Un an aprÚs le début du conflit

Ethiopie : une marche rebelle sur la capitale aggravera la situation humanitaire, prĂ©vient l'USAID

  • PubliĂ© le 4 novembre 2021 Ă  13:48
  • ActualisĂ© le 4 novembre 2021 Ă  19:34
Veillée à la mémoire des victimes du conflit au Tigré, le 3 novembre 2021 à Addis Abeba, en Ethiopie

L'agence humanitaire américaine USAID a mis en garde jeudi contre une marche des rebelles sur la capitale éthiopienne Addis Abeba qui viendrait aggraver une situation humanitaire déjà désastreuse, un an aprÚs le début du conflit qui ravage le nord du pays.

Un an jour pour jour aprÚs l'envoi de l'armée fédérale au Tigré, la région la plus septentrionale de l'Ethiopie, les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ont renversé la situation et sont désormais à quelques centaines de kilomÚtres d'Addis Abeba.

Ce week-end, ils ont revendiquĂ© la prise de plusieurs villes stratĂ©giques dans la rĂ©gion de l'Amhara, oĂč ils ont avancĂ© aprĂšs avoir repris l'essentiel du TigrĂ© en juin. Mercredi, ils ont annoncĂ© s'ĂȘtre emparĂ©s de la localitĂ© de Kemissie, Ă  325 kilomĂštres au nord de la capitale.

Un porte-parole du TPLF a indiqué que les rebelles tigréens y ont rejoint les combattants d'un groupe rebelle de l'ethnie oromo, l'Armée de libération oromo (OLA) avec qui ils ont fait alliance. Un porte-parole de l'OLA a affirmé qu'Addis Abeba pourrait tomber en quelques semaines.

MĂȘme s'il dĂ©ment perdre du terrain, le gouvernement a dĂ©crĂ©tĂ© mardi l'Ă©tat d'urgence, qui a Ă©tĂ© approuvĂ© jeudi par le Parlement, tandis que les autoritĂ©s de la capitale demandaient aux habitants de s'organiser pour dĂ©fendre la ville. "Toute marche vers Addis provoquerait une augmentation des dĂ©placements (de population), une augmentation des besoins et des souffrances pour le peuple Ă©thiopien", a prĂ©venu jeudi un haut responsable de l'agence humanitaire amĂ©ricaine USAID. "Cela augmenterait certainement le besoin d'aide humanitaire, tout en compliquant la capacitĂ© Ă  fournir cette assistance", a-t-il ajoutĂ©.

- Obstruction "flagrante" -

La situation humanitaire est déjà désastreuse dans une grande partie nord du pays, gagnée par les combats. Abiy Ahmed avait proclamé la victoire le 28 novembre 2020, aprÚs avoir envoyé l'armée au Tigré pour destituer les autorités dissidentes issues du TPLF qu'il accusait d'avoir attaqué des bases militaires fédérales. Mais en juin, les combattants pro-TPLF ont repris l'essentiel de la région, puis ont poursuivi leur offensive dans les régions voisines de l'Afar et de l'Amhara.

Plus de 400.000 personnes sont au bord de la famine au Tigré, soumis à un blocus "de facto" selon l'ONU. Le gouvernement et le TPLF s'accusent mutuellement d'entraver l'acheminement de l'aide et d'affamer la population.

Mais le responsable de l'USAID a estimĂ© jeudi que le gouvernement menait contre le TigrĂ© "peut-ĂȘtre l'obstruction humanitaire la plus flagrante au monde". "Pratiquement aucun carburant, argent liquide, mĂ©dicament ou fourniture mĂ©dicale n'est entrĂ© depuis des mois, obligeant les (organisations) humanitaires Ă  rĂ©duire ou arrĂȘter complĂštement leurs programmes", a-t-il indiquĂ©.

Ces deux derniĂšres semaines, aucune aide n'a pu atteindre le TigrĂ©, a-t-il affirmĂ©, soulignant que les besoins sont Ă©galement croissants en Afar et Amhara, oĂč des centaines de milliers de civils fuient les combats.

- Rhétorique dangereuse -

Les États-Unis ont dĂ©pĂȘchĂ© leur Ă©missaire pour la Corne de l'Afrique, Jeffrey Feltman, qui devait arriver jeudi Ă  Addis Abeba pour promouvoir une solution pacifique au conflit. L'ambassade amĂ©ricaine a annoncĂ© jeudi qu'elle autorisait le dĂ©part volontaire de la plupart de son personnel et dĂ©conseillĂ© les voyages en Ethiopie jugeant "une nouvelle escalade probable" et que "des troubles civils et des violences ethniques peuvent survenir".

L'administration américaine est une des plus critiques envers le gouvernement fédéral éthiopien au sujet de la guerre au Tigré. Mais malgré les appels répétés à la fin de la violence, la rhétorique guerriÚre persiste dans les deux camps.

Meta, la sociĂ©tĂ©-mĂšre de Facebook, a dĂ©clarĂ© mercredi avoir supprimĂ© un message d'Abiy Ahmed datĂ© de dimanche appelant les Éthiopiens Ă  "enterrer" le TPLF. Ce post a Ă©tĂ© supprimĂ© "pour violation de nos politiques contre l'incitation et le soutien Ă  la violence", a indiquĂ© un porte-parole.

Un post publiĂ© mercredi dans lequel Abiy jure "d'enterrer cet ennemi avec notre sang et nos os et d'Ă©lever la dignitĂ© de l'Éthiopie" est toujours en ligne. En septembre, le dĂ©partement d'État avait condamnĂ© un discours d'un conseiller d'Abiy comparant les rebelles tigrĂ©ens au diable et dĂ©clarant qu'ils devraient ĂȘtre "les derniers de leur espĂšce".

AFP

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