Musique

En Serbie, les musiciens ont le corona blues

  • PubliĂ© le 8 aoĂ»t 2020 Ă  14:29
  • ActualisĂ© le 8 aoĂ»t 2020 Ă  14:34
Des membres du groupe  "Dingospo Dali" répÚtent dans leur studio à Belgrade, le 26 juillet 2020

A Belgrade, dans une ancienne imprimerie monumentale devenue un haut lieu du rock indépendant, le groupe "Dingospo Dali" entame sa répétition mais le coeur n'y est pas.

Ses projets ont Ă©tĂ© stoppĂ©s net par le coronavirus qui a terrassĂ© l'industrie musicale. "J'ai perdu beaucoup de travail, en tant que musicien et aussi comme ingĂ©nieur du son", raconte Ă  l'AFP Nikola Vidojevic, 33 ans, le batteur du groupe de rock, ajoutant: "La pandĂ©mie a tout arrĂȘtĂ©".

Les six rockers jouent malgrĂ© tout dans le studio qu'ils occupent avec vue sur la riviĂšre Save dans l'ancienne imprimerie et maison d'Ă©dition BIGZ, oĂč de nombreux artistes louent des locaux pour rĂ©pĂ©ter et enregistrer.

La musique résonne de toutes parts dans les couloirs interminables de l'imposant bùtiment éclairés de néons et recouverts de graffitis. Ce chef-d'oeuvre de l'architecture des années 1930, qui abritait jusqu'à l'éclatement de l'ex-Yougoslavie une des plus grandes imprimeries des Balkans, est depuis une quinzaine d'années une cathédrale du rock indépendant ainsi qu'un centre informel d'art alternatif accueillant des dizaines de groupes, boßtes de nuit, studios d'art.

L'existence de BIGZ facilite la vie des artistes, dont la situation dĂ©jĂ  prĂ©caire dans un pays oĂč le salaire moyen est d'environ 450 euros est devenue insoutenable avec la pandĂ©mie.

Il est difficile de savoir combien de musiciens exercent en Serbie car beaucoup travaillent au noir, y compris les nombreux Roms qui animent les mariages et autres baptĂȘmes. En temps ordinaire, la musique reprĂ©sente pour les membres de cette minoritĂ© ethnique une source de revenus majeure.

Selon l'institut des statistiques, quelque 57.000 personnes travaillent pour la culture (musique, cinéma, théùtre...). Cette industrie représente entre 3,4 et 7,1% du PIB serbe, d'aprÚs les estimations du site dédié à l'art serbiacreates.rs.

- Invisibles -

La plupart des quelques dizaines de milliers de musiciens serbes n'ont pas d'autre source de revenus que la musique, assure Nikola Jovanovic, propriétaire d'une maison d'édition et organisateur de concerts.

Privés de concerts, ils demandent un soutien financier des autorités. "Nous nous sommes adressés au ministÚre de la Culture, nous n'avons pas eu de réponse, au ministÚre des Finances, qui ne nous a jamais répondu, tout comme la chambre de commerce", dit Nikola Jovanovic.

La chambre de commerce a expliqué à l'AFP examiner "tous les aspects de la crise" pour rechercher des solutions. Elle a néanmoins reconnu que les revenus provenant des droits d'auteur allaient sensiblement se contracter cette année, de prÚs de 50% sur un an. Les ministÚres de la Culture et des Finances n'ont pas répondu pour l'heure aux sollicitations de l'AFP.

L'industrie toute entiÚre est frappée de plein fouet: organisateurs de concerts, propriétaires d'équipements de son et de lumiÚre, musiciens et surtout les grands festivals comme Exit, Nisville, Beer Fest qui attirent chaque année des centaines de milliers de spectateurs et qui sont des marques internationalement reconnues.

- "Le festival n'aura pas lieu" -

"Pour la premiÚre fois en vingt ans d'existence, le festival n'aura pas lieu", se lamente Zdravko Vulin, de la direction d'Exit. Le festival, qui a accueilli entre autres Manu Chao et The Cure, initialement prévu en juillet, a été repoussé en août puis annulé à cause de la résurgence du coronavirus.

Un millier d'emploi sont à terme menacés, souligne Zravko Vulin. Il appelle de ses voeux des aides publiques, à l'image de l'imposante enveloppe débloquée récemment par la Grande-Bretagne pour le secteur de la culture.

Mais certains pointent déjà au chÎmage. Sreten Kovacevic, 63 ans, patron d'Audio-konstruktor, responsable de l'édification des scÚnes d'Exit et de Nisville, a dû se séparer de sept de ses huit employés.

"C'est une catastrophe absolue pour l'industrie dans sa totalitĂ©", dĂ©clare Ă  l'AFP Ivan Blagojevic, 60 ans, directeur du festival de Nisville (jazz, ethno, world) oĂč le public a pu Ă©couter Candy Dulfer ou Tony Allen. Il aimerait pouvoir organiser le festival en septembre mais l'Ă©volution de la pandĂ©mie laisse peu de place Ă  l'espoir.

La Serbie affichait des semaines durant plus de 400 contaminations quotidiennes et recense plus de 600 morts.

La chanteuse et paroliĂšre de Dingospo Dali, Sandra Vidojevic, 31 ans, est plutĂŽt pessimiste: "J'ai abandonnĂ© mon travail pour me consacrer Ă  la musique, je n'aurais peut-ĂȘtre pas dĂ»", dit cette ancienne employĂ©e de la compagnie aĂ©rienne Etihad.

AFP

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