Et si les humains éradiquaient tous les moustiques

  • PubliĂ© le 16 mai 2026 Ă  02:56
  • ActualisĂ© le 16 mai 2026 Ă  06:13
Un moustique Aedes aegypti à Mexico, le 2 décembre 2024 ( AFP / Yuri CORTEZ )

Les animaux les plus meurtriers ne sont pas les lions, les araignées ou les serpents, mais les minuscules moustiques qui sucent notre sang, nous causent des démangeaisons et nous transmettent des maladies, au point que leur éradication fait parfois débat.

Les moustiques tuent environ 760.000 humains chaque année, selon des données officielles. Car ils sont les vecteurs d'environ 17% des maladies infectieuses, comme la malaria, la dengue, la fiÚvre jaune, le chikungunya ou le Zika.

Avec le réchauffement climatique, ces insectes gagnent du terrain dans de nouvelles parties de la Terre lors d'étés à rallonge, faisant craindre de futures crises sanitaires.

L'humanité ne pourrait-elle pas éradiquer les moustiques meurtriers? Et, si oui, quel serait l'impact sur l'environnement?

D'abord, pas besoin d'éradiquer tous les moustiques: sur quelque 3.500 espÚces connues, seule une centaine pique les humains et seules cinq sont responsables d'environ 95% des infections chez l'homme, rappelle à l'AFP la biologiste Hilary Ranson (Liverpool School of Tropical Medicine).

Les cinq espĂšces vectrices de maladies "ont Ă©voluĂ© pour ĂȘtre Ă©troitement liĂ©es Ă  l'humain", notamment en se nourrissant et en se reproduisant Ă  proximitĂ©, explique-t-elle.

Leur Ă©radication, "tolĂ©rable" vu les ravages provoquĂ©s selon elle, n’aurait pas d’impact majeur sur l'Ă©cosystĂšme dans son ensemble, et des moustiques gĂ©nĂ©tiquement similaires mais moins mortels "occuperaient rapidement cette niche Ă©cologique".

- Débat éthique -

Globalement d'accord, l'entomologiste Dan Peach (universitĂ© de GĂ©orgie, États-Unis) juge nĂ©anmoins nĂ©cessaire d'avoir plus d'informations pour comparer l'Ă©radication Ă  d'autres options: nous n'en savons pas assez "sur l'Ă©cologie de la plupart des espĂšces de moustiques pour nous prononcer avec certitude dans un sens ou dans l'autre".

Les moustiques "transfÚrent effectivement des nutriments depuis leurs habitats larvaires aquatiques" vers d'autres zones, et servent de nourriture à des insectes, poissons et autres, expose-t-il. Ils pollinisent aussi les plantes, mais ce phénomÚne "n'est pas bien compris et peut varier selon les espÚces".

Le débat éthique sur une élimination d'espÚces vivantes est légitime, selon Hilary Ranson, tout en soulignant que les humains en exterminent déjà beaucoup involontairement.

Pour éradiquer des moustiques, l'une des biotechnologies en vue est le "forçage génétique", qui consiste à modifier un chromosome pour transmettre un trait à tous ses descendants. Des scientifiques ayant modifié génétiquement des femelles du moustique Anopheles gambiae, vecteur du paludisme, pour les rendre stériles, ont ainsi éradiqué une population en quelques générations en laboratoire.

L'initiative "Target Malaria", financée par la fondation états-unienne Gates, prévoit de faire des essais dans un pays touché par le paludisme d'ici à 2030.

Elle a connu un revers au Burkina Faso, oĂč la junte au pouvoir a interrompu l'an passĂ© un projet impliquant des souches de moustiques gĂ©nĂ©tiquement modifiĂ©s mais sans "forçage gĂ©nĂ©tique", aprĂšs des critiques dans la sociĂ©tĂ© civile et des campagnes de dĂ©sinformation.

Une autre stratégie prometteuse consiste à infecter les moustiques Aedes aegypti avec la bactérie Wolbachia bloquant la circulation du virus. Cela peut faire chuter leur population, ou simplement réduire leur capacité à transmettre la dengue.

- Pas de "solution miracle" -

Cela soulÚve une autre question: avons-nous réellement besoin de tuer ces moustiques?

Une étude publiée en 2025 a montré que la libération de moustiques infectés par Wolbachia dans la ville brésilienne de Niterói avait fait chuter de 89% les cas de dengue. Plus de 16 millions de personnes dans quinze pays sont désormais protégées par ces moustiques, "sans aucune conséquence négative", a vanté à l'AFP Scott O'Neill, fondateur du Programme mondial contre les moustiques.

ParallĂšlement, un autre projet de "transmission zĂ©ro" tente d'utiliser le forçage gĂ©nĂ©tique pour empĂȘcher les femelles Anopheles gambiae de propager le paludisme. Des recherches en laboratoire publiĂ©es dans Nature fin 2025 suggĂšrent que les scientifiques se rapprochent de cet objectif, et un essai sur le terrain devrait dĂ©marrer en 2030.

Le revers au Burkina Faso a cependant montrĂ© que ces projets nĂ©cessitent un certain "soutien politique ou une adhĂ©sion" des pays oĂč ils sont expĂ©rimentĂ©s, dit Ă  l'AFP l'auteur de l'Ă©tude, Dickson Wilson Lwetoijera (Institut de santĂ© d'Ifakara en Tanzanie).

PlutÎt que de miser seulement sur une "solution miracle" technologique, généralement financée par la Fondation Gates, Hilary Ranson plaide pour une "solution plus globale" contre les arboviroses.

Cela impliquerait, selon elle, d'offrir aux populations des pays touchés un meilleur accÚs aux diagnostics, aux traitements ou à des vaccins plus efficaces. Mais, selon les ONG, les coupes des pays occidentaux dans l'aide internationale depuis 2025 menacent les progrÚs dans la lutte contre la plupart des maladies transmises par les moustiques. 

AFP

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1 Commentaires
Michel
Michel
2 mois

Il y a quelques annĂ©es, j'ai participĂ© Ă  une visite guidĂ©e Ă  Saint-Paul et nous marchĂ© entre autres le long de l'Étang. J'ai demandĂ© au guide pourquoi il n'y avait pas de moustiques alors que toutes les conditions Ă©taient requises. Sa rĂ©ponse qui en dit long: ici, la nature est en Ă©quilibre.
Chaque intervention de l'homme, que ce soit pour tuer des moustiques ou des requins, crée un déséquilibre qui va en causer un au autre etc.
De plus, quand je lis que Bill Gates et sa fondation sont impliqués dans cette histoire, toutes mes sonnettes d'alarme se mettent en marche...