L'ancien Premier ministre britannique Boris Johnson va devoir rĂ©pondre Ă des questions difficiles mercredi, lors d'une audience trĂšs attendue dans l'enquĂȘte publique sur la pandĂ©mie de Covid-19, aprĂšs de vives critiques d'anciens collaborateurs.
Depuis le début des audiences en juin, ces collaborateurs, dont plusieurs conseillers et scientifiques, ont décrit un Premier ministre dépassé, indécis, peu soucieux des victimes lorsque la pandémie a éclaté début 2020, et un gouvernement divisé et chaotique.
Boris Johnson a-t-il pris trop de temps pour imposer un premier confinement fin mars 2020 ? Avait-il pris la mesure de la pandémie ? Comprenait-il les données scientifiques ? Etait-il indifférent aux victimes et notamment aux personnes ùgées?
"C'était la mauvaise crise pour les compétences du Premier ministre", a estimé fin octobre devant la commission Lee Cain, ancien directeur de la communication à Downing Street, racontant un Boris Johnson repoussant les décisions et changeant sans cesse d'avis, en fonction de la derniÚre personne lui ayant parlé.
Brillant orateur, M. Johnson, 59 ans, plus prompt à botter en touche avec humour qu'à répondre avec précision, aura fort à faire pour convaincre qu'il était début 2020 l'homme de la situation.
Il est arrivĂ© dĂšs 07H00 (locales et GMT) dans le bĂątiment oĂč il sera interrogĂ©, soit trois heures avant le dĂ©but de l'audience.
"C'est la premiÚre fois que Boris est en avance pour quelque chose", a plaisanté sur Sky News le ministre de la Police Chris Philp.
Lors de la pandĂ©mie, "il a essayĂ© de prendre les bonnes dĂ©cisions dans une situation trĂšs difficile", a estimĂ© ce ministre. "Mais il ne fait aucun doute qu'avec le recul, on peut pointer du doigt certaines choses et dire que cela aurait pu ĂȘtre mieux fait", a-t-il ajoutĂ©.
L'ex-Premier ministre a soigneusement préparé sa défense, lu 6.000 pages de documents, et s'est enfermé pendant des heures avec ses avocats, selon le quotidien The Times, qui a révélé les grandes lignes de son intervention.
- "S'excuser sans réserve" -
M. Johnson devrait ainsi "s'excuser sans réserve" et admettre qu'il a "incontestablement commis des erreurs", sous-estimant au départ les risques du virus. "J'avais fondamentalement bon espoir que les choses se passeraient bien", devrait-il dire, expliquant que d'autres menaces sanitaires avaient dans le passé été moins catastrophiques que redouté.
M. Johnson avait lui-mĂȘme failli mourir du Covid en avril 2020.
Le 23 mars 2020, un premier confinement avait Ă©tĂ© imposĂ© aux Britanniques, suivi de deux autres. Des fĂȘtes illĂ©gales Ă Downing Street durant cette pĂ©riode ont fait scandale, et contribuĂ© Ă la chute de Boris Johnson, contraint Ă la dĂ©mission en juillet 2022.
Mais cet éternel optimiste, dont le témoignage est prévu sur deux jours, devrait aussi affirmer que le gouvernement a "pris les bonnes décisions au bon moment", contribuant à sauver des dizaines, voire des centaines de milliers de vies, et insister une fois encore sur le programme de vaccination mis en place début 2021, plus rapidement que de nombreux pays.
Le Covid a tué plus de 232.000 personnes au Royaume-Uni.
Devant la commission, qui a obtenu des dizaines de milliers de messages WhatsApp et de trÚs nombreux documents, certains anciens collaborateurs de M. Johnson ont aussi raconté un Premier ministre "soufflant le chaud et le froid", et qui selon le ministre de la Santé de l'époque Matt Hancock a confiné trop tard.
"Il est incapable de diriger", se lamentait encore à l'automne 2020 dans des messages WhatsApp le secrétaire général de Downing Street Simon Case, le plus haut fonctionnaire du pays. "Il change de direction stratégique tous les jours", se désespérait-il.
Martin Reynolds, ancien secrétaire particulier de M. Johnson, a aussi décrit un gouvernement à la culture dysfonctionnelle et machiste. D'autres ont dénoncé une culture "toxique".
M. Johnson devrait aussi catégoriquement rejeter des accusations de son ancien chef de cabinet, devenu pire ennemi, Dominic Cummings, qui l'a décrit comme aux abonnés absents durant les premiers jours de la pandémie, car il travaillait à un livre sur Shakespeare.
AFP



