Diplomatie

Entrevue lourde d'enjeux entre Macron et le chef de la junte malienne

  • PubliĂ© le 15 dĂ©cembre 2021 Ă  17:52
  • ActualisĂ© le 15 dĂ©cembre 2021 Ă  18:01
Le président français Emmanuel Macron lors d'une précédente visite à la force Barkhane à Gao, le 19 mai 2017

Le président français Emmanuel Macron doit rencontrer pour la premiÚre fois lundi à Bamako le président de la transition malienne, le colonel Assimi Goïta, dans un climat de haute tension entre Paris et la junte militaire, dont la lenteur à rendre le pouvoir aux civils et les velléités de recourir à des mercenaires russes exaspÚrent Paris.

Au terme de cette entrevue, le président français partira célébrer Noël sur la base de Gao (nord-est) avec des soldats français déployés au sein de la force antijihadiste française Barkhane, en pleine restructuration. Au terme de prÚs de neuf ans de présence au Sahel, Paris a entrepris en juin de réorganiser son dispositif militaire en quittant ses trois bases les plus au nord du Mali (Tessalit, Kidal et Tombouctou) pour se recentrer autour de Gao et Ménaka, aux confins du Niger et du Burkina Faso. Ce plan prévoit une réduction des effectifs, de 5.000 actuellement, à 2.500/3.000 d'ici 2023.

Accueillis en libĂ©rateurs en janvier 2013 Ă  Tombouctou, d'oĂč ils avaient chassĂ© les jihadistes, les soldats français ont remis mardi les clĂ©s de leur base aux forces maliennes, Ă©tape symbolique dans la rĂ©articulation en cours. Paris veut dĂ©sormais concentrer sa mission sur la formation des armĂ©es locales, dans l'espoir qu'elles prennent un jour en main la sĂ©curitĂ© de leur territoire. "On passe d'une logique d'opĂ©ration extĂ©rieure Ă  une logique de coopĂ©ration", rĂ©sume l'Ă©tat-major français.

Mais si la coopération militaire entre forces françaises et maliennes se poursuit semble-t-il sans accroc, les relations politiques entre la France et le Mali, gouverné par des putchistes depuis 2020, n'ont cessé de se dégrader, au risque de remettre en cause la légitimité déjà fragile de la présence française. "Il existe deux sujets de friction avec Bamako: les contacts avec (la société paramilitaire russe) Wagner et le calendrier politique de la transition", souligne le commandant de Barkhane, le général Laurent Michon, dans un entretien à l'AFP.

Un malaise accompagnĂ© de dĂ©clarations agressives du gouvernement malien et de campagnes anti-françaises sur les rĂ©seaux sociaux. Le Premier ministre Choguel Kokalla MaĂŻga lui-mĂȘme n'hĂ©sitait pas rĂ©cemment Ă  accuser la France de former des jihadistes.

- Wagner "inacceptable" -

Emmanuel Macron va donc s'employer Ă  dissuader le colonel GoĂŻta de recourir aux paramilitaires russes de Wagner, rĂ©putĂ©s proches du Kremlin et accusĂ©s de prĂ©dation et d'exactions dans les pays oĂč ils sĂ©vissent, comme en RĂ©publique centrafricaine. Paris a averti que leur dĂ©ploiement serait "inacceptable". Une inquiĂ©tude partagĂ©e par les partenaires europĂ©ens de la France au Sahel, rĂ©unis au sein de la force Takuba, nouveau fer de lance de l'action militaire Ă©trangĂšre dans la bande sahĂ©lo-saharienne.

L'Union europĂ©enne a sanctionnĂ© lundi le groupe Wagner ainsi que huit personnes et trois sociĂ©tĂ©s qui lui sont liĂ©es pour les "actions de dĂ©stabilisation" menĂ©es dans plusieurs pays d'Afrique, dont le Mali, et en Ukraine. Moscou a condamnĂ© en retour "l'hystĂ©rie" occidentale. "Il y a des choses qui ne pourraient plus ĂȘtre faites si Wagner venait Ă  se dĂ©ployer", prĂ©vient le commandant de Barkhane.

Second sujet problématique: la junte, aprÚs avoir promis d'organiser des élections en février au Mali, traßne des pieds pour présenter un calendrier de transition, au grand dam des membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui la menacent de sanctions supplémentaires dÚs janvier si le dossier n'avance pas.

Pour justifier un report électoral indéterminé, le gouvernement malien invoque l'insécurité persistante. Mais pour Paris, comment justifier encore le maintien d'une aide militaire à un pouvoir illégitime?

D'autant que, malgré les efforts militaires, le Mali est toujours livré aux agissements de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l'organisation Etat islamique, et aux violences perpétrées par des milices autoproclamées d'autodéfense.

A ce jour, l'entretien devrait se limiter Ă  un tĂȘte-Ă -tĂȘte entre MM. Macron et GoĂŻta. "Nous travaillons pour que les objectifs de la lutte contre le terrorisme soient atteints et pour promouvoir une transition politique, rĂ©sume-t-on du cĂŽtĂ© de l'ElysĂ©e. "Nous sommes dans un entre-deux que nous essayons de clarifier".

AFP

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