souris") ont trouvé sur internet les financements nécessaires et une nouvelle adresse.
Le repaire se trouve quelque part dans la cĂ©lĂšbre vallĂ©e biblique d'Elah (ou VallĂ©e des TĂ©rĂ©binthes) oĂč David combattit Goliath. Mais la jeune femme entend que l'endroit prĂ©cis reste secret.
Nora, dont la chambre se trouve dans le hangar mĂȘme, craint Ă  la fois les voisins malveillants et les propriĂ©taires d'animaux qui viendraient lui dĂ©poser leurs bĂȘtes.
Le temps oĂč les hommes cherchaient Ă  piĂ©ger ou empoisonner les roussettes qu'ils voyaient comme nĂ©fastes Ă  leurs activitĂ©s semble rĂ©volu. Mais le ministĂšre de l'Agriculture considĂšre toujours les "Roussetus Aegyptiacus" comme "nuisibles".
Nora dément: ses protégées se nourrissent de fruits pourris, sans nuire aux récoltes des cultivateurs puisque ceux-ci cueillent les fruits bien avant qu'ils ne soient mûrs, afin qu'ils se conservent plus longtemps.
En ville aussi, les roussettes ont mauvaise presse, en particulier Ă  Tel-Aviv, oĂč elles affectionnent certaines avenues bordĂ©es d'arbres et repeignent de leurs fientes les façades blanches des immeubles bourgeois et les pare-brise.
Le refuge se donne pour mission de relĂącher les chauves-souris dans leur milieu naturel. Une fois soignĂ©es, Nora les laisse partir en ouvrant simplement une fenĂȘtre.
"Elles vont et viennent jusqu'à ce qu'elles se sentent suffisamment en sécurité pour partir pour de bon", dit-elle.
Le propriétaire du poulailler, Shimon, un jeune fermier du village, est désormais fan de chauves-souris. "Je ne savais pas vraiment dans quoi je m'embarquais. Je n'y connaissais rien en chauves-souris. Maintenant, je les adore", confie-t-il.
Il aime l'idĂ©e qu'un poulailler oĂč l'on Ă©levait des animaux pour les tuer serve Ă  prĂ©sent Ă  en sauver d'autres. Il a mĂȘme prĂ©vu de planter Ă  proximitĂ© des arbres fruitiers et d'installer un conduit qui y mĂšnerait les roussettes pour festoyer.

Par Emmanuel BARRANGUET - © 2016 AFP
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